Le FIS voudrait renaître de ses cendres

Le FIS voudrait renaître de ses cendres

Baudouin Loos, Le Soir, 15 septembre 1999

Nom: Front islamique du salut. Sigle: FIS. Naissance: 14 septembre 1989.
Nature: parti politique algérien prônant l’Etat islamique. Signes
particuliers: de très loin premier parti algérien aux scrutins local de
juin 90 et législatif de décembre 91; dissous par le tribunal
administratif d’Alger le 4 mars 1992 deux mois après le coup d’Etat
militaire; cadres emprisonnés ou exilés; militants en perdition ou passés
au maquis. Dernière minute: l’AIS, bras armé du FIS, conclut une trêve
avec l’armée algérienne le 1er octobre 1997, trêve qui trouve une
traduction juridique dans le cadre de la «loi sur la concorde civile»
proposée par le nouveau président algérien Bouteflika cet été et qui sera
soumise à référendum populaire demain jeudi; la plupart des dirigeants qui
se sont exprimés appuient le «oui» au référendum; le président de
l’Instance du FIS à l’étranger, Rabah Kebir, déclare le 10 septembre que
« la question du FIS en tant que parti est terminée sous son appellation
actuelle ».

Depuis qu’il a été élu le 15 avril dernier en l’absence de tout
challenger, Abdelaziz Bouteflika n’épargne aucune énergie pour promouvoir
son projet de concorde civile destiné à sortir l’Algérie du cycle de
violences. La plupart des caciques du FIS lui ont très vite emboîté le
pas, et d’abord Abassi Madani, principal «cheikh», toujours en résidence
surveillée. Son dauphin présumé, Ali Belhadj, considéré comme le plus
radical, proche des maquisards et/ou terroristes, refuserait lui de se
prononcer tant qu’il reste enfermé.

Comment survivre ou plutôt renaître comme formation incarnant encore la
justice sociale après sept années et demie de troubles sanglants qui ont
écorché l’Algérie au plus profond de sa chair? Ainsi se trouve posée la
question qui taraude les sympathisants du FIS. Sans doute, l’arrivée de
Bouteflika au faîte de la hiérarchie algérienne représente-t-elle un
potentiel d’espoir, mais le nouveau «raïs» met lui-même des balises – pas
toujours faciles à lire – qui limitent les options.

REALITE INDESIRABLE…

Rabah Kebir a donc donné son interprétation, en annonçant la renonciation
au célèbre sigle, mais il aussitôt ajouté que « les militants du FIS et ses
sympathisants devraient avoir le droit de s’organiser politiquement dans
le respect de la Constitution – qui prohibe les formations basées sur la
religion, NDLR – et des lois en vigueur ». Bouteflika, alors en campagne
électorale, n’avait-il pas lui-même émis cette suggestion? Depuis lors, il
est vrai, le «raïs» a beaucoup parlé. Notamment pour dire que « Madani et
Belhadj doivent définitivement renoncer à la politique car le peuple
algérien les tient pour responsables de la catastrophe ». Pour dire encore
que « l’islamisme politique (comme la laïcité!) était indésirable en
Algérie ». Le même «Boutef» a cependant admis dimanche sur RTL que
l’islamisme se trouvait être une réalité dans son pays… Le président, il
est vrai, compte conserver le soutien actuel de deux partis islamistes
dits modérés dont l’un est déjà associé à l’exécutif depuis deux ans.

La presse francophone, le plus souvent virulente dans son anti-islamisme,
soupçonne désormais le FIS de vouloir renaître de ses cendres à travers
des associations caritatives, sur un terrain social qui fut son terreau à
l’époque de sa grandeur. Mais, loin de pavoiser, «Ribat», le bulletin du
FIS à l’étranger, donnait le 10 septembre des indications sur le malaise
régnant au sein du FIS: tout en apportant son « soutien » –
inconditionnel… – « à l’homme de la réconciliation et de la concorde »,
l’opuscule additionnait en effet une série de reproches à Bouteflika,
qualifiant de « déni de justice » et de « falsification de l’histoire »
l’imputation aux chefs du FIS de la responsabilité de la crise, et
accusant le président de « fermer la porte aux mouvements politiques issus
du peuple et militant pour le changement démocratique et constitutionnel ».
A croire que ce type de «changement démocratique» ne rencontre pas
l’assentiment présidentiel.

 

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