Le porte-parole de l’Instance du FIS dément un accord

Le porte-parole de l’Instance du FIS dément un accord

La concorde civile reste menacée en Algérie

Baudoin Loos, Le Soir de Bruxelles, 7 janvier 2000

A moins d’une semaine du 13 janvier, qui marque l’expiration du délai contenu dans la «loi sur la concorde civile», par laquelle le président Bouteflika entendait faire déposer les armes à l’essentiel de la mouvance islamiste armée, la plus grande confusion continue à régner en Algérie. Les violences restent quotidiennes – quatorze nouvelles victimes ont été annoncées hier dans la presse locale – en vertu du rejet de la loi par les groupes islamiques armés (GIA) de toutes sortes, et seul environ un gros millier d’islamistes auraient quitté les maquis pour bénéficier des diverses clauses de clémence contenues dans la loi. Mais même l’AIS renâcle désormais à jouer dans ce jeu aux règles obscures, malgré les informations en sens contraire livrées par des médias algériens mercredi.

L’AIS (Armée islamique du salut, «bras armé» du Front islamique du salut) avait conclu une trêve durant l’été 1997 avec l’état-major de l’armée algérienne, notamment pour se démarquer des massacres à grande échelle qui se multipliaient. Ces trêvistes ne sont pas concernés par la loi sur la concorde civile, laquelle précise tout de même qu’ils doivent jouir d’une amnistie globale et qu’une partie d’entre eux se mettront au service de l’armée pour combattre les GIA. Lundi, l’Instance du FIS à l’étranger, proche de l’AIS, faisait savoir que cette dernière avait « gelé temporairement la mise en application des clauses de l’accord (avec l’armée) jusqu’à ce que les autorités honorent leur part convenue ». Deux jours plus tard, la radio nationale algérienne annonçait que ce gel n’était déjà plus d’actualité, le chef de l’AIS Madani Mezrag ayant reçu la visite d’un général avec lequel un accord a été conclu sur la dissolution du mouvement et le retour de ses membres dans leurs familles dès les vacances de l’Aïd al-Fitr » (la fin du Ramadan, qui aura lieu ce week-end).

Contacté par «Le Soir» hier, Abdelkrim Ould Adda, porte-parole de l’Instance du FIS à l’étranger, a démenti cette dernière information. « L’AIS reste mobilisée et le gel de l’accord est actuellement maintenu, nous dit-il. Il n’y pas plus eu de contact avec le pouvoir et le reste n’est que manipulation en provenance des médias proches du régime dans le but de créer la division dans les rangs de l’AIS ».

Qu’est-ce qui a «coincé» entre Alger et l’AIS? « L’AIS, nous dit Ould Adda, a commencé à appliquer une clause du volet sécuritaire de l’accord en décembre, quand une première liste de deux cents personnes, âgées ou blessées, sont sorties des maquis pour reprendre une vie normale avec leurs droits civiques, comme convenu. Mais le pouvoir a voulu faire passer cet acte pour une «reddition» de l’AIS, alors que n’est pas de cela qu’il s’agit. Et nos gens n’ont pas bénéficié du traitement prévu.Je crois que le pouvoir a voulu gonfler les chiffres de la loi sur la concorde civile en y incluant les membres de l’AIS car ces chiffres donnent à penser que cette loi est un échec. »

Pour le FIS, le président Bouteflika est victime du clan des «éradicateurs» (anti-islamistes à tout crin) « qui vient de reprendre le dessus au sein du régime et le tient en otage ». Pourtant, à entendre Abdelkrim Ould Adda, les intentions du FIS et donc de l’AIS n’ont pas varié: « Nous voulons intégrer le champ politique dans le cadre de la Constitution. Une nouvelle page doit être tournée, qui suppose une réconciliation nationale et non cet apartheid où l’«on» veut nous confiner. Nous tenons absolument à cette réconciliation. Si elle échoue, ce sera de la responsabilité du pouvoir ».

 

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