La montée des jeunes colonels

BOUTEFLIKA CHANGE L’ENCADREMENT CENTRAL DU MDN
La montée des jeunes colonels

Mounir B. Le quotidien d’Oran, 28.8.00

L’administration du ministère de la Défense nationale fait peau neuve. Le président de la République, Abdelaziz Bouteflika, a procédé, par décret, à la nomination de huit nouveaux colonels qui représentent l’encadrement central de l’armée.

Un renouvellement purement technique si l’on se réfère au communiqué de la Présidence.

Celui-ci stipule que ces changements opérés au siège des Tagarins interviennent après: « le mouvement effectué au niveau des différentes armes et des régions militaires, les décisions prises ce jour s’inscrivent dans la volonté de renouvellement des capacités humaines et de changement engagé par le président de la République dans le cadre plus vaste de l’Etat ». En d’autres termes, après le mouvement au sein de l’administration des collectivités locales, de la justice et de l’éducation est venu celui de l’administration de la défense.

Même si les directeurs centraux des ministères ne sont pas des personnages de notoriété publique, spécialement dans le corps de l’ANP, il se trouve que parmi les huit officiers supérieurs partants, trois d’entre eux sont plus ou moins connus. D’abord, le général-major Mohamed Ghenim qui occupait le poste de secrétaire général de l’administration du MDN. Issu de l’armée de terre, cet officier supérieur est un ancien des forces terrestres et occupe ce poste sensible depuis trois ans (1997). Il passe pour être l’un des plus « anciens » de l’armée. Il a été remplacé par le général Ahmed Senhadji, qui vient d’être récemment rappelé de Paris où il occupait les fonctions d’attaché militaire au sein de l’ambassade d’Algérie en France. Cet officier supérieur est considéré comme un « moderniste » et s’inscrit en droite ligne dans la politique de réforme de l’encadrement exposée par le général de corps d’armée, Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’ANP et qu’il côtoya dans le haut commandement de l’armée du temps de l’ancien ministre de la Défense, Khaled Nezzar.

Probablement le plus médiatique, le colonel Belkacem Boukhari, directeur de la justice militaire, cède son poste pour un autre colonel, Larbi Benacer. Le colonel Boukhari s’était illustré par un réquisitoire éloquent lors du procès des deux ex-leaders du FIS dissous, Abassi Madani et Ali Benhadj en juillet 92, et par une maîtrise impressionnante du dossier. Il occupait alors le poste de procureur auprès le parquet militaire de Blida qui avait instruit l’affaire des dirigeants islamistes. Il s’était notamment distingué par ses répliques prosaïques face à Ali Benhadj tout surpris de se retrouver battu sur le terrain de la religion par un procureur militaire.

Enfin, le départ du colonel Mahmoud Karboua de la direction du service national remplacé par le colonel Ahmed Zaanoun.

Le colonel partant était au coeur du dispositif de l’assainissement du fichier du service national et derrière une organisation quasiment sans faille du dispositif mis en place par le MDN pour la régularisation d’un million de jeunes Algériens concernés par le service national.

Mais au-delà de la qualité et du parcours des officiers supérieurs partants, les changements opérés dans le corps de l’armée ne sont, selon les observateurs, que le prolongement logique du mouvement opéré précédemment au sein des régions militaires et qui avait touché des généraux et des généraux-majors. Ils ne sont d’autant pas surprenants, selon eux, que: « l’armée est entrée de plain-pied dans le rajeunissement de son encadrement et la modernisation de ses structures depuis près de six ans ». Le fait notable est l’avènement d’une nouvelle génération de colonels qui ont fait des écoles russes, françaises ou américaines et qui se sont familiarisés avec les nouvelles techniques de gestion administrative dans une armée professionnelle.

Quant à la dimension politique d’un tel changement, elle semble minime, pour ne pas dire absente. Le ministère de la Défense se dote d’une nouvelle ossature dans tous les départements (personnel, service social, affaires juridiques, service national, justice militaire, service informatique et à l’IMDEP). Le processus de modernisation implique un rabaissement de la moyenne d’âge des officiers supérieurs de l’ANP, aptes au commandement et à la gestion. Une politique qui est loin d’être récente au sein de l’ANP tant les changements opérés, depuis deux décennies déjà, se sont déroulés sans accrocs majeurs même concernant les officiers supérieurs les plus charismatiques. Sauf que pour cette fois, ils interviennent dans un contexte particulier puisque quasiment l’ensemble des institutions est concerné.