Procès du séisme de Boumerdès

Procès du séisme de Boumerdès

Un autre site, d’autres anomalies

par O. M. Et K. R., Le Quotidien d’Oran, 18 juillet 2007

Le tribunal de Boumerdès a traité, hier, pour ce septième jour de procès, le dossier des 60 logements de Corso, où 49 décès ont été déplorés, pour rappel. La particularité de ce site est qu’il est mitoyen avec la voie ferrée. Les immeubles étaient occupés par les travailleurs de la SNTF.

Cinq accusés ont été appelés à la barre: le P-DG de la promotion immobilière (Filiale de la SNTF) sise à Dar El-Beïda, l’entreprise Isseri Mehenna, maître de l’oeuvre, M. Benghanem (expert du CTC), M. Ouggad, (bureau d’étude) et enfin M. Tassist Hakim, en tant que chef de division technique.

L’expert du CTC, M. Benghanem a affirmé: «j’ai refusé d’avaliser les PV de réception, du fait que je n’ai pas suivi les travaux. En plus, le constat que j’ai fait concernant l’obligation d’ériger un mur de soutènement séparant les habitations de la voie ferrée n’a pas été suivi d’effet». Et Benghanem d’ajouter: «je me trouvais à 15 m de la voie ferrée, lorsque le train d’Alger passa à proximité. Les vibrations étaient si fortes que nous avons senti toutes les bâtisses vibrer». Les incessants passages de trains ont, avec le temps, fragilisé les immeubles, précise Benghanem. «Il fallait un mur pour absorber ces vibrations», conclut-il.

Le juge interroge M. Ziadi Mouldi, P-DG de la promotion immobilière: «quelle est votre relation avec le procès?».

«Je suis le chef du projet qui rentre dans un cadre national», répond Ziadi. Le projet a démarré en 1993. Ziadi précise que l’étude de sol existait et que les études de projets ont été confiées au BET Ouggad, et le CTC a approuvé.

Le juge: «beaucoup d’anomalies ont été relevées, à savoir l’utilisation de barres de diamètre 12 au lieu du 14 ainsi que les aciers traversants, utilisation du 6 mm au lieu de 8 mm». Et le P-DG de la promotion immobilière de répondre: «je rejette ceci». «Et quelle est la cause de l’effondrement à 100% des 60 logements?», interroge le juge. Ziadi: «la force du séisme».

Le magistrat appelle, par la suite, M. Isseri Mehenni, l’entrepreneur chargé de la réalisation des 60 logements. «Pourquoi étiez-vous absent lors de la réception du projet et pourquoi n’avoir pas signalé l’état du terrain aux experts?», interroge le magistrat. «C’est au maître de l’ouvrage de saisir le CTC», indique l’entrepreneur. Dans la salle, un cri jaillit. Une victime lança: «c’est nous qui avons pleuré, pas vous!». Au tour de M. Benghanem d’être appelé à la barre. L’accusé se présente: «Benghanem Farid, expert du CTC». «Pourquoi étiez- vous absent lors de la réception?», interroge le juge. Benghanem: «j’ai relevé plusieurs anomalies lors de mon suivi du chantier, et le passage du train rapide d’Alger faisait vibrer les 60 logements, ce qui m’a poussé à exiger la mise en place d’un mur de séparation. Devant le refus de l’entreprise, j’ai abandonné le chantier». M. Benghanem voulant se disculper, affirme que même l’étude du sol relevait des anomalies. Cette réserve a été rejetée par le P-DG de la promotion immobilière de la SNTF. Son collaborateur, M. Tassist, a également rejeté les propos de l’expert du CTC.

Concernant la cité universitaire des 1.500 lits, les mis en cause ont fait une brève apparition à la barre, le site n’ayant pas subi de dégâts. L’expertise confirma l’absence de fautes humaines.

Vers 17h30 ce fut au tour du dossier des coopératives du «11 décembre», où 10 victimes ont été déplorées.