M’hamed Yazid recommande-t-il des assassinats aux généraux ?

M’hamed Yazid recommande-t-il
des assassinats aux généraux ?

Younes Bounab, www.ccfis.org

Suite aux révélations des dernières semaines impliquant certains généraux dans des crimes génocidaires contre les populations civiles, leurs supplétifs politiques (MSP, ANR, FLN, RND), leurs auxiliaires parapolitiques (UGTA, ONM), leurs milices médiatiques (folliculaires et bobardiers caporalisés de la presse dite  » indépendante « ), et leurs tabors littéraires (Yasmina Khadra, Rachid Boudjedra) sont montés fébrilement au créneau, tour à tour, pour tenter de passer l’éponge sur leurs bottes ensanglantées. Jeudi dernier dans les colonnes d’El Watan, c’était au tour de M’hamed Yazid, ex-symbole de la révolution et responsable de l’INESG lors du coup d’Etat de janvier 1992, de faire leur apologie, de signaler les défauts de leur système d’organisation du mensonge, et de leur dispenser quelques petits conseils en politique de dénégation.

Yazid a bien entendu fuit la confrontation avec des preuves et des imputations précises, avec des pirouettes du genre  » nous devons avoir l’ANP dans nos tripes « . Il s’est plutôt concentré à déplorer les insuffisances des appareils et des campagnes d’intoxication du régime, et à fanfaronner sur les bourrages de crâne qu’il peut organiser avec  » un bureau, un téléphone et un fax en quinze jours.  » Quant à ses conseils aux généraux génocideurs ils sont venus dans  » une phrase assassine « , pour reprendre le terme de A. Samil l’interviewer :  » Il faut qu’elle [notre armée] sache qu’elle doit se défendre elle-même. Elle a besoin d’être défendue concrètement ; elle peut se passer des hommages rendus par de simples paroles.  » Il dit bien ‘elle-même’, ‘concrètement’ et pas avec ‘de simples paroles’. Yazid appelle-t-il les généraux au coup d’Etat contre Bouteflika, ou bien recommande-t-il aux généraux l’assassinat de ceux qui donnent voix à des vérités contredisant leurs trop gros mensonges ?

C’est dans le vertige de la panique que les hommes se renient. C’est dans la proximité du pouvoir que les hommes de savoir gagnent en arrogance et perdent en cohérence. Dans une même interview ce stratège aberrant critique le manque d’Etat de droit et le non respect de la Constitution tout en déclarant, qu’en tant que directeur de l’INESG, il a fait partie du cercle qui a décidé le coup d’Etat de 1992.

On aurait pensé qu’après 9 ans de guerre, 30 000 prisonniers politiques, presque autant de torturés, 15 000 disparus, 170 000 morts, 1.5 millions de personnes déplacées à l’intérieur ou exilées, l’exacerbation du militarisme, la dégradation de la souveraineté, $ 7.8 milliards de dépenses répressives, $ 12.2 milliards de dégâts, l’aggravation de la dette, 400 000 sociétés d’import pour 400 d’export, une corruption galopante, 13 millions d’Algériens vivant au- dessous du seuil de pauvreté, le retour du chômage au taux de 1966, la dégradation grave des systèmes de santé et d’enseignement, un déficit en logement de plus de 4 millions pour moins de 100 000 logements construits par an, et la grave prolifération de maux sociaux (prostitution, toxicomanie, suicides, divorces, tensions sociales, etc.), que Yazid aurait des pulsions suicidaires ou des envies de repentir étant donné son immense responsabilité dans ce crime politicidaire et ce désastre. Ou alors, tout au moins, que cet expert autoproclamé en  » prévision et prospective  » aurait des doutes profonds quant à ses capacités à conseiller.

On aurait pensé qu’en apprenant que le général Lamari tamponne des têtes humaines sur son bureau, que le sadisme s’est propagé aux sein de certains généraux au point qu’ils profèrent être Dieu lui-même, que des officiers collectionnent des oreilles d’humains, que des militaires et des forces dites de sécurité recherchent la vérité avec le chalumeau, le chiffon, l’électricité et le viol, que Yazid aurait des embrouillements quant aux frontières imbéciles avec lesquelles il distingue entre ce qu’il appelle le  » modernisme  » et  » l’intégrisme  » moyenâgeux.

Mais quand des faits empiriques donnent à Yazid  » un coup de pied au postérieur « , Yazid nous conseille que  » cela ne doit pas se voir sur la figure « . Surtout si ces faits agitent le spectre de commissions d’enquêtes qui n’omettront pas de chercher des cadavres, stratégiquement et programmatiquement s’entend, dans les placards de l’INESG. Alors Yazid fuit en avant. Il persiste à recommander le coup d’Etat pour construire l’Etat de droit, et il conseille la barbarie assassinant les voix dissidentes pour défendre ses généraux rempart de son modernisme.

La proximité des généraux corrompt l’intelligence et en fait la forme la plus pernicieuse de la barbarie. Le savoir ne peut corriger le pouvoir que s’il lui est indépendant. Le pire des hommes n’est-il pas celui qui met son savoir au service des tyrans ?

Aucun bureau, fax ou téléphone n’empêchera ce régime agonisant de finir bientôt dans la poubelle de l’histoire. Et, à moins d’un sursaut de repentir après avoir gâché une vie à son crépuscule, après l’avoir pourtant si bien commencée, aucun fax ou téléphone ne sauvera Yazid du verdict du peuple, et encore moins du tribunal de Dieu.

 

 

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