Des changements au ministère de la Défense nationale

Des changements au ministère de la Défense nationale

La Présidence de la République a rendu public hier le communiqué  suivant (27 août 2000):
 » Le Président de la République, chef suprême des forces armées, ministre
de la Défense nationale, a pris ce jour des décrets par lesquels il a été,
d’une part, mis fin aux fonctions d’officiers supérieurs de l’ANP
encadrant certaines structures centrales de l’administration du MDN et,
d’autre part, procédé à la nomination d’autres officiers supérieurs à la
tête desdites structures. Venant après le mouvement effectué au niveau des
différentes armées et des régions militaires, les décisions prises ce jour s’inscrivent dans la
volonté de renouvellement des capacités humaines et de changement engagé
par le Président de la République dans le cadre plus vaste de l’Etat.
C’est ainsi que huit décrets présidentiels mettant fin aux fonctions
d’officiers supérieurs ont été pris et concernent :
1. Le général-major Mohamed Ghenim, en qualité  de secrétaire général
pour l’administration du ministère de la Défense nationale.
2. Le colonel Abdelkrim Ougueni, en qualité de directeur des personnels.
3. Le colonel Mohamed-Laid Koubi, en qualité  de directeur du service social.
4. Le colonel Djaballah Merselkadi, en qualité de directeur des affaires
juridiques et contentieuses.
5. Le colonel Mahmoud Karboua, en qualité de directeur du Service national.
6. Le colonel Belkacem Boukhari, en qualité de directeur de la justice
militaire.
7. Le colonel Ali Annabi, en qualité de chef du service informatique de
l’Armée.
8. Le colonel Ramdhane Khellafi, en qualité de directeur de l’Institut
militaire de documentation d’études et de prospectives.
Alors que huit décrets présidentiels ont été pris, portant nomination
d’officiers supérieurs aux fonctions suivantes :
1. Le général Ahmed Senhadji, en qualité de secrétaire général pour
l’administration du ministère de la Défense nationale.
2. Le colonel Ali Ghediri, en qualité de directeur des personnels.
3. Le colonel M hamed Mebarek, en qualité de directeur du service social.
4. Le colonel Amar Boussisse, en qualité de directeur des affaires
juridiques et contentieuses.
5. Le colonel Ahmed Zaanoun, en qualité de directeur du Service national.
6. Le colonel Larbi Benacer, en qualité de directeur de la justice militaire.
7. Le colonel Mohamed Chikouche, en qualitéde chef du service informatique
de l’Armée par intérim.
8. Le lieutenant-colonel Bachir Berkani, en qualité de directeur de
l’Institut militaire de documentation d’études et de prospectives par intérim. « 

 

Vingt-quatre heures après avoir changé de chef de gouvernement
Bouteflika s’attaque au MDN Ministère de la Défense Nationale)

M. B., Liberté, 28 août 2000

S’il est un signal fort que suggère chacune des manipulations qu’il a opérées
dans le corps de l’armée, centre du pouvoir par excellence, c’est bien
que le Président semble dire qu’il n’est pas un président « placé  » avant même
d’avoir été élu.

Vingt-quatre heures à peine après avoir confié les reines du gouvernement à
son ami Benflis, en remplacement d’Ahmed Benbitour, et après avoir procédé
àquelques remaniements ministériels, Bouteflika agit cette fois sur le
corps de l’ANP. Les changements qu il vient d’opérer (voir communiqué de la
présidence) interviennent dans la foule e des mouvements initiés au sein de
certains corps d’Etat, notamment la magistrature et les walis. Il faut tout
de suite signaler aussi que c’est le troisième changement d’importance
effectué à l’intérieur de la hiérarchie militaire après ceux initiés le
24 février dernier quand il avait mis fin aux fonctions de pas moins de sept
généraux, et aussi le 3 juillet écoulé , la veille de la fête de l’Indépendance,
en procédant à la nomination d’une vingtaine d’officiers supérieurs.
Ce coup-ci, Bouteflika « fait le ménage » au sein même des structures
centrales de l’ANP. C est à dire le ministère de la Défense nationale
(MDN). Premier changement, un général-major saute, en l’occurrence Mohamed
Ghenim, le désormais « ex »-secrétaire général du ministère de la Défense.
Il est remplace  par le général Ahmed Sanhadji, qui était attaché
de défense à Paris. Parmi les noms qui « sautent aux yeux » figure aussi celui
du colonel Belkacem Boukhari, qui avait, rappelle-t-on, jugé Ali Benhadj
lorsqu’il fut traduit devant le tribunal militaire de Blida. Le colonel
Boukhari qui occupait le poste de directeur de la justice militaire au MDN
sera remplacé par le colonel Larbi Benacer.
A retenir que ces changements ont porté sur des postes variant de
l’important au moins important : directeur du personnel, directeur du service
national, affaires juridiques et contentieux, service social, service
informatique ou encore la direction de l’Institut militaire de documentation,
d’études et de prospectives.
On aura noté, toutefois, en faisant la jonction avec les changements précédents
que nombre de… gros bonnets ont été écartés. C’est le cas des
Derradj, Ghodhbane et Boughaba. C’est aussi le cas du général Ghenim cette
fois-ci. Une manière de dire que si Bouteflika a une autre « ligne rouge » à
ne pas de passer vis-à-vis de ce que l’on désigne par « le Cabinet noir »,
c’est-à-dire le haut gratin de l’establishment militaire, il ne s’incline pas
pour autant devant le premier général. Et cela n’est pas sans rappeler ses
intempestives déclarations à l’endroit de généraux dont il n’est que le
pantin et ce, dans la foulée de la fièvre suscitée par la fameuse dépêche
de l’agence Reuters. Bouteflika martelait alors à qui voulait bien le
croire : « Je ne suis pas un trois quarts de Président. »
Néanmoins, force est de relever que le Président de la République n’entend
pas « lâcher » son portefeuille de la Défense et s’il est un signal fort que
suggère chacune des manipulations faites dans le corps de l’armée, centre
du pouvoir par excellence, c’est bien que Bouteflika semble dire qu’il n’est
pas un Président « placé  » avant même d’avoir été élu.
Force est d’y voir aussi un autre « front » ouvert par le Président, dans sa
« guerre » contre tous ceux qui ne partagent pas sa vision et sa politique. Une
guerre dans laquelle il s’use à chercher des collaborateurs idoines. On ne
pourra, hélas, pas vous en dire plus sur le « C.V. » des colonels qu il vient
de propulser au MDN, ni sur la part des pressions claniques et de la « lutte
des places »…