Compte-rendu du rassemblement du 12 juillet à Washington, à l’occasion de la visite de Bouteflika

Compte-rendu du rassemblement du 12 juillet à Washington,
à l’occasion de la visite de Bouteflika

Entre 150 et 200 membres de la communauté amazighe en
Amérique du Nord ont pris part à la manifestation
devant la Maison Blanche à Washington DC, le jeudi 12
juillet pour dénoncer la répression et les assassinats
de jeunes en Kabylie par la gendarmerie. Répondant à
l’appel lancé conjointement par the American Committee
of Solidarity with Kabylia (USA) et le Comité
Pan-Canadien de Soutien à la Kabylie (Canada), les
manifestants étaient venus des villes principales de
l’Amérique du Nord comme Washington DC, New York,
Jersey, Boston, Philadelphie, Los Angeles (USA) et
Montréal, Ottawa, Hull, Québec, Chicoutimi, Laval
(Canada). La manifestation a été organisée à
l’occasion de la venue de Bouteflika à Washington DC,
et ce pour rappeler au gouvernement américain et à
l’opinion publique américaine qu’il existe un autre
son de cloche sur l’image que veut donner Bouteflika
de lui-même et du régime algérien.

Vers 10 h, les premiers éléments ont commencé à se
rassembler dans le Parc Lafayette jouxtant la Maison
Blanche. Les membres locaux avaient préparé des
banderoles, des brassards avec des . fruits et
rafraîchissements pour ceux arrivant de loin. Une
demi-heure plus tard, une fausse alerte à la bombe a
été déclenchée contraignant ainsi la police américaine
à évacuer les alentours de la Maison Blanche.
Connaissant les pratiques des services algériens, les
membres de la communauté ont multiplié les contacts
avec la police afin d’attirer leur attention sur
d’éventuelles dissensions de la part des éléments
proches du gouvernement algérien et ont surtout
insisté afin que cet incident soit réglé rapidement
afin de ne pas gâcher la manifestation. La réponse de
la police américaine a été exemplaire en rassurant la
communauté qu’une investigation était en cours et que
l’accès à l’endroit prévu pour la manifestation allait
être réouvert aussitôt qu’ils auraient fini leur
enquête. Pendant ce temps, des cars touristiques
internationaux déversaient leurs clients à la sortie
du parc. Voulant profiter de cette occasion, certains
éléments ont suggéré de brandir les banderoles
préparées à l’avance. Par excès de ‘sagesse’ ou manque
d’expérience, un élément parmi les organisateurs
locaux a essayé de les en dissuader prétextant que ce
n’était pas l’endroit prévu et que la police allait
intervenir. Aussi déterminé, les manifestants ont
répliqué que l’endroit leur était inaccessible et
qu’ils assumeraient individuellement leur
responsabilité. À peine 5 minutes après, l’endroit
était envahi de banderoles sans que cela ait dérangé
la police qui regardait la scène.

Vers 11h 45 la police annonçait que les endroits
étaient redevenus accessibles et c’est à ce moment que
le bus ramenant les membres de la communauté amazighe
du Canada était arrivé après 12 heures de voyage
durant lequel un témoin oculaire de la grande marche
du 14 juin à Alger a raconté ses mésaventures. Le
témoin en question s’était alors fait arrêté par la
police algérienne et emprisonné pendant quatre jours.

Après les embrassades et les salutations des deux
communautés qui avaient déjà fait connaissance lors de
la manifestation devant le siège des Nations Unis à
New York le 25 juin dernier, la masse s’est dirigée
devant le portillon principal de la Maison Blanche.
Sur place, on pouvait constater la présence de
plusieurs journalistes et caméramans américains et
internationaux (Reuter, AP, CNN, CBS, Channel 9, El
Jazeera, TV South Africa, etc.) tandis que les média
algériens pro-gouvernementaux s’étaient collés au
cortège officiel de Bouteflika et la presse libre (le
Quotidien d’Oran et El Khabar) cherchaient vainement à
joindre l’attaché de presse à la présidence pour
accréditation.

De l’autre côté de la rue et en face de la Maison
Blanche, on pouvait noter la présence de voitures
officielles décorées d’emblèmes algériens et
américains devant Blair House, maison qui sert de
réception aux invités officiels. Aussitôt, les
manifestants s’y sont dirigés avec les banderoles en
entamant des slogans qui allaient retentir non-stop
des heures durant ‘Algerian president murderer’
‘Algerian president terrorist’, ‘Algerian government
murderer’, ‘Algerian regime is a mafia’, ‘Down with
the dictatorship in Algeria’.

Vers 13h, apprenant que le cortège présidentiel allait
se déplacer vers la Maison Blanche, la police
américaine voulait éloigner les manifestants afin
d’évacuer le portillon principal au même temps qu’elle
tentait de les repousser aussi loin que possible. Ils
ont alors accepté de libérer le portillon tout en
s’opposant à l’idée de trop s’en éloigner. Le ‘sage’
de tout à l’heure a encore une fois essayé de
persuader les manifestants de répondre aux consignes
de la police et ces derniers lui ont fait savoir que
le rôle de la police était de les éloigner aussi loin
que possible alors qu’ils avaient une autorisation
officielle afin de manifester devant la Maison Blanche
et nulle part ailleurs. La police a fini par céder en
acceptant la limite imposée par les manifestants.

Plus les voitures officielles passaient, plus fort les
cris et slogans retentissaient; ‘Bush, your guest is a
terrorist’, ‘Algerian president murderer’, ‘Clean the
White House’, ‘Down with the Algerian regime’, ‘we
don’t want bloody oil’, ‘We want democraty/Justice in
Algeria now’, ‘No Business with a terrorist
government’, ‘A terrorist in the white House, ‘Stop
killing in Kabylia/Algeria’, ‘Ulac Smah Ulac’.Ces
slogans étaient scandés jusqu’au départ du cortège
vers 16h 30 par les manifestants organisés en file
indienne en brandissant les banderoles. Pendant ce
temps, plusieurs journalistes des organismes
sus-mentionnés ont multiplié des interviews. À la
demande d’un journaliste américain qui se trouvait à
l’intérieur, un agent de sécurité de l’autre côté de
la barrière était venu demander aux manifestants de
bien montrer les banderoles face à la Maison Blanche
afin de permettre aux photographes et caméramans de
filmer de l’intérieur.

À la sortie de Bouteflika et sa délégation, les
manifestants intensifiaient les cris de colère au
point de perturber sa conférence de presse improvisée.
Un journaliste travaillant pour Reuter a confirmé que
les cris et slogans étaient audibles de l’intérieur
même de la Maison Blanche. Ceux-ci s’intensifièrent
d’avantage au moment où le cortège quittait les lieux.
Nous pouvons dire que la mine de Bouteflika n’était
pas la même que celle à laquelle il nous a habitué
lors de ses visites à l’intérieur du pays ou en France
il y a une année. Signe que la manifestation a
perturbé Bouteflika et sa délégation nous a été révélé
par le geste malsain fait en la direction des
manifestants de la part d’un officiel depuis l’une des
voitures du cortège.

La manifestation a pris fin après avoir observé une
minute de silence à la mémoire des victimes vers 17h.
Lors d’une discussion avec un des agents de sécurité,
celui-ci nous a révélé que Bouteflika est le troisième
personnage officiel à les avoir fait travailler
durement après les officiels palestiniens et
israéliens. Il faut rappeler que certains cercles
médiatiques avaient fait entendre que la visite de
Bouteflika était à considérer comme étant à haut
risque.

K. A. et R. B. (Ottawa)