Vers un «Front national pour la réconciliation»

Journée d’étude sur la réconciliation nationale

Vers un «Front national pour la réconciliation»

Par Mohamed Zaâf, Le Jeune Indépendant, 2 août 2001

L’idée de la création d’un «Front national pour la réconciliation» a été retenue à l’issue de la journée d’étude sur la réconciliation nationale, achevée tard hier, à l’hôtel Essafir à Alger, sous l’égide du mouvement Islah d’Abdallah Djaballah, avec la participation de moudjahidine et de nombreuses personnalités du monde politique, culturel, médiatique et éducatif.

La réunion, les participants et les interventions attestent d’une démarche qui se confirme de plus en plus ces derniers temps et qui, relèvent les observateurs, se traduit par la recherche d’une jonction entre les deux grands courants dont se revendique la majorité écrasante du pays : le nationalisme et l’islamisme, une terminologie et un clivage rejetés d’ailleurs par les participants. L’islam est compris dans le nationalisme comme le nationalisme ne peut se concevoir sans l’islam en Algérie, faisaient-ils valoir. Dans le communiqué sanctionnant la rencontre, les participants déclarent adopter «le cadre général tel qu’il est exposé dans le projet de charte pour la réconciliation nationale» et appellent «toutes les personnalités et toutes les forces nationales à appuyer ce projet et à agir pour son enrichissement et son succès». Ainsi a été décidée la mise en place d’une commission préparatoire chargée de donner corps au projet et de l’enrichir dans son aspect global. Le texte invite aussi à «œuvrer à une mobilisation permanente, à travers l’organisation de meetings populaires dans les différentes régions du pays et les contacts avec les diverses personnalités et les parties concernées par la réconciliation afin d’expliquer la vision du projet et son contenu».

Le communiqué appelle, enfin, à une préparation rigoureuse à la proclamation d’un cadre de coordination pour la réconciliation nationale. Une tel cadre pourrait agir sous la dénomination de «Front national pour la réconciliation», suggère-t-il.

Dans leurs interventions, les participants déploraient pour la plupart l’incapacité du pays à parvenir à une paix pourtant réclamée par la quasi-totalité de la population et comprise dans les discours et les programmes officiels. S’ils n’ont pas été désignés nommément, les partis nationalistes et islamistes présents dans les institutions de l’Etat n’ont pas été épargnés dans les interventions qui leur font porter en partie la responsabilité de la situation en raison de leur inertie, voire de leur démission face à la tragédie algérienne. Mais les critiques les plus acerbes ont concerné la «minorité idéologique franco-laïque» qui s’oppose à toute idée de réconciliation entre Algériens. Une minorité propulsée dans la hiérarchie de l’Etat et qui a fini par gagner en influence au niveau de toutes les institutions du pays y compris dans l’armée. Pour les participants, il n’est plus question de laisser le terrain libre à cette minorité qui tient sous son contrôle de larges pans dans les secteurs de l’Etat jusqu’à imposer des décisions contraires à l’intérêt et aux aspirations profondes du peuple. «Comment sommes-nous arrivés à cette dislocation ? Des dizaines de partis (existent), les partis qui, recelant des traditions de militantisme, se retirent de la scène, les partis qui parviennent au pouvoir ne respectent pas leurs programmes, et ce sont les petits partis qui dominent aujourd’hui», disait l’ancien ministre de l’Education, M. Ali Benmohamed, lorsqu’il résumait la situation algérienne. Et pour la première fois dans l’histoire de l’Algérie, cette force est «arrivée à défier la force nationale et à lui imposer ses idées comme elle l’entend». La persistance de la «fitna» (discorde) qui se poursuit depuis une décennie en constitue la preuve à ses yeux. «Qui approuve la discorde, est-ce le peuple algérien ? Qui meurt ? Qui a mené l’Algérie à une situation où il est devenu routinier de retrouver à chaque matin des dizaines de morts ou de blessés dans les colonnes du journal lorsqu’on l’ouvre ? Personne ne réagit comme s’il était normal que le peuple algérien subisse cette mort injuste, gratuite, sans cause aucune.»

Mais dès que quelqu’un s’aventure à défendre l’Algérie, ses constantes, sa langue ou sa religion, il fait face à des «provocations», affirme-t-il. Une telle personne se voit de suite culpabilisée et taxée de «baâthiste, d’intégriste et même de terroriste», déplorait l’ancien ministre qui avait animé la veille une journée d’étude sur une «école nationale authentique et ouverte». M. Z.