Le projet de loi sur l’Amnistie est le produit de plusieurs années de tractations secrètes

Selon les déclarations de plusieurs députés

«Le projet de loi sur l’amnistie est le produit de plusieurs années de tractations secrètes»

Hocine Belkadi, La Tribune, 10 juin 1999

L’accord intervenu entre l’ANP et l’AIS et la toute prochaine présentation d’un projet de loi visant à régler définitivement le cas de la mouvance islamiste de l’ex-FIS et de son bras armé, continuent de susciter aussi bien de la satisfaction que des interrogations et supputations au sein de l’APN.Les analyses vont bon train. Selon l’un des initiés de la chose politique, proche du sérail, «le texte prendra en charge l’ensemble des aspects garantissant une vraie amnistie». A terme, il n’est pas exclu que «les dirigeants de l’ex-FIS renoueraient avec la pratique politique légalement, après avoir souscrit leur démarche dans le cadre constitutionnel». Notre interlocuteur, requièrant l’anonymat, croit savoir que «le texte de loi est fin prêt», du moins dans son essence. Il reste à le finaliser, c’est-à-dire une opération plus technique prise en charge par les juristes et les constitutionnalistes. Le texte sera élaboré «de façon à ne pas heurter les sensibilités de la frange sociale touchée dans sa chair par la violence aveugle». Il est exclu, selon ce responsable, que les initiateurs du projet «iront jusqu’à absoudre ceux qui ont les mains tachées de sang». Comment se fera la distinction ? Selon notre interlocuteur, «les services de sécurité savent pratiquement tout sur les terroristes. Ceux qui ont tué sont connus !». De toute façon, «il est impensable que cette catégorie de personnes puisse réintégrer la société sans avoir payé de leurs actes».L’avènement de cette ère de paix et de réconciliation n’est pas l’apanage d’un pouvoir exclusif ou de politiques particulières. «C’est le fruit de tant de patience. La construction du texte de loi en question, ce sont en fait les événements qui l’ont imposée.» Notre interlocuteur est persuadé que «les choses auraient pu être réglées en 1994 n’était la vision étriquée de Abassi Madani. Le processus aurait pu également aboutir deux années après à la suite de la libération de ce dernier s’il ne s’était pas précipité dans sa tentative d’appeler l’opinion internationale et l’ONU à s’ingérer dans nos affaires». Aujourd’hui, «la nouvelle chance qui s’est présentée a pour artisan l’aile militaire de l’ex-FIS. De ce fait, la garantie apparaît de loin plus solide». Poussant plus loin son analyse, notre interlocuteur estime que la résolution imminente du dossier AIS et par extension celui du FIS dissous est «conforme à la tradition selon laquelle les militaires ont toujours le dernier mot». En clair, la primauté du militaire sur le politique. Ce qui explique le choix porté sur le chef de l’AIS et l’ignorance totale et volontaire de l’aile politique du FIS dissous, en aucune façon citée par la Présidence ni par l’AIS au cours des échanges des dernières correspondances. Le discrédit ainsi porté aux politiques de l’ex-FIS est une réponse à leur propre incapacité à influer sur le cours des événements. Même si paradoxalement la solution juridique, donc politique, décidée par le pouvoir devrait logiquement être passée en revue par les politiques, qui, à leur tour, la soumettent à leurs états-majors respectifs.Les politiques du FIS dissous se voient ainsi marginalisés dans la dernière étape du «processus de normalisation» pouvoir-ex-FIS entretenu dans un secret total. D’après les ouï-dire, «le processus en question a été lancé en 1994 et, Madani Mezrag a toujours joué un rôle clé». Ce dernier, il n’y a pas si longtemps, «a été jusqu’à se déplacer à Alger dans un grand hôtel pour négocier dans le secret absolu». Les résultats auxquels ont abouti les négociations ANP-AIS sont inconnus. «J’avoue qu’un minimum de transparence est nécessaire, ne serait-ce que pour venir à bout de certaines méfiances», dit notre interlocuteur.De toute façon, «une personne humaine sensée ne peut que se féliciter que le principe de la paix avance, et que la raison a triomphé». Cela prouve aussi que «les thèses réconciliatrices ont triomphé des partisans du tout-sécuritaire». Il est clair que l’option réconciliatrice a donné raison à ses défenseurs, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, affirme notre interlocuteur. Pour lui, les «démocrates-éradicateurs» ont fait «faillite de toutes parts». Ils sont dans une telle gêne qu’«ils ne savent plus s’ils doivent applaudir et reconnaître la vision erronée de leur propre conception de la paix ou persister dans leur logique». Reste que les associations civiles des victimes du terrorisme «ne constituent en vérité pas un grand problème susceptible de remettre en cause le processus de paix». «Elles finiront par admettre la nécessité de tourner cette sombre page de notre histoire, dans la dignité, en leur garantissant que les tueurs des leurs répondront de leurs actes devant la justice», soutient-il. Est-ce le prélude au redressement du processus démocratique altéré par toutes les années de sang et de feu ? Cela reste la grande interrogation qui taraude les esprits. Cela pourrait en tout cas en constituer une bonne occasion si l’opacité entourant le dossier du couple ex-FIS-AIS est levée.

H. B.

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