COOPÉRATION MILITAIRE ALGÉRO-FRANÇAISE

COOPÉRATION MILITAIRE ALGÉRO-FRANÇAISE
Contacts à un haut niveau

Samia Lokmane, Liberte 28 Mai 2000

Le chef d’état-major de l’ANP, Mohamed Lamari, a reçu, hier, au siège du
ministère de la défense nationale, M. Paul Habert, vice-amiral de la flotte
française.

Une première depuis plus d’une décennie. En effet, cela fait onze ans
exactement que plus aucun officiel de l’armée nationale française n’a foulé
le sol
algérien. Hier matin, c’est un bâtiment de la marine de ce pays, la frégate
La Motte-Picquet qui a accosté le port d’Alger.

À son bord, l’équipage, mais aussi le vice-amiral de la flotte française et
commandant de la zone navale de méditerranée, M. Paul Habert. Reçu quelques
heures après l’arrimage du bateau par le chef d’état-major de l’ANP, Mohamed
Lamari, au siège du département de la défense nationale, M. Paul Habert a
animé, en fin de journée, une conférence de presse, sur La Motte-Picquet,
qu’il a inaugurée en se réjouissant d’être à Alger. « Le soleil d’Alger
m’éblouit »,
a-t-il lancé, le sourire aux lèvres, à l’adresse des journalistes.

Du soleil qui a visiblement fini par rompre la glace entre l’Algérie et la
France après plus d’une décennie d’incompréhension, de méfiance, mais
d’embargo
outre-méditerranéen surtout. À la question de savoir ce qui a motivé la fin
du boycott hexagonal de la mer territoriale nationale, le vice-amiral Habert
semblait embarrassé.

Que dire ? « Onze ans, cela fait beaucoup », répond-il avec une pointe de
dépit dans la voix. « Vous expliquer les raisons de notre absence pendrait
certainement du temps et réveillerait des souvenirs douloureux », ajoute le
vice-amiral gêné. Et sur un ton plus déterminé, il reprend : « au lieu de
regarder
vers le passé, construisons ensemble l’avenir dans un esprit de paix et
d’amitié. »

Au bout de trois phrases successives, évasives et subtiles, le vice-amiral
n’avait toujours pas répondu à la question sus-citée. La fin du boycott
français
et la reprise de la coopération militaire entre Alger et Paris ? « Il a été
décidé que cette situation (d’embargo, ndlr) devait cesser », s’est empressé
de
répondre le conférencier avant de quitter les journalistes. Vagues et
prudentes, telles ont été aussi les autres réponses qu’il a développées tout
au long
de sa conférence de presse. « Reprise des ventes d’armes à l’Algérie
interrompues en 1993, médiation de la France pour l’adhésion éventuelle de
notre
pays à l’Alliance Atlantique (OTAN), apport de l’expérience française dans
le cadre de la professionnalisation de l’armée algérienne… ». Arguant le
fait qu’il
n’est pas mandaté pour s’exprimer sur toutes ces questions, M. Habert est
demeuré peu prolixe. Il a affirmé qu’il était porteur d’un message d’amitié
de la
France à l’Algérie, que la visite de la frégate La Motte-Picquet augure d’un
regain d’attention hexagonal vis-à-vis de note pays et qu’enfin la
coopération
militaire, laquelle, a-t-il insisté, n’a jamais été interrompue avec l’envoi
en formation en France d’officiers algériens, pourrait connaître un nouvel
essor.

Toujours très peu bavard, le conférencier est demeuré secret sur les aspects
de cette coopération. Il a tout juste révélé que des contacts de haut niveau
ont déjà été pris par des représentants de l’ANP et du ministère français de
la Défense et que la question militaire sera au centre des discussions entre
les
présidents Chirac et Bouteflika lors du déplacement du Chef de l’État à
Paris dans 15 jours.

Se prononçant juste sur le corps dont il a la charge, la marine, le
vice-amiral Paul Habert n’a pas exclu des manoeuvres navales
algéro-françaises lors des
prochaines escales des navires militaires dans les ports respectifs des deux
pays. « Dans ce domaine précis, nous serions honorés de partager notre
expérience avec les forces navales algériennes aussi bien en ce qui concerne
la sécurité des approches aéronautique, la surveillance du territoire, le
sauvetage en mer, la sauvegarde de l’ordre public… ». Pour le reste, la
professionnalisation de l’armée algérienne pourtant évoquée lors de
l’entretien qu’il
a eu avec le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, le vice-amiral
français a renvoyé cette question au cadre global de la coopération
militaire entre
les deux pays, du ressort des instances dirigeantes. Au mois de janvier,
rappelons-le, pour la première fois, le volet militaire des relations
algéro-françaises a été rendu public par les ministres des Affaires
étrangères des deux pays, MM.Védrine et Yousfi lors du déplacement de ce
dernier à
Paris.

« Les sociétés françaises qui appartiennent à ce secteur n’ont à craindre
aucun ostracisme de notre part. Nous sommes tout à fait prêts à discuter
avec
elles sans aucun préalable », a affirmé notre chef de la diplomatie à
l’adresse des industriels hexagonaux de l’armement. Pour sa part, Hubert
Védrine
avait annoncé la volonté des deux pays de rediscuter l’accord-cadre de la
coopération militaire datant de 1967 dans l’objectif de le redynamiser. À la
question de savoir si Paris était prêt à apporter à l’Algérie son
expérience, sa technologie et son aide dans le cadre de la lutte
antiterroriste, le locataire du
Quai d’Orsay a répondu que cela faisait partie des sujets à discuter.
Rendez-vous donc, avec Bouteflika, le 13 juin à Paris.