Camp de Thénia :La population sinistrée désemparée

Camps de Thénia
La population sinistrée désemparée

Par A. Timizar, Le Jeune Indépendant, 21 juin 2003

Un mois après le séisme, les sinistrés de la commune de Thénia souffrent sous les tentes et ne savent plus quoi faire. Leurs enfants et leurs femmes sont malades, les soins médicaux ont baissé, les équipes médicales ont plié bagage, les produits alimentaires qui étaient distribués à profusion commencent à manquer, la distribution de l’eau est très surveillée par les responsables concernés et la présence des autorités locales se fait rare. Les sinistrés considèrent cela comme un «abandon déguisé» des camps. Dans une pétition adressée dernièrement au wali, les sinistrés du camp du stade où vivent quelque 150 familles déclarent qu’ils vivent un véritable calvaire. En effet, ces derniers sont installés deux à trois familles par tente et la situation perdure depuis plus de 20 jours. Ils soulignent également qu’ils sont privés des dons vestimentaires, matelas, couvertures et denrées alimentaires.

Sur les lieux, on a constaté que les familles sinistrées reçoivent uniquement de la semoule, de la farine et des pâtes alimentaires, comme cela a été souligné dans leur pétition. Ils estiment qu’ils sont délaissés par rapport aux autres sinistrés de la wilaya de Boumerdès. «Nous tenons à ce que tous les sinistrés soient égaux, quel que soit le site où ils se trouvent.»

Dans le cadre de la solidarité avec les sinistrés, l’UNFA et la DAS se sont mises d’accord pour l’installation d’une cuisine collective au profit des sinistrés de ce camp. Après que le responsable du camp, Noureddine Boutiche, eut dégagé une infrastructure pour l’installation de la cuisine ainsi que l’engagement d’une dizaine de femmes pour assurer la préparation des repas, l’UNFA et la DAS n’ont plus donné signe de vie.

Le responsable du camp ainsi que l’administrateur désigné sur place ont estimé qu’on se «moquait des sinistrés». A noter que sur les 78 000 repas chaud servis quotidiennement au niveau de la wilaya de Boumerdès, le camp du stade de Thénia a bénéficié une seule fois de repas chaud. Un autre problème continue de constituer une véritable préoccupation pour les vrais sinistrés.

On apprend que sur les 150 familles recensées, il n’y aurait que 5 ou 6 familles réellement touchées par le séisme. La majorité des autres ont leur habitation marquée soit en vert soit en orange. Cet avis est partagé même par l’administrateur qui gère le camp. Celui-ci estime que les autorités devront intervenir pour mettre fin à cette situation en leur délivrant des notifications pour rejoindre leur domicile. C’est le même constat fait par un sinistré au niveau du camp du Souk où vivent plus de 450 familles. «Nous avons besoin de connaître les suites à donner, après l’expertise des habitations», indique Yahia. On estime que le CTC a réalisé plus de 80% du travail alors qu’aucune notification n’a été délivrée par les autorités locales.

Yahia saisit l’opportunité de notre présence pour lancer un message aux autorités du pays, leur demandant de rendre publiques les informations sur le projet de relogement des sinistrés dans des chalets : comment ? Quand ? s’interroge-t-il. «Nous n’avons pas besoin d’une prise en charge psychologique ni d’excursion pour nos enfants, ce qui nous intéresse en urgence c’est l’habitat», s’exclame Yahia. A. T.