Les victimes du terrorisme crient à la trahison

Les victimes du terrorisme crient à la trahison

Salima Tlemçani, El Watan, 7 juin 1999

Non encore remises du choc engendré par le décret relatif à la prise en charge des victimes de «la tragédie», les familles des victimes du terrorisme viennent de subir un autre «affront», en apprenant par la télévision algérienne que le président de la République prendra en charge les préoccupations du chef terroriste Madani Mezrag.
La première réaction émane de l’association des familles des victimes du terrorisme de Blida, Djazaïrouna, et celle des familles des victimes enlevées par les terroristes Somoud. Dans un communiqué commun, les deux organisations «crient leur indignation» et font part de «leur crainte quant à ce qui pourrait découler de ces négociations illégales faites sur le dos de milliers de martyrs de la République et de leurs familles traumatisées». Somoud et Djazaïrouna précisent qu’aucune justification ne saurait expliquer «les concessions» faites aux islamistes. «Les intérêts supérieurs de la nation ne peuvent être garantis par des négociations menées sous les menaces des ennemis de l’Algérie (…). A l’Algérie d’honorer et de valoriser les sacrifices de ses enfants fidèles en garantissant le respect de la Constitution et des lois de la République.» Les signataires appellent la société civile à se prononcer au sujet de «cette grave dérive», tout en rappelant leur détermination à lutter pour l’abrogation de la loi sur la rahma qui «lave les tueurs de femmes, d’enfants et de vieillards de leurs crimes abjects». L’unique espoir des deux associations, lit-on dans le communiqué, est de voir les criminels et leurs commanditaires jugés et condamnés pour leurs actes. La présidente de l’Association nationale des familles des victimes du terrorisme (ANFVT), Mme Flici, s’est étonnée du commentaire de l’APS «citant comme source la Présidence de la République, considérant que cette réponse est en contradiction avec les engagements du président qui a déclaré qu’il n’y aura aucune discussion avec les assassins et les criminels dont le sort relève de l’autorité judiciaire».
Dans un communiqué rendu public hier, l’ANFVT affirme refuser qu’il y ait accord sur le dos des victimes du terrorisme comme elle refuse, ajoute-t-elle, toute transaction avec les terroristes sans les consulter, sachant qu’il s’agit de la catégorie sociale la plus touchée et qui a fait des sacrifices pour la sauvegarde de la République. «Le terroriste Madani Mezrag oublie que ses troupes assassinaient et égorgeaient et que le peuple algérien, y compris les familles des victimes du terrorisme, attache peu d’importance aux noms des terroristes. Tout responsable de menaces ou d’assassinats d’innocents est un terroriste, et il est de ce fait justiciable conformément aux lois de la République et à la justice.»
Pour sa part, le Rassemblement algérien des femmes démocrates (RAFD) s’est indigné en apprenant la réaction de la Présidence de la République en réponse à la lettre «d’un chef assassin» de l’AIS. «Aujourd’hui, nous notons que le président de la République est prêt à amnistier les égorgeurs, les violeurs de jeunes filles, les saboteurs de l’économie, les destructeurs de l’Algérie, en un mot tous les responsables et les militants de l’intégrisme islamiste en les traitant comme des simples délinquants.» Le RAFD indique que le peuple a pardonné toutes les erreurs graves et les nombreuses dérives de ses dirigeants successifs. Selon l’organisation, il a supporté stoïquement toutes les bêtises innommables et innombrables de ces derniers. «Mais va-t-il supporter cette haute trahison de la mémoire des milliers de victimes du terrorisme intégriste, la trahison de tous ces espoirs futurs, parce qu’une pseudo-proposition de paix vient d’être formulée de nouveau par un chef terroriste, responsable de milliers d’assassinats ? Le plus grave étant que les nouveaux gouvernants qualifient cette «mise en demeure» d’«appel courageux» alors que le sens de ce message est que la république doit abdiquer sinon elle sera mise à feu et à sang !»
Le Rassemblement trouve que le loi sur la rahma ne suffit plus au parti dissous pour se refaire une virginité à lui et à ses armées. Il se demande plus loin si des lois ne vont pas être mises en place pour leur garantir un titre de «moudjahid», des indemnités, des dédommagements et, pourquoi pas, ajoute-t-il, un statut au sein de l’ANP qui les a si courageusement combattus et qui continue à payer un lourd tribut pour le maintien de l’ordre républicain. Le RAFD trouve que la dérive est très grave. Il la qualifie de trahison qui se trame sur le dos de l’Algérie.
La paix ne saurait se faire avec l’abdication de la République, l’impunité pour les chefs assassins, leurs troupes et leurs soutiens politiques et logistiques.
«La seule démarche courageuse, pour le RAFD, est celle qui consiste à juger les terroristes pour crimes contre l’humanité et agir sans relâche en coordination avec toutes les forces républicaines pour faire échec de façon définitive à l’intégrisme armé et politique.» L’association explique que demander que justice soit faite n’est pas un sentiment de haine ou de vengeance.

 

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