Les sinistrés de Boumerdès dénoncent l’absence des pouvoir publics

Où sont passés les dons de l’étranger ?

Les sinistrés de Boumerdès dénoncent l’absence des pouvoir publics

 

Par Nabila K. Jeune Indépendant, 27 mai 2003

Les habitants de Boumerdès touchés par la catastrophe naturelle de mercredi dernier dénoncent l’absence des autorités locales sur le terrain depuis le premier jour. Livrés pratiquement à eux-mêmes, les sinistrés rendent un vif hommage aux volontaires venus d’un peu partout. Les citoyens que nous avons rencontrés se rappellent de l’inondation ayant touché, il y a plus d’un an, Bab El-Oued, où les citoyens n’ont eu de cesse de condamner les pouvoirs publics pour avoir mal géré de la situation. «Les sinistrés de Bab El-Oued nous faisaient pitié lorsqu’ils ont dénoncé, par le biais de la presse, l’absence des dons, même ceux venus de l’étranger. A aucun moment nous ne pensions qu’un jour cela pouvait nous arriver», dira un sexagénaire ayant perdu trois de ses enfants dont un n’a toujours pas été retrouvé. Essayant de reprendre ses esprits, il nous dira avec un air triste et les mains tremblantes : «Nous acceptons la volonté divine, mais refusons que les soi-disant élus du peuple se moquent de nous. Les citoyens déplorent la négligence des élus locaux qui, par «enchantement, sont apparus le jour de la visite du président, puis ont disparu dans la nature.» L’absence de l’Etat, «du moins pour l’instant», a fait que les jeunes de ce quartier retroussent leurs manches pour prendre en charge la gestion des denrées alimentaires qui pleuvent de partout. En effet, à Zemmouri, ce sont les jeunes du quartier qui ont pris en main l’acheminement de la nourriture vers les sinistrés. La nourriture, composée essentiellement de lait pour enfant, de pain, de fromage, de gâteaux secs, de jus et d’eaux minérales que les volontaires ont stockés dans la placette de la ville, émane des bienfaiteurs. «Ne faisant pas confiance aux autorités locales, ils préfèrent la distribuer aux sinistrés sans intermédiaire», dira un homme venu prendre sa part de produits alimentaires.

La situation a contraint les jeunes à se constituer en un groupe bien organisé pour, au moins, «essayer d’apaiser la souffrance des uns et des autres». Tout en précisant que seulement 20 % de la population ont eu droit à des tentes, les hommes déplorent l’absence du P/APC et le non-acheminement des dons venus de l’étranger. «A aucun moment le P/APC n’est venu s’inquiéter de notre sort», déclarent-ils. Et d’ajouter : «Où sont passées les tonnes de dons venues de l’étranger ? Jusqu’à présent nous n’avons rien vu.» Toutefois, ces derniers n’ont pas manqué de saluer les membres de l’ANP et de la gendarmerie venus surveiller le reste des maisons pour éviter le pillage. Voulant savoir où étaient acheminées d’autres denrées alimentaires, ces jeunes volontaires nous guideront vers l’hippodrome de Zemmouri. Une fois sur les lieux, nous avons constaté l’absence d’encadrement pour surveiller la gestion de ces tonnes de produits alimentaires

Au stade de Boumerdès où plusieurs tentes ont été installées, les sinistrés, comme ceux de Zemmouri, ont fustigé eux aussi la manière avec laquelle ont été répartis les dons. Les sinistrés se demandent où sont passées les tonnes de nourriture, les couvertures, les médicaments et les tentes venus de l’étranger. Les yeux en larmes, une vieille femme, après un long soupir, ne comprend pas pourquoi dans une tente regroupant 12 personnes, la protection civile ne donne que 2 matelas. «Je suis vraiment déçu du comportement de nos élus vis-à-vis de nous», dira-t-elle. N. K