Général Touati: « La mésentente entre l’armée et les politiques est une fable »

Conférence de presse du général Touati

“La mésentente entre l’armée et les politiques est une fable”

La Nouvelle République, 28 octobre 2002

chemins pour tirer les choses au clair quant un conflit qui opposerait l’institution militaire aux autorités politiques. “L’armée algérienne est une institution qui est au service de autorités politiques, les multiples thèses qui disent que l’armée voudrait prendre le pouvoir en Algérie sont fausses, et la preuve en est le départ du général Khaled Nezzar et du président Zeroual”. Pour répondre aux milieux qui clament une fracture entre l’institution militaire et les instances politique concernant la politique de la concorde civile, le général Touati répondra que c’est l’occasion de tirer les choses au clair. “Je suis de ceux qui ont été à l’origine de ce qui est devenu aujourd’hui une concorde civile. J’approuve la loi portant sur la concorde civile qui a aussi été approuvée par les citoyens. Je pense qu’aujourd’hui elle a apporté des résultats positifs, à partir du moment qu’elle a évité de traiter par la violence ceux qui sont égarés dans la voix de la violence, elle a permis également une insertion de ces égarés dans la société”. Interrogé sur la levée de l’Etat d’urgence, le général-major indiquera que cette prérogative relève de l’appréciation des autorités politiques. Pour ce qui est de l’extradition de Mourad Dhina du territoire suisse, le général Touati expliquera que les membres du parti islamiste dissous (FIS) ont pu tirer profit de la loi de la concorde civile qui a ouvert ses portes aux égarés. Les égarés exilés ne l’ont pas fait compte tenu de la complaisance de certains gouvernements. Donc, si Dhina reste en Suisse ou va ailleurs, on n’a rien a dire”. Il ajoutera à ce propos, “qu’il a fallu que les évènements du 11 septembre subviennent pour entendre le monde dire que nous sommes tous Américains, mais personne n’avait dit avant que nous sommes tous des Algériens”. Interrogé sur les pressions qu’exerce l’armée sur la prise de décision des pouvoirs politiques, le général Touati indiquera que l’autorité militaire a fait irruption dans le pouvoir politique dans le passé, non pas pour s’opposer aux uns et aux autres, mais dans le seul but de sauvegarder l’Etat national”. Il expliquera par ailleurs “que l’institution militaire est sous l’autorité du pouvoir politique et accomplit sa mission selon les lois organiques”. Le général Touati a, d’autre part, indiqué que l’armée algérienne a toujours œuvré pour la protection des citoyens et pour l’application des lois de la République. Cette sortie médiatique est, selon son auteur, une occasion de mettre les pendules à l’heure et de tirer les choses au clair sur de nombreuses accusations véhiculées par de nombreuse parties. “Le terme général est devenu le sujet de toutes les discussions, mais on est fiers d’être des généraux algériens”, lancera M. Touati. Il écartera de ce fait toute implication de l’institution militaire dans la prise de décision politique en Algérie.

 

Touati justifie l’arrêt du processus électoral

Par Amine L.

Le dernier jour du colloque sur le terrorisme a été marqué par la très attendue intervention du général-major Mohammed Touati. D’entrée, le général-major prend la défense de ceux qui ont été derrière l’arrêt du processus électoral en janvier 1992. Selon Touati, la démarche qui a été adoptée visait la “sauvegarde de l’Etat national” face à la menace de l’instauration d’un Etat théocratique. Les dangers qui menaçaient l’Etat à l’époque ne se résumaient pas moins à l’effritement des prérogatives de la souveraineté nationale et du fonctionnement des services publics, dira Touati. Mais il fallait surtout écarter le chaos qui menaçait le pays à l’époque, et ce, dans un contexte politique timoré, une situation économique et sociale délabrée… Plus grave encore, la population affichait un grave désenchantement tandis que les relations diplomatiques connaissaient des défiances grandissantes, expliquait le général-major, conseiller pour les questions de défense à la Présidence de la République.

Pour faire face aux conséquences sécuritaires de l’après-arrêt du processus électoral, l’Etat ne disposait que d’une armée constituée à 80% de conscrits positionnés en majorité aux frontières, tandis que les effectifs de la police et de la gendarmerie étaient insuffisants. Le général reconnaît que ces faiblesses dans les moyens humains et matériels, pour faire face à la déferlante terroriste, avaient pris de court les institutions de l’Etat à l’époque. Et l’échelle des dévastations qui a atteint un pic inimaginable en 1994, a permis aux autorités, selon toujours Touati, de prendre conscience que l’Algérie était ciblée par une “guerre de type nouveau, totale, systématique, paroxysmique”.

Voulant expliquer les raisons de l’affaiblissement de l’Etat ainsi que l’ambiance de fin de règne qui prévalait le jour de l’arrêt du deuxième tour des élections législatives de janvier 1992, Touati dira que le FIS et ses factions extrémistes islamistes avaient, depuis le début des années 80, entrepris avec succès une opération d’accaparement des mosquées et des salles de prière pour en faire autant de foyers d’agitation et de bases logistiques que possible. Un travail d’enbrigadement qui a permis aux organisations terroristes d’édifier de véritables ceintures sub-urbaines entourant les grandes villes. Ces ceintures se révéleront de véritables “maquis urbains” menaçant d’asphyxier la vie courante des villes. Le constat de Touati ne s’arrêtera pas là. Selon lui, les services publics et certains échelons d’autorités publiques locales étaient “infestés” et le développement “aléatoire du terrorisme rendait difficile l’élaboration d’une conception opérationnelle” de lutte antiterroriste. Après les premières campagnes terroristes et l’assassinat du Président Boudiaf, qui fut un véritable cataclysme politique et psychologique, l’Etat, selon le général-major, était en “mauvaise posture”. Pour faire face à cette situation et tout en écartant une mobilisation de type guerrier, les autorités ont opté, dans un premier temps, pour une riposte prévoyant de mettre les moyens et les mesures visant à enrayer l’expansion terroriste et de se doter d’un programme de montée en puissance de moyens offensifs des forces de sécurité, a expliqué le général à l’adresse des présents au colloque.

En conclusion, Touati soutient que malgré les progrès enregistrés, l’accumulation prolongée des problèmes conduit à des désordres et à l’insécurité à grande échelle, nécessitant le recours à la force publique, y compris la force militaire.

Quant à l’armée et, selon toujours le général conseiller, des circonstances à la hauteur de l’histoire ont confronté sa hiérarchie à des décisions d’une extrême importance ayant donné lieu à des appréciations controversées.