Bouteflika déclare aller jusqu’au bout

Bouteflika déclare aller jusqu’au bout

Le Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé hier soir 2.8.99 un discours radiotélévisé à l’occasion de la convocation du corps électoral pour le référendum du 16 septembre 1999. Voici le texte intégral de ce discours.

« Chers compatriotes, En me faisant l’honneur de m’accorder vos suffrages le 15 avril passé, vous aviez, sans aucun doute, adhéré à la partie primordiale du programme que je vous ai soumis. Ce programme comprend de multiples objectifs sur tous les plans et trace les voies pour les atteindre. Mais il faut ressortir nettement qu’il y a trois axes d’efforts vitaux, interdépendants et conditionnant tous les autres. Le premier est le rétablissement de la paix, de la sécurité et de la quiétude. Sans aucun doute, la paix n’arrange pas certains, alors ils essaient de lui créer des obstacles, de lui poser des conditions rédhibitoires. Mais si la paix n’arrange pas ces intérêts-là, elle constitue, par ailleurs, l’espoir et l’aspiration du peuple algérien et de notre bien-aimé pays. Il y a certes la paix des âmes dont la logique conduit à plus de destructions, plus de morts, plus de misère. Son avènement restera toujours aléatoire. Il y a la paix des hommes, la paix des cours, la paix des esprits qui, dans tous les cas, conduit immédiatement à plus de fraternité, plus de solidarité, plus de construction et moins de misère. C’est cette paix qui réalise la réconciliation de l’Algérie avec elle-même. C’est cette paix pour laquelle je me suis engagé avec vous. J’avais perçu, lors de la campagne électorale, votre appel pour que cesse à jamais la tragédie fratricide qui endeuille le peuple algérien, depuis près d’une décennie. J’ai compris que plus tôt la paix sera revenue, et plus elle sera moins lourde à assumer, plus la réconciliation véritable et sincère a de chances de se réaliser plus vite entre les Algériens dans leur intérêt commun et indissoluble. Je ne le répéterai jamais assez : ni les uns ni les autres n’ont de patrie de rechange, et quel que soit le confort de l’asile, le seul paradis terrestre pour les Algériens, c’est l’Algérie elle-même. Dans cette perspective, aucune opportunité ne doit être négligée. Toute action de nature à enclencher une dynamique de paix doit être encouragée, entreprise et menée à son terme. C’est sur toutes ces bases que j’ai fondé une partie de la stratégie de sortie de crise, dont le rétablissement de la paix est la condition nécessaire première. C’est aussi sur toutes ces bases que j’ai initié un processus de rétablissement de la concorde civile, en donnant une assise juridique à une situation de fait existante depuis 1997, et qui risquait irrémédiablement de se transformer à n’importe quel moment passé en occasion perdue, ou en un sort funeste pour le pays. Cette situation de fait était caractérisée par une cessation provisoire de la violence, décrétée volontairement, unilatéralement, courageusement par une partie de ceux qui avaient pris les armes contre l’Etat. Le processus que j’ai enclenché est parti d’une situation de fait tout à fait aléatoire pour déboucher sur une cessation définitive de la violence, mettre un terme à la fitna et éteindre l’incendie qui a ravagé le pays et les hommes. Sur le terrain, cela s’est traduit, Dieu merci, par une amélioration, aujourd’hui évidente, de la situation sécuritaire. Je me suis complètement investi dans cette entreprise nationale. J’ai pris, avec une rapidité déconcertante, la responsabilité sur moi de donner une assise juridique à cette dynamique de paix et d’espoir pour tous.

