La pauvreté est liée aux effets du programme d’ajustement structurel

Selon le CNES

La pauvreté est liée aux effets du programme d’ajustement structurel

 

Par Nabila K., Le Jeune Independant, 15 décembre 2002

Les poches de pauvreté existent à travers toute l’Algérie. Les facteurs qui expliquent les prévalences de la pauvreté et de l’exclusion relèvent à la fois des causes conjoncturelles et l’effet d’un processus à long terme. Dans son rapport, le CNES explique que les causes immédiates de ce fléau sont liées aux effets du programme d’ajustement structurel et aux restructurations dans le cadre de la transition vers l’économie de marché. Ces derniers, peut-on lire dans le document du CNES, entraîne la faible croissance du PIB, le faible niveau du revenu des ménages et la détérioration des salaires réels. A ce propos, le conseil met en exergue le fait que les données disponibles laissent à penser que les salaires réels dans les secteurs publics et privés se sont détériorés de près de 35% depuis le début des années 1990. A ces facteurs s’ajoute, selon le rapport, le poids de la dette extérieure dont le remboursement absorbe des ressources au détriment de la satisfaction des besoins essentiels et de l’investissement. Le CNES n’omet pas de signaler que le terrorisme a eu un impact direct et perceptible sur le pays dans son ensemble.

Le département de Mentouri précise que l’année 2001 est caractérisée par une inflexion des politiques publiques dans la prise en charge des problèmes sociaux de la population, à travers la mise en œuvre d’un plan de soutien à la relance économique d’un montant de 525 milliards de dinars sur une période triennale 2001-2004.

Par ailleurs, le CNES indique que les analystes du système de Sécurité sociale s’accordent à dire que les systèmes de protection sociale en général contribuent, certes, à la réduction de la pauvreté, mais n’ont pas été conçus pour répondre à une crise de chômage massif et durable qui peut remettre en question leur propre existence. Au cours de l’année 2001, les prestations de Sécurité sociale s’élèvent à 180,4 milliards de dinars en 2001 contre 163,5 milliards de dinars en 2000, soit un accroissement de 10,3%. Celles-ci, indique le CNES, représentent près de 37% des transferts monétaires et 8,6% du revenu disponible des ménages en 2001. Le document qui sera soumis au débat aujourd’hui, déclare le système d’information actuel, ne permet pas d’analyser le mode de répartition de ces transferts et d’en apprécier leur impact sur les inégalités.

Malgré les dispositifs pris pour alléger la Sécurité sociale, le CNES estime que la situation des caisses reste néanmoins préoccupante, «même si globalement un solde positif est enregistré pour l’année 2001». Selon les données du ministère du Travail, la CNR ne doit son excédent annuel qu’à l’apport du Trésor de 43,60 milliards de dinars au cours de l’année 2001. Quant au nombre de retraités qui est supérieur à la population active –752 428 en 2001 sur un total de 1 328 899 bénéficiaires – et qui devait atténuer le chômage par la libération des postes de travail n’a pas eu, au fait, l’effet escompté. Selon le CNES, ils ont même contribué à cumuler des emplois et des revenus pour les uns sans pour autant libérer des emplois pour les chômeurs, augmentant ainsi l’écart lié à une distribution inégale des chances d’accéder à un emploi. Pour ce qui est de la CNAS, celle-ci, indique-ton, a enregistré au cours de l’année 2001 un montant des dépenses qui se confond avec celui des recettes issues de cotisations, soit 77 milliards de dinars environ. Il est précisé, en outre, que l’opération réimmatriculation donne à titre provisoire un nombre de bénéficiaires du système d’assurance sociale qui s’élève à 6 207 950 en fin d’année 2001. Ce qui laisse dire qu’une frange importante de la population active n’est pas assurée. Il faut dire que la Sécurité sociale est confrontée aujourd’hui à la prise en charge autant de la maladie des «pauvres», qui caractérise les «exclus» de la croissance, qu’à celle des «riches» ; ce qui aura pour conséquence d’accroître les coûts, avec leur répercussion sur l’équilibre des caisses.N. K.

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En constatant que l’économie algérienne souffre d’un manque de dynamisme

Le CNES recommande un pacte national de croissance

L’économie algérienne souffre encore de manque de dynamisme de la demande et de l’offre. Ce constat a été établi par le CNES dans son rapport sur le développement humain. Néanmoins, il fera remarquer que la politique budgétaire reste focalisée sur la réduction du déficit public. Le Conseil national économique et social qui ne manque pas, en outre, de préciser que la croissance de l’économie «n’est plus bloquée», indique qu’en l’absence d’une stratégie macroéconomique claire, «le plan de soutien à la relance économique, n’apporte pas de réponse sur les mécanismes par lesquels la dépense publique socialisée peut contribuer à cet objectif et venir en aide à la croissance».

Pour l’institution de Mentouri, ce plan devrait être l’occasion d’établir d’un pacte national alliant à la fois une situation budgétaire équilibrée ou excédentaire, des programmes dans lesquels seront précisés les objectifs budgétaires, la manière de les atteindre et la sensibilité des prévisions aux hypothèses sous-jacentes. Le rapport du CNES révèle également que le redressement des finances publiques, l’ampleur atteinte par le niveau des besoins sociaux imposent «une autre gestion de la dépense publique». «Jusqu’à présent, la politique de maîtrise des finances publiques n’a pas permis une appréciation de la dépense publique en fonction de son efficacité», peut-on lire dans le document. Il apparaît désormais, pour le CNES, indispensable de changer les règles du jeu pour accomplir de réels progrès. La meilleure solution reste, selon lui, d’obtenir des économies, de dégager des marges de manœuvre et de procéder à de allocations de ressources sur la base de l’efficacité de la dépense publique et non en fonction de positions idéologiques visant à remettre en cause l’Etat et son intervention. Le document fait savoir qu’au cours de ces dernières années, le développement humain a connu des retards en raison de «l’ajustement structurel». L’objectif prioritaire était la stabilisation pour aider à faire face aux chocs extérieurs. Les actions menées ont visé, indique-t-on, des déficits par la baisse des dépenses publiques, des salaires et des taux d’intérêt. Des démarches qui ont poussé le CNES à se demander si la stabilité des budgets n’a pas déstabilisé la vie des personnes.

Il indiquera à ce propos, que «le développement humain» interpelle tous les acteurs de la vie sociale autour d’un véritable pacte national de croissance qui «permette l’épanouissement de tout l’homme et de tous les hommes dans la nation». Celui-ci deviendrait la finalité explicite de la croissance et la base d’un consensus dans l’échelle des préférences collectives et des moyens à mettre en œuvre pour y parvenir. Il est du devoir de toutes les parties concernées par ce sujet à d’essayer, selon le CNES, de contrôler les individus sur leurs destinées, tout en sachant qu’ils ne peuvent le faire s’ils ne sont pas libérés de certains maux, telles la faim et la misère. Il est impérativement nécessaire d’offrir aux individus, entre autres, la sécurité, de les préserver contre la violence et contre le chômage.

C’est par la réalisation de ces finalités, note le rapport du CNES, que peut être appréciée la contribution de tous les partenaires. «C’est à cette tâche que doit s’atteler l’Etat dans son rôle de médiateur entre les intérêts divergents qui s’expriment à travers la contradiction entre la nécessité de produire plus et l’aspiration à mieux vivre», conclut le CNES. N. K.