Une révision de la constitution est discrètement envisagée à Alger

 

Une révision de la constitution est discrètement envisagée à Alger


Tarik Rezzak, Interface, 8 février 2000

La révision de la constitution algérienne renforcerait le
pouvoir présidentiel et favoriserait l’émergence d’un vice-président, au
détriment de l’exécutif.

Le quotidien Saout el Ahrar (publication du FLN), citant des sources
informées, a indiqué qu’une commission ad hoc créée au niveau de la
Présidence de la république vient d’achever l’élaboration d’un avant-projet
de révision constitutionnelle. Ce texte serait soumis à référendum au début
du second semestre de l’année en cours. D’après ce journal, les amendements
qui seront apportés à la constitution actuelle (1996) porteront
essentiellement sur l’organisation des pouvoirs.

Il est question de renforcer davantage les attributions du président de la
république au détriment des pouvoirs exécutif et législatif. A maintes
reprises, après son accession à la magistrature suprême, Abdelaziz Bouteflika
a critiqué le système parlementaire estimant notamment « ne pas comprendre que
le gouvernement qu’il nomme soit obligé de soumettre son programme à
l’assemblée populaire nationale (élue au suffrage universel direct) dès lors
qu’il était, lui-même élu au suffrage universel direct sur la base d’un
programme politique ». Non seulement on s’acheminerait vers une sérieuse
limitation du pouvoir législatif, mais aussi du pouvoir judiciaire.

Saout el Ahrar croit savoir que la justice sera placée sous l’autorité du
pouvoir exécutif. À ce niveau, le journal évoque la suppression de la
fonction de chef du gouvernement et son remplacement par un vice-président de
la république.

L’esprit de ces amendements semble largement inspiré par une étude achevée en
septembre 1993 par un groupe d’experts au sein d’une commission connue sous
l’appellation de « Algérie 2005 », dans sa partie traitant des institutions. Ce
document partait du présupposé que « la société n’est pas mûre pour la
démocratie » et que « l’armée doit être garante de la constitution ».

Il n’est pas impossible que les informations divulguées par Saout el Ahrar
soient une fuite orchestrée par l’entourage du président Bouteflika dont le
directeur de cabinet n’est autre que Ali Benflis, membre du bureau politique
du FLN. La création d’un poste de vice-président a déjà été envisagée par des
généraux après la démission anticipée du président Zeroual.

Une mouture constitutionnelle en ce sens avait été élaborée dans le courant
du troisième trimestre de l’année dernière par des juristes de l’Institut
national des études stratégiques globales. Cet organisme dépend de la
Présidence de la république et travaille notamment pour le compte du
Département Renseignement et Sécurité (services de renseignements).

D’après cette mouture, le vice-président succède automatiquement au président
de la république en cas de vacance. Les « décideurs » semblent vouloir parer à
une éventuelle crise institutionnelle grave en mettant en place ce mécanisme.
Il permet notamment d’éviter des élections présidentielles dans la
précipitation comme cela a failli être le cas avec la démission du président
Zeroual.

Dans les cercles du pouvoir et les salons politiques algérois, on estime que
c’est M. Ahmed Ouyahia, ex-chef du gouvernement controversé, actuellement
ministre d’Etat et ministre de la justice, qui devrait occuper ce poste. Il
jouit du soutien absolu de quelques décideurs au sein de l’armée. D’autres
généraux pencheraient plutôt pour l’ex-ministre de la défense nationale, M.
Khaled Nezzar, dont le livre autobiographique publié récemment est une carte
de visite, indique-t-on dans son entourage.

On ne cache pas non plus qu’il a l’appui de l’actuel chef d’Etat-major, le
général de corps d’armée Mohamed Lamari. De son coté, M.Nezzar n’est pas
inactif. En sa résidence du quartier de Hydra, il tient salon politique.
Récemment, il a effectué une sortie remarquée en assistant aux cotés du
leader islamiste Mahfoud Nahnah à l’assemblée générale constitutive de la
fondation Mohamed Bouslimani, une personnalité religieuse assassinée en 1995
par un groupe terroriste.
T.R.

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