« Il sera tenu compte des douleurs » L’assise juridique signifie clairement que l’autorité politique prend sur elle de conférer un cadre légal fixant clairement les conditions de prise en charge des rapports de faits nés de l’attitude de certains groupes armés qui ont décidé de se mettre volontairement et spontanément à la disposition de l’Etat, et sous l’autorité de l’Etat, acte, à n’en pas douter, d’une grande portée et auquel nous accordons l’intérêt qu’il mérite. Que ceux que le désespoir a amené vers des extrémités tragiques sachent que le retour à la vie normale est possible, légalement possible. Que ceux qui, de par la loi, ne sont passibles que de la justice sachent clairement que la justice n’en est que plus tolérante lorsque, spontanément, l’on décide de s’en remettre à Dieu en retrouvant le droit chemin. Il sera tenu compte des douleurs irréparables des uns. Il sera tenu compte aussi des circonstances atténuantes pour les autres. Une Algérie déchirée ne profite à personne, sinon à ceux qui ont fait de cette situation un fonds de commerce politique lucratif. Une Algérie en paix avec elle-même profite à tout le monde. Quel avenir veut-on réserver à cette pépinière de garçons et de filles, dont personne ne pourra briser les ressorts secrets, qui, tous les jours, se bousculent pour aller à l’école avec l’innoncence des enfants ? Et au nom de quel dogme ou de quelle justification veut-on continuer à tuer l’innocence ? Quant à ceux qui se veulent donneurs de leçons, et principalement nos frères et proches, nous leur demandons de ranger d’abord leurs meubles, et leur disons que leur immixtion dans nos affaires intérieures et extérieures est, de toute façon, inacceptable. Par ailleurs, la paix conditionne la croissance économique. Sans la croissance économique, la paix restera fragile et menacée par d’autres formes d’expressions de la violence sociale. C’est pourquoi le deuxième axe d’effort concerne la relance de l’économie par la relance de l’investissement. Vous comprendrez donc que l’on ne peut parler de paix sociale, de concorde civile, de concorde nationale qu’en menant, dans le même temps, la lutte contre la pauvreté, contre l’approfondissement des fractures sociales, contre le chômage et la crise du logement. Mais tout ceci implique le retour à l’investissement. Or, les caisses de l’Etat sont vides. Le capital étranger a besoin de confiance et de sécurité pour s’expatrier. C’est pourquoi j’ai inscrit comme troisième axe d’effort de restaurer l’image de la crédibilité de l’Algérie dans le monde, et rétablir la confiance des partenaires étrangers. Tels sont les fronts sur lesquels je me bats et que j’essaye de maintenir en parfaite synergie. Là vont tous mes efforts depuis mon investiture. Chacun a pu constater que depuis le 15 avril 1999, l’image de l’Algérie à l’extérieur a été positivement et significativement modifiée. Notre pays reprend de la considération, son audience se rétablit graduellement, il est devenu un partenaire politique dont l’avis est recherché par les uns et les autres. Les investisseurs commencent à reprendre confiance. Les investissements souscrits en un laps de temps très court dépassent en volume l’ensemble des investissements étrangers hors hydrocarbures engagés depuis 1990. Mais tout cela n’est que frémissement par rapport à ce que l’Algérie peut, légitimement, engranger comme profits lorsque le processus du renouveau national aura franchi totalement ses étapes. Ce processus, nous devons le mener ensemble. En ce qui concerne le rétablissement de la concorde civile, de façon particulière, j’ai initié une loi dans ce cadre, elle a été votée par le Parlement dans son écrasante majorité, sans qu’aucune voix contre se soit exprimée. Cela est déjà en soi un soutien politique d’une grande importance. Ma foi en la générosité, la mansuétude, le bon sens et la grandeur du peuple algérien s’en est trouvée plus que jamais renforcée. Mais la nature de la crise qui frappe le pays est tellement complexe que son traitement doit être globale. Il concerne le passé, le présent et l’avenir de la nation. Les seules règles d’expression démocratiques institutionnelles ne suffisent pas à donner l’élan nécessaire à une ouvre aussi gigantesque que la reconstruction de l’Etat, la réhabilitation de sa crédibilité et la réconciliation nationale. Cette réconciliation nationale devenue un fonds de commerce au même titre que l’éradication d’ailleurs doit être récupérée par le peuple, qui doit seul garder le monopole de s’exprimer en son propre nom. Les dégâts ont été si grands que le monde a besoin, aujourd’hui, de savoir ce que veut exactement le peuple algérien, et de manière directe. Quant à moi, la conception que j’ai de la responsabilité élective et de la souveraineté populaire fait que je ne peux considérer le mandat général qui découle du suffrage universel comme suffisant pour conférer l’adhésion du peuple à tout ce que j’entreprendrais en son nom, notamment lorsque le sujet est susceptible d’engager l’avenir et le devenir de tous. J’ai donc décidé d’en appeler au peuple pour savoir exactement si je suis dans la bonne voie qu’il attend de moi. Je veux, par le référendum, avoir la confirmation d’une adhésion à une politique, à une démarche dont la globalité intègre la loi sur la concorde civile et met sur les rails les conditions d’une renaissance nationale.

