Douze ans après le séisme, l’éradication des chalets se fait toujours attendre

Leur nombre est de 13 077 à travers la wilaya de Boumerdès

Douze ans après le séisme, l’éradication des chalets se fait toujours attendre

El Watan, 21 mai 2015

Les sites abritant ces habitations de fortune sont devenus de véritables lieux de cache-misère.

Le provisoire semble ne pas avoir de limites en Algérie. Cela se confirme de plus en plus dans la wilaya de Boumerdès où pas moins de 13 077 chalets, installés au lendemain du séisme de 2003, tardent à être éradiqués. Ces habitations, dont la durée de vie est dépassée depuis plusieurs années, rappellent à ce jour les tristes souvenirs de la catastrophe naturelle. Les sites qui les abritent (95) sont devenus de véritables lieux de cache-misère. Une bombe à retardement.

Et ce ne sont bien évidemment pas les sinistrés du séisme de 2003 qui y habitent, mais des familles modestes. Les premiers ont presque tous été relogés dans des appartements neufs. «Nos responsables n’ont pas retenu la leçon de Chlef, c’est pour cela que nous sommes toujours là», marmonne Tafdiste Mohamed (65 ans), apostrophé devant son chalet au lieudit Sablière, entre Le Figuier et Boumerdès. «Vous pouvez dire qu’on est morts», lance-t-il, le regard vague. Le site où il vivote se trouve à 200 m de la plage sur une importante assiette qui devait abriter des projets touristiques.

«J’ai élevé un chacal…»

Mais le décor qui s’offre aux visiteurs n’a rien à envier à celui des bidonvilles : ordures, gravats et baraques de fortune. Les routes sont impraticables. La situation s’est empirée après le démantèlement d’une centaine de chalets en 2014 et le relogement de leurs occupants dont la plupart étaient des sinistrés. «Au début il y avait plus de 250 chalets, mais maintenant il n’en reste que 150 environ», précise le sexagénaire, père de huit enfants. «Lors du séisme j’étais hébergé chez mon frère à la Cité coopérative.

Lui, il a bénéficié d’un appartement, mais moi on dirait que j’ai commis un crime», s’indigne-t-il. Le vieux dit avoir travaillé 35 ans comme agent polyvalent à l’hôpital de Thénia. Aujourd’hui il perçoit 28 000 DA. Il affirme avoir renouvelé son dossier de demande de logement social à cinq reprises, en vain. «On a promis de nous recaser dans le cadre de la résorption de l’habitat précaire et on attend», maugrée-t-il en regardant la grande bleue, très calme ce jour-là.

Son voisin, Mourad, lui, se plaint de la prolifération des rats et de la pénurie d’eau. Des problèmes qui sont accentués par la dégradation avancée de son toit de fortune, la propagation de fléaux sociaux, la détérioration du cadre de vie et l’absence d’infrastructures de base. «Les animaux sauvages, notamment les sangliers sont omniprésents ici. Il y a un mois, j’ai trouvé un petit chacal devant mon chalet. Je l’ai pris en pensant que c’était un chien berger.

Et ce n’est qu’après un mois que je me suis rendu compte que c’est un chacal, et ce, par ses cris», relate un père de famille habitant au site Derriche, de l’autre côté de la ville de l’ex-Rocher noir. Un site qui offre un décor fantomatique, notamment après l’éradication des 55 sur les 100 chalets installés au lendemain du séisme. Les égouts coulent à flots à chaque coin de rue. Hormis les va-et-vient des camions remplis de tuf, rien ne rôde dans les alentours. Les familles qui y «survivent» ont observé un sit-in avant-hier devant le siège de la daïra pour évacuer les lieux, en précisant que les appartements qui leur sont destinés sont achevés depuis plusieurs mois.

1708 chalets éradiqués

Interrogé, le directeur de l’OPGI fait état de 1708 chalets qui ont été éradiqués jusque-là à travers la wilaya, dont 695 à Boumerdès, 150 à Ouled Haddadj, 129 à Bordj Menaiel, 168 à Si Mustapha, etc. L’opération de démantèlement se poursuivra au fur et à mesure de la réalisation des programmes de logements inscrits. Il est vrai que la décision d’octroyer les chalets aux cas sociaux a permis de réduire un peu et momentanément la crise que connaît le secteur de l’habitat dans la région, mais elle a donné lieu à un vaste trafic dont les conséquences seront difficiles à gérer à l’avenir.

Le wali de Boumerdès, M. Abbas, a révélé récemment que plus de 8000 chalets sont occupés par des gens étrangers à la wilaya, alors que des centaines d’autres ne sont pas habités par leurs «vrais» bénéficiaires. En sus de leur détérioration, la quasi-totalité de ces habitations provisoires sont implantées sur des surfaces agricoles ou à l’intérieur de zones d’expansion touristique. Ce qui a retardé la réalisation de nombreux projets de développement dont la population locale a grandement besoin.

Ramdane Koubabi


Elles ont opté pour l’aide à la reconstruction

154 familles sinistrées non encore relogées

La wilaya de Boumerdès compte une centaine de familles sinistrées du séisme de 2003 qui vivent à ce jour dans des chalets. Elles ont opté pour l’aide à la reconstruction.

