Boumerdès, un mois après le séisme

Boumerdès, un mois après le séisme

Le difficile retour à une vie normale

Par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 21 juin 2003

Un mois après l’hécatombe qui s’est abattue sur la ville de Boumerdès, les habitants tentent un retour timide à la vie normale. Hier, vendredi, pourtant jour de repos hebdomadaire, les commerces étaient pratiquement tous ouverts et les citoyens s’affairaient à effectuer, comme c’est le cas dans bon nombre de familles algériennes, leurs courses pour la semaine. Sur la plupart des visages s’esquissent les souvenirs de cette terrible nuit de mercredi 21 mai qui a vu leur vie basculer dans le néant. Terreur, panique et hurlements. Trois mots qui ne risquent pas de s’effacer de sitôt de la mémoire des citoyens d’ici. Prétendre le contraire est du domaine de la fiction. Ces sentiments avaient été ressentis tout le temps qu’avait duré le séisme. 30 longues secondes avec une magnitude de 6,8 sur l’échelle de richter. Des secondes qui ont largement suffi pour transformer en un amas de gravats et de béton des milliers d’habitations.

Ces tonnes de béton ont, surtout, fait prisonniers des centaines de citoyens. La plupart ont malheureusement péri. D’autres sont toujours portés sur la liste des disparus.

Oublier ? Difficile mais sans doute nécessaire

Effacer les souvenirs de cette terrible catastrophe naturelle est pénible. Avec toute la bonne volonté des citoyens pour reprendre une vie normale, les contrecoups de cette effroyable journée sont omniprésents. Les habitants de Boumerdès sont désormais appelés à s’habituer à l’absence de 1 300 personnes parmi leurs concitoyens. C’est là le dernier bilan de décès que compte cette wilaya. 94 sites de camps de toile pour sinistrés installés à plusieurs endroits de la ville de Boumerdès sont là pour rappeler que ce séisme a été d’une ampleur telle que 15 000 citoyens se sont retrouvés sans abri. D’ailleurs, selon un dernier bilan de la protection civile de cette wilaya, 17 796 tentes, où 12 848 familles sont installées, ont été mises en place. 4 800 autres familles ont été installées dans des zones éparses. Des bâtiments hauts de plusieurs étages ont été réduits en poussière et ne figurent plus sur la carte de la ville. Selon le même bilan, 5 266 bâtisses portent une croix rouge donc à démolir. 24 406 autres bâtisses portant des croix vert et orange, sont, selon les cas, à restaurer ou encore à démolir. Un total général de 106 330 m3 de gravats ont été évacués sur les sites choisis pour servir de décharge. Autant de chiffres qui dénotent l’ampleur du drame vécu.

Dans les camps de toile où ils élisent désormais domicile, les sinistrés vivent avec le souvenir de leurs habitudes perdues à jamais. Des souvenirs à partir desquels ils se hasardent à puiser leurs forces pour prétendre à des lendemains meilleurs. Se refusant à tout commentaire sur ce qui s’est passé, Mohamed l’un des locataires du quartier des coopératives de Boumerdès, installé dans un camp de toile à l’entrée de la ville, se contente d’implorer l’aide de dieu pour surmonter cette terrible épreuve.

L’un de ses voisins, Omar, s’est attaqué avec virulence aux décideurs qui ont laissé construire un «semblant de maisons dans des endroits inadéquats».

Toutefois, il regrette le fait que les responsabilités ne soient pas assez déterminés pour ester en justice les coupables de cette situation.

«Des citoyens et même des entrepreneurs ont été autorisés à construire, permis de construire à l’appui, dans des terrains non appropriés et avec un matériel trafiqué. Cette situation dans laquelle on se trouve aujourd’hui, était largement prévisible», dira-t-il. Un autre sinistré enchaîne : «Ceux qui ont cautionné la construction de bâtisses en carton doivent mourir en prison». Par manque de preuves, les citoyens se contentent aujourd’hui d’attendre que les résultats des enquêtes ordonnées par les pouvoirs publics soient connus.

Aussi, les sinistrés rencontrés sont unanimes à affirmer que leur seul souhait pour le moment est de ne pas s’éterniser dans ces tentes. «La rentrée approche et nos enfants ont besoin d’une certaine stabilité», déclare Omar.

Selon le premier responsable de la protection civile de Boumerdès, M. Kherroubi, jusqu’à hier, vingt et un sites ont été retenus pour la construction de quelque 5 000 chalets au profit des sinistrés. Ce quota constitue, selon notre interlocuteur, la première tranche des réalisations prévues dans le cadre de cette opération annoncée par le président de la République. Une opération qui doit être achevée conformément aux échéances fixées, soit avant l’hiver.

En attendant, les sans-abri sont contraints de passer l’été sous les tentes. Dans ces abris, les sinistrés, notamment les personnes vulnérables (enfants et personnes âgées, malades ou blessés, femmes enceintes…), vivent dans des conditions parfois pénibles. En ces moments de fortes chaleurs, il fait, en effet, plus de 60° C à l’intérieur d’une tente. C’est dire que l’été s’annonce dur et surtout très chaud pour les sinistrés. S. H.