Il faut briser les tabous Il est clair que nous préparons l’Algérie de l’an 2000. Que plus personne ne s’octroie la légitimité de parler au nom du peuple. Que l’on sache une fois pour toutes que l’Algérie est dans le monde et doit s’adapter aux problèmes qu’il pose. Que la langue arabe est la langue nationale et officielle. Les constantes nationales étant sauves, que l’ouverture franche vis-à-vis des autres langues universelles, et à tout le moins onusiennes, n’est pas un parjure. Que nous ne sommes dans ce domaine et dans d’autres ni plus arabes, ni plus intelligents que nos frères du Maroc, de la Tunisie, d’Egypte, de Jordanie, de Syrie, du Liban ou de Palestine ou d’ailleurs. Pour aller de l’avant, il faut briser les tabous. C’est à ce prix que notre identité constitutionnellement consacrée se ressourcera dans la modernité. Le chauvinisme et le repli sur soi ne sont plus de mise. Ils sont stériles. Ils sont destructeurs. Certes, c’est en maîtrisant notre langue, et c’est en apprenant la langue des autres que nous pourrons leur faire découvrir la beauté et le pouvoir magique de notre langue. Il est des sciences d’ailleurs auxquelles l’on n’a plus accès si l’on ne domine pas plusieurs langues. Y a-t-il plus instruit que le plus noble des êtres créés par Dieu, le Prophète, que la paix soit sur lui, et qui disait : « Qui apprend la langue d’une nation se prémunit contre ses ruses ? » Y a-t-il plus important que lui qui préconisait d’aller chercher le savoir, même en Chine. Il est évident qu’il y a de bonnes choses chez nous. Ce qui ne veut pas dire que d’autres bonnes choses n’existent pas aussi chez les autres. Le savoir ne s’enferme pas dans la langue d’une nation, et ceux qui le cherchent doivent contribuer au rayonnement de leur langue et leur patrimoine sans ignorer ce qu’ils ne peuvent apprendre que chez les autres, dans la langue des autres. Ce n’est pas à une consultation électorale ordinaire que le peuple algérien est convié. Les solutions à la crise qui frappe notre pays existent et les conditions peuvent en être remplies, s’il le décide souverainement. C’est un message fort qui est attendu de toutes les Algériennes et de tous les Algériens. Ce message doit exprimer que la confiance aujourd’hui est encore plus forte qu’hier en l’avenir. Ce message doit être fort, car il nourrira d’espoir ceux qui n’ont jamais douté des capacités de notre peuple et nourrira de plus de force et de plus d’énergie la volonté politique qu’il aura exprimée. Ce message est aussi attendu par le monde qui s’impatiente de retrouver l’Algérie de toujours. Peuple algérien, le référendum auquel tu es appelé pour le 16 septembre 1999 est un rendez-vous avec l’espoir, avec la paix, avec l’Algérie prospère et rayonnante. Ne passons pas à côté. Chaque voix a son impact et sa signification. Rendez-vous donc en masse aux urnes pour dire, souverainement, Oui à la paix, Oui à la croissance économique, Oui à l’Algérie fière et digne. Vive l’Algérie et gloire à nos martyrs. »

APS

 

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