Le décès de Christian Gay-Bellile, promoteur de  » Un jour pour l’Algérie « 

Paris, le 28 février 2002

Le décès de Christian Gay-Bellile, promoteur de
 » Un jour pour l’Algérie  »

François Gèze
(directeur des Éditions La Découverte)

Christian Gay-Bellile, ancien administrateur du Magic Circus et ancien directeur de la Grande Halle de La villette, est mort à Paris, le 23 février 2002, à l’âge de 57 ans. À l’heure de saluer sa mémoire et de s’associer à la douleur des siens, je voudrais simplement apporter un témoignage sur ce que lui doivent tous ceux qui, en Algérie, en France et ailleurs, se battent pour en finir avec la barbarie qui depuis tant d’années a plongé dans l’horreur le peuple algérien. Et qui n’acceptent pas que notre pays, la France, puisse être complice de cette horreur.

Le 10 novembre 1997, je m’en souviens comme si c’était hier, nous étions des milliers dans les rues de Paris pour crier notre indignation après les effroyables massacres de Raïs, Sidi-Youcef et Bentalha, qui venaient de se produire. Et à réclamer une  » commission d’enquête internationale  » pour que la vérité soit faite sur ses commanditaires.

À l’époque, nous n’étions pas nombreux à formuler cette exigence. Pour la majorité des médias et de l’opinion, l’affaire était entendue : les égorgeurs de femmes, d’enfants et de bébés étaient uniquement les fanatiques islamistes, prêts aux pires atrocités pour instaurer une dictature religieuse. Et pourtant, depuis des années déjà, les informations ne manquaient pas pour attester l’implication directe des généraux algériens dans la manipulation directe de cette sauvagerie. Mais il semblait impossible de les faire entendre.

L’initiative du 10 novembre,  » Un jour pour l’Algérie « , a permis de faire éclater ce tabou. Elle n’aurait pas été possible sans le courage et l’implication de Christian Gay-Bellile, qui en fut le principal animateur. Mettre en avant le droit international, revendiquer comme il l’a fait une commission d’enquête internationale indépendante pour identifier les responsables des massacres, de quelque bord qu’ils soient, c’était peut-être de l' » inconscience « . C’était assurément la conviction d’un humaniste authentique, de ceux qui sont trop rares aujourd’hui, en notre époque prolongée de cynisme et d’indifférence calculée.

Et cela, il l’a payé cher, trop cher. Pour avoir vécu cette période et l’avoir ensuite analysée de près, je peux témoigner à quel point son initiative  » Un jour pour l’Algérie « , suivie des  » Lumières pour l’Algérie « , a ébranlé les généraux d’Alger. Face à la menace, qui devenait ainsi palpable, d’être un jour jugés pour leurs crimes contre l’humanité, ils ont réagi par une action d' » agit-prop  » internationale sans précédent depuis les années de la guerre froide. Grâce à leurs relais politiques et médiati-ques en France, ils ont, provisoirement, réussi à casser la mobilisation que Christian avait réussi à cristalliser.

Et lui-même a subi directement, dans sa vie professionnelle et privée, les effets de cette contre-offensive, trop inégale. De cela, il sera un jour rendu compte.

Mais son engagement n’a pas été vain. Aujourd’hui, la vérité pour laquelle il s’est battu commence à être enfin admise, même s’il reste encore beaucoup à faire. Je suis convaincu, pour ma part, que son engagement aura joué un rôle essentiel dans ce combat, et que l’histoire le reconnaîtra.

Et d’ici là, au nom de tous ceux qui ont partagé ses convictions, je veux simplement lui dire : merci.