L’Algérie mise en mode « mollo-mollo »

Les vœux 2013 du régime : du gaz et une quatrième « ouhda » !

L’Algérie mise en mode « mollo-mollo »

Khaled Ziri, La Nation, 2 Janvier 2013

On a échappé à la fin du monde, on n’échappera ni au système, ni à la chkara, ni aux simulacres de débats. Les Algériens continuent, dans leur majorité, a être dans l’attente d’un pays normal où celui qui fait son travail doit être mieux considéré que le flemmard et où l’honnête homme ne soit pas considéré comme un niais qui n’a rien compris. Ils attendront. Pour 2013, le régime n’envisage rien d’autre que ce qu’il fait depuis des années : le statuquo. Une loi sur les hydrocarbures pour « produire » plus et une Ouhda 4 et l’Algérie restera un « pays stable » !

La déplétion

Les vœux 2013 du régime : du gaz et une quatrième « ouhda » !
Dans une vision rose, l’année s’est terminée par le « parachèvement » des institutions avec l’élection du très inutile Conseil de la Nation. Mais, en off, on parle beaucoup d’argent en sachet qui défie l’arithmétique formelle des résultats des communales. Le régime a noyé la scène de partis et de confusion pour donner, en définitive, le pouvoir aux forces de l’argent. La Chkara s’institutionnalise et devient le parti unique transversal où l’appartenance formelle à un des partis du pouvoir ne signifie pas un quelconque engagement. Le pouvoir donne l’argent alors l’argent court derrière le pouvoir, l’Algérie, sans réforme, connait une diffusion tranquillement généralisée d’un vieux système corrupteur. Tant que l’argent des hydrocarbures coule à flot, il n’est pas question de réformer le système. L’Algérie consomme toujours son pétrole. La création de richesses et de valeurs continue d’être entravée car le système ne permet pas l’existence d’agents économiques libres régulés par des règles et aussi par des politiques publiques claires et efficientes. Les tenants du système sont très vaguement soucieux du risque lointain, selon eux, du tarissement des ressources hydrocarbures. Ils sont très loin de partager le « sang d’encre » que s’offrent des experts algériens qui n’ont pas de pays de rechange au sujet de la déplétion qui, pour eux, est « imminente ». Et c’est vrai qu’à l’échelle d’une économie hyper-dépendante de la rente hydrocarbures, 15 ou 20 ans, c’est demain, pas après-demain. Le mot déplétion est remarquable. Il s’applique aussi bien pour la diminution du sang contenu dans une zone du corps ou dans l’ensemble du système circulatoire qu’à l’épuisement progressif de gisements pétroliers en raison de leur (sur) exploitation. Ne plus avoir plus de pétrole, c’est ne plus avoir de sang… ou en verser en abondance. En un demi-siècle, le pays sait déjà comment pensent ceux qui ont le pouvoir et il sait combien coutent des réformes qui ne sont pas faites ou qui sont vidées de leur substance.

Du sang-pétrole

2013 va donc commencer par la discussion (le 8 janvier) d’une loi sur les hydrocarbures destinée à «résoudre » le vague et lointain souci vu du pouvoir du déclin des réserves hydrocarbures. Après avoir alléché les entreprises étrangères en 2005 par une loi prévoyant un retour aux concessions, le pouvoir a resserré la vis. Les entreprises étrangères qui font leurs comptes et constate que ce « grand néolibéral » que fut Chakib Khelil n’a fait qu’introduire une instabilité juridique dans le secteur ont choisi de ne pas trop se risquer en Algérie. Et puis, en Libye, grâce au «contrôle direct » du pays, des opportunités plus vastes et plus juteuses s’offrent. Du coup, peu d’investissements en Algérie, des appels d’offres successifs d’Alnaft qui sont snobés par les entreprises étrangères et des découvertes de plus en plus chiches. Et comme l’Amérique du nord n’a plus besoin de gaz – elle en exporte -, les contours du marché des hydrocarbures, du gaz principalement, en sont bouleversés. En décodant le jargon des experts, on comprend que les prix du gaz vont baisser durablement…. Quand on connait ces données, quelles réponses apporter ? Quand on sait que le système politique établi est foncièrement hostile à la production et à l’industrie, la réponse « rationnelle », « raisonnable » et même « patriotique » serait de le changer, maintenant que l’on encore un peu de sang-pétrole… Il faut donc pour libérer le gisement national d’investissement (personne ne pense plus au « d’où-tiens-tu ceci ! », trop compliqué à mettre en œuvre et d’une certaine manière contreproductif) l’assurance d’être dans un pays où la « loi protège ». En premier lieu contre le pouvoir établi. Et pour que la loi puisse protéger, il faut que le pouvoir lui-même y soit astreint de manière indubitable. Personne ne peut croire que nous y sommes malgré les déclarations lénifiantes sur la « démocratie » et « l’Etat de droit ». En définitive, parler des hydrocarbures et de l’économie et du sang d’encre des braves experts consiste, une fois de plus, à parler de politique, de réformes politiques, des libertés et de l’Etat de droit. Mais vu du système, cette réponse est soi trop « simple » soi trop « compliquée ».

Un simplisme déroutant

La réponse qu’apporte M.Youcef Yousfi dans la nouvelle loi sur les hydrocarbures est par contre d’un simplisme déroutant : Nous avons moins de pétrole et moins de gaz ? Il faut qu’on ait plus de pétrole et plus de gaz ! Faisons des offres que les entreprises étrangères ne peuvent rejeter ! Et puisque l’Europe est frileuse sur le gaz de schiste, ouvrons des grandes opportunités dans ce domaine. Pour le pétrole, c’est moins certains, mais qui sait… L’avantage d’une telle option pour les tenants du régime est qu’elle dispense de parler des conditions politiques préalable pour avoir une économie diversifiée qui ferait que l’Algérie resterait un pays viable quand il n’y aura plus de ressources fossiles… Dans quelques jours, les députés vont entendre parler de « fiscalité pétrolière », « d’attractivité » de l’amont pétro-gazier et ils entendront probablement un très patriotique attachement à la règle du 51/49%… Mais ils n’entendront pas parler d’économie (un comble pour un pays dont l’économie n’est qu’hydrocarbures). Ils n’entendront pas parler des raisons qui font que l’Algérie n’a pas d’économie alors qu’elle a des ressources, qui font que l’Algérie a des riches mais n’a pas d’entrepreneurs… Il ne faut pas bouleverser les choses, il faut y aller « mollo » et ne pas écouter ces experts qui disent qu’il ne reste plus de temps. Et on peut parier que cette défense du « mollo-mollo », du refus du « bouleversement » va servir de leitmotiv aux appels à un quatrième mandat pour Bouteflika… Pourquoi changer un système « stable » assis sur 200 milliards de dollars sans compter l’argent du mystérieux FRR (fonds de régulation des recettes) ? Non vraiment, ces experts radotent, ils ne savent pas dans quel paradis ils sont ! Ils devraient en profiter au lieu de troubler les esprits avec cette histoire de sang et de pétrole qui se vide du corps du pays…