La France se prépare à accueillir avec faste le chef de l’Etat algérien

La France se prépare à accueillir avec faste le chef de l’Etat algérien

Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde, 8 juin 2000

DEPUIS près de dix-sept ans aucun chef d’Etat algérien n’avait effectué de
visite officielle en France. La dernière, celle du président Chadli
Bendjedid, remonte à novembre 1983. Cinq ans plus tard, des émeutes réprimées
dans le sang allaient entraîner l’Algérie vers la tragédie et l’isoler
durablement de la scène internationale.
Comme s’il s’agissait de rattraper le temps perdu, les autorités françaises
se préparent donc à dérouler le tapis rouge pour le président Abdelaziz
Bouteflika, en visite officielle en France du mardi 13 juin au samedi 17.
Etalé sur plus de quatre jours – une durée exceptionnellement longue -, le
séjour du chef de l’Etat algérien ne devrait être marqué par aucune annonce
fracassante mais, plus simplement, confirmer le « climat nouveau » et la «
volonté de rapprochement entre les deux pays » maintenant que « l’Algérie est
en train de sortir de la crise », selon des diplomates français.

VISITE À DOUAUMONT
Accompagné d’une importante délégation, le président algérien arrivera, mardi
en fin de journée, à l’aéroport d’Orly, où il sera accueilli par le président
Jacques Chirac avec qui il aura un premier entretien suivi d’un dîner à
l’Elysée. Le programme de la journée du mercredi s’annonce très chargé :
petit-déjeuner avec le ministre des affaires étrangères, Hubert Védrine ;
réception à l’Hôtel de Ville de Paris ; entretien avec le premier ministre,
Lionel Jospin ; discours à l’Assemblée nationale et, pour finir, soirée-débat
à l’intiative de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
Le lendemain matin, jeudi, le président algérien rencontrera les
représentants du Mouvement des entreprises de France (Medef), avant de
s’entretenir avec le président du Sénat, Christian Poncelet. Une réception et
un dîner-débat organisé par la revue Passages clôtureront cette journée.
Vendredi, après un entretien en fin de matinée avec le ministre de
l’économie, des finances et de l’industrie, Laurent Fabius, le chef de l’Etat
algérien, qui est aussi président en exercice de l’Organisation de l’unité
africaine (OUA) se rendra à Verdun puis à l’ossuaire de Douaumont (Meuse)
pour rendre hommage aux musulmans tombés au cours des combats de la guerre de
1914-1918.
Samedi, dernier jour de la visite, un entretien est prévu avec Koïchiro
Matsuura, le directeur général de l’Unesco, organisation dont le siège est à
Paris. Après une ultime réception donnée à la communauté algérienne, le
président Bouteflika regagnera son pays.
Hormis des marques d’attention, la France n’a guère à offrir à son hôte sur
le plan économique. Le retour de la compagnie Air France en Algérie n’est
toujours pas d’actualité malgré la multiplication des rencontres techniques
depuis deux mois. Le dossier continue à achoper sur les conditions d’un
utlime contrôle des passagers avant l’embarquement : Air France refuse qu’il
soit effectué sous le seul contrôle des autorités algériennes.

MODERNISATION DE L’ÉCONOMIE
En revanche, la question des visas, après avoir longtemps empoisonné les
relations entre les deux capitales, ne pose plus de problème majeur. A Alger,
les services consulaires français ont été aggrandis et modernisés.
L’ouverture du nouveau consulat d’Annaba, sur la côte Est, devrait être
officialisée la semaine prochaine ; la décision de principe d’en rouvrir un à
Oran, sur la côte Ouest, est également prise. Actuellement, une demande de
visa sur deux recevrait une réponse positive.
Ce que souhaitent désormais les Algériens, c’est que la France investisse en
Algérie. Convertie au libéralisme, favorable aux privatisations, l’ancienne
colonie française aimerait que son principal partenaire commercial s’engage à
moderniser l’économie. Jusqu’ici, il s’agit d’un vieux pieux.