« C’est l’armée qui massacre »

« C’est l’armée qui massacre »

Témoignage recueilli par algeria-watch début 1999

Malik (nom fictif), officier de l’armée de l’air déserte en 1997 et se rend après maintes péripéties en Europe. Il ne supporte plus de participer à cette guerre que mènent les généraux contre la population pour se maintenir au pouvoir.

Déjà avant le déclenchement de la guerre en 1992, l’armée a été nettoyée de ses éléments « douteux ». Il suffisait d’être pratiquant pour « être démissionné ». Plus tard, les militaires peu sûrs ont été arrêtés, internés et parfois liquidés.

A l’époque de Boudiaf (janvier-juin 1992), lorsque les camps ont été instaurés dans le sud du pays, les personnes arrêtées ont été transportées entre autre en hélicoptère à partir de la base de Boufarik, base aérienne qui sert au transport d’armes et au transport de personnalités qui ne passent pas par l’aéroport civil de Houari Boumediène.

L’aviation – dit il – est impliquée dans cette guerre, notamment avec ses escadrilles opérationnelles d’hélicoptères du type MI 17 et MI 8, stationnées à Blida. C’est ainsi que dans les opérations de ratissage et les bombardements dans la Mitidja, à Chlef ou Laghouat, l’armée de l’air a joué un rôle essentiel.

Il s’agissait d’en finir avec les maquis d’Islamistes mais aussi de faire comprendre la leçon à une population hostile au pouvoir, quitte à en éradiquer des pans entiers. C’est la raison pour laquelle l’armée est entièrement impliquée dans cette guerre. La marine est le seul corps de l’armée qui n’est pas compromis, tous les autres le sont. Le corps le plus impliqué est l’armée de terre. L’armée de l’air apporte son appui mais les bombardements, l’utilisation de Napalm, les incendies et l’éradication de villages entiers de la carte sont le fait de l’armée de terre.

Les massacres de populations sont le fait de l’armée de terre et de la Sécurité Militaire (SM). L’aviation apporte un soutien logistique en transportant hommes et matériel vers les destinations lointaines, tel Relizane. Ce sont des membres de la SM qui dirigent et composent les GIA. Les éléments infiltrés dans les GIA sont formés dans les casernes de la SM comme à Bouzaréah où ils apprennent à égorger.

Nombreux sont les officiers qui parce qu’ils ont effectué des ratissages en pilotant un hélicoptère par exemple ont été liquidés par la suite. Ces meurtres sont mis sur le compte du GIA. C’est ainsi que le pilote d’hélicoptère Bouzaboune a été assassiné en sortant d’une mosquée en 1994 ou 1995.

Le GIS (Groupe d’intervention spécial) est une création de la SM. Il s’agit d’un encadrement militaire et d’un personnel de police. La formation de ce personnel est effectuée entre autre en Syrie, Egypte et Italie. Des spécialistes étrangers qui forment ces éléments viennent en Algérie aussi. Deux égyptiens ont été assassinés en sortant de leur hôtel à Alger. Les membres du GIS sont présents dans tous les commissariats et toutes les casernes d’une certaine importance et contrôlent les interrogatoires.

Un officier de police de climat de France (Alger) lui aurait raconté la façon de procéder aux arrestations et interrogatoires: Lorsqu’un groupe de suspects est localisé ou arrêté, tous sont tués mis à part une personne qui est torturée jusqu’à ce qu’elle révèle les noms d’autres personnes. Celles-ci sont arrêtées et tuées à part l’une d’entre elles, torturée jusqu’à ce qu’elle révèle d’autres noms, et le même procédé se répète. C’est la raison pour laquelle la plupart des « disparus » ont été liquidés.

Mourad pensait quitter l’armée depuis des années mais c’est surtout cet avenir incertain qui l’en a dissuadé. Un jour pourtant, le refus de participer à cette machine de guerre fut tel qu’il prit enfin la décision de quitter et son poste et le pays. Après avoir traversé de nombreux pays il se trouve dans un pays européen. Sa requête d’asile n’a pas encore abouti, sa situation est précaire mais il dit qu’après toutes ces années d’angoisse, il a l’impression de revivre.

 

 

 

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