Conseil de Coordination du FIS au sujet de la « réconciliation nationale »

Front Islamique du Salut

Conseil de Coordination

Communiqué No. 12 sur la « Réconciliation Nationale »

20 Rabi1 1420 / 4 juillet 1999

Dieu dit dans le saint Coran : « Allah prend la défense de ceux qui croient. Allah n’aime aucun traître ingrat.» (Al Hajj:38)

Le CCFIS a maintes fois affirmé que la paix est un objectif naturel autant que stratégique dicté par les considérations islamiques et l’aspiration populaire, et qu’il encourage toute démarche sincère d’arbitrage visant à résoudre le conflit et mettre fin à l’effusion de sang. Par conséquent, le CCFIS considère comme mesures d’apaisement et de détente positives : . la reconnaissance que l’arrêt du processus électoral de janvier 1992 fut une violence à l’encontre du peuple algérien ; . l’engagement de libérer prochainement des milliers de citoyens injustement détenus ; . l’annonce de 100 000 morts, ce qui est un pas vers la reconnaissance de la véritable ampleur de la tragédie algérienne et la restitution à la mémoire nationale de plus de 70 000 victimes algériennes officiellement ignorées (le gouvernement Ouyahia parlait en janvier 1998 de 26 536 victimes). L’impératif moral et religieux de la réconciliation nationale peut fédérer les intentions et les volontés autour de ce projet mais ne peut en aucun cas être un substitut à son contenu politique qui devrait être précis, transparent et concret. Cet impératif peut encore moins justifier le renoncement à la vérité et à la justice que la réconciliation nationale doit restaurer. Car la tragédie algérienne n’est pas la cause d’elle-même. La « fitna » et « l’effusion de sang » dont souffre l’Algérie ne résultent pas d’une catastrophe naturelle, mais relèvent de la responsabilité des hommes du pouvoir et sont les effets de contradictions et d’injustices enracinées dans le système politique prévalant en Algérie depuis l’indépendance. Le traitement effectif de ces contradictions et injustices doit s’articuler entre autres autour du droit du peuple à faire ses choix politiques et sociétaux et à élire ses représentants librement, son droit à contrôler ses gouvernants, du rôle de l’institution militaire, du rejet de la violence comme mode d’accès et de maintien au pouvoir, ainsi que des droits fondamentaux de la personne humaine. Le CCFIS constate que l’actuelle initiative dite de réconciliation nationale se déroule dans l’association sélective et individuelle de personnes et de groupes, dans l’exclusion du FIS en tant que parti politique souverain de ses décisions, ainsi que dans la marginalisation des autres forces politiques du pays. Ceci est contraire aux exigences du CCFIS qui considère que tout processus devant conduire à la réconciliation nationale doit s’effectuer dans la transparence, en associant tous les responsables du FIS, libres et emprisonnés, à l’intérieur et à l’extérieur, sans exclusion aucune, et en impliquant tous les acteurs politiques représentatifs de la société algérienne. Quant aux détails concrets de cette initiative, le CCFIS tient à formuler plusieurs remarques et réserves. La loi dite de concorde civile prétend être une couverture politique et légale à une réconciliation nationale. Pourtant elle qualifie ceux qui ont été contraints à prendre les armes, défensivement contre l’agression de la junte militaire, de criminels passibles de divers régimes de répression pénale. D’autre part, elle exempt pénalement, par omission, tous les instigateurs et commanditaires de la répression, ainsi que les forces régulières (ANP, Gendarmerie, DRS, Sûreté) et irrégulières (milices, GIA, OSRA, OJAL, et autres escadrons de la mort) qui l’ont perpétrée. L’article 7 de la dite loi n’est qu’une légalisation du recyclage de l’AIS, et des individus et groupes l’ayant rejoint, en milices. Vu l’implication notoire des milices dans les exécutions sommaires et les massacres, ce recyclage démontre clairement que ce texte de loi ne réprime pas pénalement l’acte de violence armée contre la société en tant que tel, mais punit la volonté et l’acte de défense légitime contre l’agression de la hiérarchie militaire usurpatrice du pouvoir. C’est donc un article qui protège le régime militaire et porte la guerre dans, et à, la société civile. Ce texte de loi est inique de par ce qu’il mentionne, mais il l’est aussi de par ce qu’il omet. Il présuppose, de façon fallacieuse, la non nécessité d’enquêtes expertes et indépendantes sur les crimes commis à l’encontre des populations civiles, notamment les viols, les homicides, les attentats dans les lieux publics et les massacres collectifs, crimes cités dans le texte de loi, ainsi que les détentions arbitraires, les tortures, les exécutions sommaires et les « disparitions » forcées, crimes qui y sont étrangement omis. Or, dans un système où un Premier ministre peut occulter impunément l’existence de plus de 70 000 victimes algériennes, et où la magistrature est notoirement complice dans la répression, la nécessité d’enquêtes indépendantes devient impérative. Le CCFIS considère que ce texte de loi de la « rahma » bis, n’est qu’un outil policier et un instrument de guerre, menant plutôt à la discorde qu’à la concorde civile. Il reste que le CCFIS prend acte des dernières mesures d’apaisement et de détente mais rappelle que l’enclenchement d’un processus de réconciliation véritable exige que d’autres mesures préalables doivent être prises, entre autres : . la levée de l’état d’urgence ; . la libération de tous les sympathisants et militants du FIS, notamment Cheikhs Madani Abbassi et Ali Benhadj ; . les garanties nécessaires aux dirigeants du FIS pour leur permettre de se réunir librement et sans condition entre eux et avec les dirigeants de la résistance armée ; . la mise à l’écart des responsables du coup d’état de janvier 1992 et de la répression sanglante qui s’en est suivie, ainsi que la réhabilitation de tous les éléments des corps constitués ayant refusé d’assister et de cautionner les putschistes.

En ce jour de commémoration de l’indépendance nationale chèrement acquise, le CCFIS se recueille à la mémoire de tous les martyrs qui se sont sacrifiés pour que vive l’Algérie musulmane et libre.

Pour le CCFIS : Le Bureau.

 

retour