250 000 emplois menacés dans le secteur agroalimentaire

Lors d’une visite à l’Eriad et Coca-Cola Sidi Saïd tire la sonnette d’alarme

250 000 emplois menacés dans le secteur agroalimentaire

«Nous ne serons pas les complices de l’enterrement par anticipation du secteur public»

Par Faouzia Ababsa, La tribune, 25 juillet 2002

250 000 travailleurs risquent de se voir mis à la porte dans le secteur de l’agroalimentaire si les pouvoirs publics ne se penchent pas sérieusement sur les problèmes du démantèlement tarifaire. Cette information donnée par Abdelmadjid Sidi-Saïd démontre si besoin est la situation de précarité de nos entreprises. Précarité non pas dans le sens productif mais plutôt en termes de concurrence déloyale. Qu’elles soient privées ou publiques, ces entreprises font face à des difficultés surmontables pour peu que ceux qui sont en charge de l’économie nationale se ravisent sur certaines décisions ou encore projets dont les conséquences seront plus que dangereuses. Le patron de la Centrale syndicale n’est plus le seul à tirer encore une fois la sonnette d’alarme. Les producteurs nationaux n’ont de cesse d’attirer l’attention sur les obstacles entravant le développement des entreprises algériennes. Si par malheur le marché algérien est investi par les produits étrangers tels que Danone, par exemple, ce sera la descente aux enfers pour les sociétés de production laitières. 400 entreprises, tous secteurs confondus ont déjà mis la clé sous le paillasson. Celles qui survivent, car il s’agit de survie, sont sur le point de faire de même. Ce n’est pas leurs performances qui sont remises en question, contrairement à ce qu’affirment les différents ministres. Des ministres qui se contentent d’avancer des chiffres mais qui méconnaissent le terrain. Pourtant, les visites effectuées dans les différentes entreprises auraient dû leur servir d’indice. C’est à croire qu’ils se sont mis des œillères. D’ailleurs, le secrétaire général de l’UGTA n’a pas manqué de contredire les déclarations des pouvoirs publics en matière de chiffres avancés sur l’économie nationale. «L’Etat est incapable de définir le nombre exact de chômeurs et ne dispose encore moins de paramètres pour évaluer le taux réel de l’inflation. En revanche, il s’évertue à déstructurer le secteur public sans pour autant garantir que le privé pourra assurer la relève ni en matière d’emplois ni en matière de production.» En fait, selon Sidi-Saïd, «aucun gouvernement [de tous ceux qui se sont succédé] n’a fait un état des lieux depuis le lancement des réformes». Parce que le terrain justement prouve totalement le contraire des discours qui sont avancés à l’occasion de la multitude de séminaires organisés par les différents départements ministériels. Hier, le patron de l’UGTA a décidé de faire une «descente» dans deux entreprises algériennes. L’une publique et l’autre privée. Il s’agit du groupe ERIAD d’Alger et de la firme Coca-Cola. Abdelmadjid Sidi-Saïd, après avoir fait une virée au groupe pharmaceutique Saïdal, a décidé d’entreprendre ce qu’il a appelé un travail de proximité en allant lui-même sur le terrain, non pas pour arbitrer des conflits syndicat/direction mais de s’imprégner concrètement des réalités des entreprises. Cela a été l’occasion pour les travailleurs de l’ERIAD de s’extérioriser quelque peu. Le secrétaire général du syndicat d’entreprises, apparemment échaudé et éprouvé par les entraves que rencontre son entreprise, a indiqué que les obstacles proviennent des pouvoirs publics : «Donnez-nous seulement 20% de ce que vous accordez au secteur privé en matière de lignes de crédit, vous verrez que nous n’aurons plus besoin de personne.» Et d’ajouter : «Même quand nous faisons des bénéfices, on nous empêche d’investir sur nos propres fonds. Il a fallu que le PDG prenne la décision courageuse de débloquer des fonds pour investir dans les différentes unités.» La production de l’ERIAD (semoulerie, farine, levure, biscuiterie) a finalement très peu de choses à envier à la production étrangère. Ayant pris conscience des enjeux économiques qu’implique l’ouverture du marché, ce groupe agroalimentaire s’est lancé le défi d’une mise à niveau en matière surtout de la qualité de ses produits. Il a même engagé des négociations avec des partenaires turcs pour la fabrication de la levure sèche à travers la création de la Compagnie algérienne de levure. 18ème PDG du groupe, Mazidi informera l’assistance des projets de l’entreprise mais aussi ce qui a été fait jusque-là. A titre d’exemple, l’unité de Aïssat Idir à El Harrach est en phase d’obtenir sa certification ISO 9002.La deuxième étape de la tournée du patron de l’organisation syndicale le mènera à l’usine Coca-Cola, située dans la zone industrielle de Rouiba. D’emblée, Abdelmadjid Sidi-Saïd mettra en exergue la relation qu’entretient l’UGTA avec ce trust. «Coca-Cola mène une politique sociale très favorable aux travailleurs.» En effet, il existe dans cette entreprise une section syndicale. Ce qui a fait dire au patron de la Centrale syndicale que Coca-Cola (Algérie) a su devancer les problèmes pour éviter les conflits. D’autre part, et en dépit du fait qu’elle soit la représentation d’une firme internationale, cette PMI a dénoncé le démantèlement tarifaire. Celui-ci s’est d’ailleurs taillé la part du lion dans les débats aussi bien au niveau de l’ERIAD qu’au niveau de Coca-Cola. Un démantèlement qui va mettre en situation de faillite programmée toutes les entreprises algériennes, qu’elles soient publiques ou privées. S’en suivit alors la visite guidée de l’usine. Il faut dire que la chaîne de production de cette boisson, très prisée par les Algériens, est digne des plus grandes entreprises mondiales. Que ce soit du point de vue hygiène, qualité ou encore emballage, les normes sont respectées scrupuleusement. Mieux, Coca-Cola fait dans la sous-traitance en faisant bénéficier les entreprises publiques et privées telles que l’ENPC pour la production des caisses, l’ENPAC pour le carton, etc. Pour le verre, elle continue à l’importer en attendant que l’unité ENAVA de Tébessa soit reprise par Coca-Cola. Une usine clés en main gardée dans des containers. Voilà un exemple de volonté délibérée de casser les entreprises algériennes. Nous y reviendrons.

F. A.