L’Etat leur a, hormis quelques exceptions, accordé une aide d’un million de dinars avec la possibilité de bénéficier d’un crédit bancaire. Mais ces sinistrés n’ont pas pu réaliser leur rêve. Parmi eux, une trentaine habitait à la cité Ibn Khaldoun (Boumerdès). Le directeur de l’OPGI affirme que leurs logements seront réceptionnés dans quelques jours. Près de 64 autres familles résidaient à la cité Coopératives, toujours à Boumerdès. Rahil Rabah, 66 ans, ainsi qu’un de ses anciens voisins (Foessi Hassan) affirment n’avoir perçu aucune aide de l’Etat.

M. Rahil, père de 7 enfants, occupe à ce jour, à la Sablière, un chalet qui s’effrite au fil des jours et des années. «J’ai frappé à toutes les portes, mais aucun responsable n’a voulu m’entendre et m’accorder mon droit», se plaint-il. «Le bloc où j’habitais avec 7 autres familles a été démoli par les autorités.

Notre cité compte 236 logements, mais il n’y a que notre immeuble qui n’est pas sorti des fondations», déplore-t-il. Le retard pris pour le relogement des autres familles est dû au fait que la plupart d’entre elles n’ont pas pu contribuer financièrement à la reconstruction de leurs anciens appartements. C’est l’exemple des habitants de la cité Oasis à Bordj Menaiël, qui ont été arnaqués par un entrepreneur véreux. Ce dernier a abandonné le chantier au stade des fondations.

Après plus de 5 ans de blocage, le nouveau wali a instruit l’OPGI de reprendre les travaux. Le directeur de cet office affirme que des réunions ont été tenues avec les concernés, à l’issue desquelles il a été convenu de leur octroyer des logements sociaux provisoirement en attendant l’achèvement de leurs logements. Mais certains n’avaient pas accepté les conditions exigées par l’administration et le chantier est resté à ce jour à la traîne.
R. Koubabi


28 000 logements en cours de réalisation

Le wali de Boumerdès a fait du démantèlement des chalets son cheval de bataille. Lors de son dernier passage à la radio locale, il a promis que l’éradication de ces habitations, qui ternissent l’image de la wilaya, interviendra au plus tard fin 2016.

M. Abbas a affirmé que la wilaya a bénéficié de 28 000 logements sociaux dont 22 000 sont en cours de réalisation. Pas moins de 12 000 unités de ce programme sont destinées à l’éradication des chalets. Les autorités locales se sont lancées dans une course contre la montre pour achever ces projets dans les délais.

Les marchés sont confiés de gré à gré à des entreprises étrangères, comme c’est le cas pour le quota des 4000 logements répartis en juin dernier à travers les communes de Bordj Menaiël (1500), Boumerdès (1000), Boudouaou (1000), Dellys (500), attribués à l’entreprise chinoise CEDY, précise le directeur de l’OPGI. Le même responsable fait état de 1200 logements sociaux qui sont déjà prêts à être distribués au niveau de la wilaya, dont 200 à Zemmouri, 150 à Tagdemt, 170 à Hammadi… mais la demande dépasse largement l’offre.
R. K.


 

Plus de 800 classes en préfabriqué

Treize années après le séisme ravageur qui a frappé Boumerdès, les écoles et les classes en préfabriqué ne sont pas encore remplacées par des établissements scolaires en dur. Les élèves, ainsi que leurs parents, ne savent pas à quel saint se vouer pour en finir avec ce marasme qui a trop duré.

La plupart de ces classes, dont le nombre avoisine les 800, se trouvent dans un état déplorable. Pourtant, elles n’ont été érigées que provisoirement. En hiver comme en été, les conditions de scolarité sont très difficiles. On signale chaque fois un manque de chauffage, des infiltrations des eaux pluviales à travers les toits, l’insalubrité, les fenêtres et portes brisées, l’inexistence de terrains pour la pratique du sport, etc.

Pourtant, des milliers d’écoliers, la plupart des élèves du primaire, continuent de fréquenter ces classes dépourvues de toutes les commodités. Ajoutez à cela la surcharge dans plusieurs établissements où le taux d’occupation des salles dépasse les 40 élèves. Au total, on compte une soixantaine d’établissements scolaires en préfabriqué éparpillés sur les communes de la wilaya, notamment à Boudouaou, Zemmouri, Dellys, Corso, Thénia, Bordj Menaiël, etc. Les élèves et leurs parents sont toujours dans l’attente d’une meilleure prise en charge. Pour exprimer leur ras-le-bol, les écoliers ont déclenché des mouvements de grève à plusieurs reprises.

Malheureusement, sans donner de résultats palpables. Les promesses des pouvoirs publics sont restées lettre morte. Les enseignants aussi endurent les affres. Offrir un enseignement de qualité aux élèves est une mission quasi impossible. «Comment peut-on s’attendre à de bons résultats scolaires et lutter contre la déperdition dans cette situation qui risque de se prolonger encore ?» se demande légitimement un parent. Le bureau d’études qui a réalisé le plan d’aménagement territorial de la wilaya fait état d’un déficit de 424 classes dans les trois paliers à travers la région. Les services concernés doivent construire 147 nouvelles écoles primaires, 46 CEM et 21 lycées d’ici 2030. Cependant, l’urgence devrait d’abord être pour le remplacement des classes en préfabriqué.
Omar Arbane