Le chef historique du FIS se rallie à la politique de réconciliation du président algérien

Le chef historique du FIS se rallie à la politique de réconciliation du président algérien

Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde,12 juin 1999

Placé en résidence surveillée, Abassi Madani pourrait être libéré prochainement
Le chef historique du FIS, Abassi Madani, actuellement en résidence surveillée, a apporté vendredi 11 juin son appui « total et sans réserve »au chef de l’AIS, le bras armé du Front, qui dimanche avait annoncé « l’arrêt définitif de [la] lutte armée ». Dans une lettre au chef de l’Etat, le président de l’ex-FIS encourage le président Bouteflika à poursuivre sa démarche de réconciliation nationale.

LE CHEF HISTORIQUE du Front islamique du salut (FIS , dissous), Abassi Madani, a apporté, vendredi 11 juin, son soutien à Madani Mezrag, le chef de l’Armée islamique du salut (AIS), le bras armé du Front, qui avait annoncé dimanche « l’arrêt définitif de [la] lutte armée ». Dans sa lettre au président Bouteflika, lue en fin de journée à la télévision, le président du Front lance un appel à tous ceux qui « portent les armes, là où ils se trouvent, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays, pour qu’ils rallient la présente démarche [du chef de l’AIS] ».

Emaillée de nombreux versets du Coran, la lettre évoque chaleureusement « son excellence le président Abdelaziz Bouteflika » que Madani remercie pour « la réponse sérieuse et la grande attention [qu’il a] réservées à l’initiative de l’Armée islamique du salut, une réponse qui illustre le sérieux de vos démarches en cette période décisive ». La seconde partie du message se veut une justification religieuse et un « appui total et sans réserve à la position prise par Madani Mezrag (…) d’arrêter le combat ». C’est, poursuit-il, « en toute conviction que j’appuie également l’appel lancé en direction des autres groupes pour qu’ils entrent dans la paix ». « Si vous continuez la marche dans cette voie appréciable qui cadre avec les aspirations de notre valeureux peuple, conclut le président du FIS, vous me trouverez, avec l’aide de Dieu, à vos côtés (…). »

Même si elle ne constitue pas une surprise, la lettre au président Bouteflika représente un succès indéniable pour le chef de l’Etat, qui a réussi à débloquer une situation figée depuis 1992. Elu, il y a un mois, dans des conditions douteuses (ses six adversaires s’étaient retirés de la compétition pour protester contre la fraude), M. Bouteflika, au cours de la campagne électorale, avait fait du retour à la paix civile sa priorité. Il tient parole avec une célérité qui place les « éradicateurs » devant le fait accompli.

Une manifestation organisée jeudi dans la capitale par des associations de victimes du terrorisme n’a d’ailleurs pas drainé grand monde. Près d’une centaine de femmes seulement se sont retrouvées autour de Hachemi Cherif, le président du Mouvement démocratique et social (MDS, un petit parti d’anciens communistes), et de quelques députés du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) du docteur Saïd Sadi, pour dénoncer la « trahison de Bouteflika ». Il n’y avait pas là de quoi inquiéter le nouveau président. D’autant que la majorité de la population, éprouvée par sept années d’un conflit qui a fait plusieurs dizaines de milliers de morts, paraît apprécier la politique de réconciliation amorcée par M. Bouteflika.

LE GIA SUIVRA-T-IL ?

La presse de samedi a réagi de façon mitigée au message d’Abassi Madani, rendu public trop tard dans la soirée pour être abondamment commenté. « On ne peut que saluer le nouveau comportement adopté par Abassi Madani », affirme le quotidien gouvernemental El Moudjahid tandis que, à l’inverse, l’éditorialiste du Matin (éradicateur) écrit : « Abassi se prépare à consommer une insoupçonnable victoire politique obtenue, comble de l’ironie, après une incontestable défaite militaire. [Il] signe ici un retour à la vie politique algérienne. »

Logiquement, la lettre d’Abassi Madani devrait être suivie de sa libération. Le chef historique du Front avait été placé en résidence surveillée à Alger au cours de l’été 1997, quelques semaines après sa libération, à la suite d’un appel au dialogue qu’il avait adressé au secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan.

Il est difficile de prévoir l’écho du message de M. Madani auprès des groupes armés du GIA. En 1997, lorsque l’AIS avait annoncé un « cessez-le-feu unilatéral », ils avaient dénoncé cet « acte d’apostasie ». Depuis, le mouvement s’est émietté et aucune réaction du GIA n’a suivi le coup d’éclat de Madani Mezrag. Mais certains commentateurs estiment, à Alger, que seul un geste du numéro deux de l’ex-FIS, Ali Benhadj, toujours placé en détention, pourrait rencontrer un écho.

Pour l’heure, les seuls signes envoyés par les groupes les plus extrémistes ont été sanglants. Depuis jeudi, selon la presse, pas moins de dix-neuf personnes ont été assassinées.

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