400.000 cadres ont quitté le pays en quatre ans

Equivalant à ce qu’a formé l’Algérie pendant dix ans, selon le CNES

400.000 cadres ont quitté le pays en quatre ans

Le Quotidien d’Oran, 17 décembre 2002

Les travaux en plénière de la 21ème session ordinaire du Conseil national économique et social (CNES) ont été clôturés, hier en fin d’après-midi, après adoption à l’unanimité des projets de rapport de conjoncture économique et sociale du premier semestre 2002, celui relatif au manuel scolaire et celui relatif au développement humain, sans que les membres du Conseil fournissent de recommandations supplémentaires.

Neuf représentants de groupes, préalablement constitués, ont auparavant donné lecture de leurs brèves déclarations, toutes empreintes de satisfaction concernant le haut niveau de la session et la qualité des interventions, ainsi que pour la contribution du Conseil dans le développement du pays.

Durant la journée d’hier, plutôt monotone, dans laquelle a participé le secrétaire général de l’UGTA sans intervenir, le débat du projet de rapport sur le développement humain, année 2001, a occupé l’essentiel de l’ordre du jour et s’est étalé sur six heures sans interruption. Il a été ponctué par de nouvelles répliques ministérielles, émanant cette fois-ci des départements directement interpellés par le sujet que sont la santé et la population, et le travail et la protection sociale.

Au sujet du rapport sur le développement humain tiré essentiellement d’un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), l’Algérie est officiellement classée à la peu enviable 106ème place sur les 150 pays ciblés par l’étude sur le développement humain

M. Mouffok a indiqué que l’Algérie continue de se «déprofessionnaliser» et à se «décérébrer» en perdant ses élites. Selon lui, entre 1992 et 1996, 400.000 cadres dont 3.000 informaticiens ont fui leur pays, ce qui représente l’équivalent de tout ce qu’ont formé les universités algériennes sur dix années, et «contrairement à ce que l’on puisse penser, la majorité n’était pas menacée par le terrorisme». Un autre intervenant estime indispensable «la mise en place de mécanismes de pilotage» et «la mise en place d’un chef d’orchestre, celui qui puisse transformer les bruits de chaque secteur en une symphonie agréable». Il s’interroge sur quelle base les différents responsables sectoriels sont-ils maîtres à bord et conclut que l’Etat tel qu’il fonctionne ne leur laisse pas la marge de manoeuvre nécessaire à la conduite de leurs missions. Selon lui, la grande ineptie réside dans le fait que «les élites ne peuvent pas agir sur les leviers de commande».

En réplique, MM. Aberkane et Louh se sont embourbés dans les détails de leurs secteurs respectifs, reprenant pour l’essentiel ce qui a été dit dans leurs programmes d’action. Le ministre de la Santé pense que «sans indicateurs les plus fiables possibles, tout diagnostic doit être mesuré». Il a notamment relevé ce qu’il qualifie d’appréciation «toute fausse» contenue dans le rapport sur le développement humain, selon laquelle l’Algérie figure parmi les pays les plus développés en matière d’accès au médicament et aux vaccins essentiels au moment même où la mortalité infantile avait progressé. Le ministre s’est interrogé sur «cette volonté de noircir le tableau», remettant en cause les aspects d’étude du PNUD.

Pour sa part, le ministre du Travail et de la Protection sociale dont le département a été largement ciblé par les critiques du CNES, a longuement étalé ses actions menées et celles en projet. Il rappelle que c’est la première fois qu’un gouvernement algérien intègre dans son programme l’aspect du développement humain, que le budget réservé à son secteur a connu une augmentation soutenue au fil des 20 dernières années et que le système de sécurité sociale est davantage renforcé. Hier, il a profité de l’occasion pour annoncer la prochaine conclusion d’une contractualisation entre son ministère et celui de la Santé. Cela se traduira, selon lui, par la maîtrise des coûts en matière de santé et une meilleure évaluation des dépenses. Il annonce également sa décision de constituer un matelas de réserves financières au profit de la Caisse nationale des retraités (CNR) pour éviter toute désagréable cessation de paiement.

Le président du CNES, Mohamed-Salah Mentouri, s’est distingué encore une fois en commentant la pensée d’un des membres qui dans son intervention a estimé que le gouvernement a dû peut-être regretter de permettre cette autonomie et cette liberté de ton au Conseil. Mentouri enfoncera le clou pour dire que «j’avais eu déjà à le dire à un ancien président de la République et à un chef de gouvernement: nous n’applaudirons jamais et nous ne serons jamais des béni-oui-oui». Cela vient d’être une nouvelle fois confirmé.

Salim Bouakkaz