L’avant-projet de loi sur les hydrocarbures n’est plus à l’ordre du jour

Lancé comme un ballon-sonde qui a suscité des réactions passionnées et hostiles

L’avant-projet de loi sur les hydrocarbures n’est plus à l’ordre du jour

Manifestement, la mouture de Khelil est remise aux calendes grecques

Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, 28 décembre 2002

Attendu pour le dernier Conseil des ministres, l’avant-projet de loi sur les hydrocarbures n’a même pas figuré à l’ordre du jour en tant que dossier méritant l’attention de l’instance suprême de l’Exécutif, au moins en raison de la polémique, de la passion et des réactions diverses suscitées par le texte de Khelil. Du syndicat des pétroliers à la centrale UGTA, au patronat, aux cadres de Sonatrach, à des experts des affaires pétrolières et énergétiques. Manifestement, cet avant-projet de loi a été lancé comme un ballon-sonde pour tester la réaction sociale vis-à-vis d’une question aussi sensible, au même titre d’ailleurs que le dossier du foncier agricole qui, depuis 1993, n’a cessé de nourrir des débats houleux entre opposants et partisans de la cession des terres relevant du domaine public. Au-delà du caractère sensible de ce dossier, dont la révision du statut nécessite la révision préalable de certaines dispositions de la Constitution relatives aux domaines stratégiques et de souveraineté, le maintien de cet avant-projet de loi dans le contexte socio-politique actuel risque, d’une part, d’approfondir le fossé existant entre les pouvoirs publics et les citoyens et, d’autre part, de faire planer de sérieuses menaces sur le devenir politique de l’équipe gouvernementale qui aurait entériné un tel projet de texte de loi. C’est à ce titre qu’aucun parti politique ne soutient la mouture ni les objectifs de Khelil, qui s’est retrouvé presque seul, si l’on excepte l’ADEM, à défendre un projet «mort-né». Aux yeux des Algériens, et c’est malheureusement la réalité, les hydrocarbures sont les seules ressources génératrices de devises, de plus-value et de richesses pour le pays, la Sonatrach est la seule entreprise d’envergure internationale, viable et rentable sur laquelle repose l’économie nationale et quelque part source de ce qui reste de la fierté des Algériens. A ce titre, ni Bouteflika, ni Benflis, ni Ouyahia ne peuvent se permettre d’aller jusqu’au bout de cette «aventure» aussi bien pour des raisons politiques et électorales évidentes que pour des raisons de garanties de stabilité financière qu’aucun autre secteur ne peut donner ni aujourd’hui ni à moyen terme. Le processus de globalisation conduira inévitablement vers la libéralisation de tous les secteurs d’activité économique dans la prochaine décennie mais pas avant que la relance économique ne donne ses premiers résultats sociaux et que les privatisations des entreprises publiques mises à la vente ne soient le modèle à suivre aux yeux d’une opinion publique qui ne fait confiance, et c’est paradoxal, qu’aux ressources financières de l’Etat.Quant au dossier de l’énergie en tant qu’enjeu majeur et géostratégique, on se demande pourquoi l’Union européenne et l’OMC l’excluent des négociations.

A. G.