Les non-dits de l’affaire Chalabi

Programmée par le tribunal d’Alger pour le 23 mars prochain

Les non-dits de l’affaire Chalabi

Par Mohamed Naïli, Jeune Independant, 4 mars 2002

Décidément, l’affaire du terroriste présumé d’origine algérienne, Mohamed Chalabi, n’est pas prête de connaître son épilogue. Près de quatre mois après son extradition vers l’Algérie par les autorités françaises, survenue le 9 novembre dernier, c’est l’avocat de l’inculpé, en l’occurrence Me Djamel Amirouche qui sort de sa réserve pour crier au scandale quant aux zones d’ombres entachant encore cette affaire qui est programmée pour le 23 mars prochain par le tribunal d’Alger.

L’avocat Djamel Amirouche, en prenant connaissance du dossier en question, est allé loin en déclarant que «Mohamed Chalabi est innocent et c’est une affaire d’homme. Je vais plaider pour lui en mon âme et conscience.» En guise d’arguments pour ses déclarations, l’avocat relèvera le manque de preuves justifiant les accusations portées par les services français contre son client. «C’est un dossier vide», a-t-il encore déclaré. Selon la défense, l’affaire Chalabi n’est qu’un scénario monté de toutes pièces par la justice française dans l’unique but de se justifier vis-à-vis du gouvernement algérien accusant les capitales européennes d’avoir toujours offert l’exil aux terroristes ainsi que vis-à-vis des autorités américaines après les tragiques attentats du 11 septembre dernier. L’épisode Chalabi prête à équivoque à plus d’un titre si l’on se réfère aux circonstances de son arrestation et son extradition telles que relatées par son avocat. En fait, selon Me Amirouche, le 5 novembre 2001, Mohamed Chalabi a été arrêté par les services de gendarmerie en France où il s’est rendu pour porter plainte contre son beau-père, Français d’origine, pour abus sexuel contre sa petite fille. Les chef d’accusations dont Chalabi a été chargé par la gendarmerie française sont financement et appartenance aux groupes terroristes activant dans les maquis algériens. Le 9 novembre, Mohamed Chalabi est extradé vers l’Algérie dans un avion spécial du gouvernement français, et ce, après avoir passé une nuit à l’hôpital de Marseille vu son état de santé qui s’est nettement dégradé. Depuis cette date, le terroriste présumé, Mohamed Chalabi, est incarcéré à la prison d’El-Harrach attendant son jugement pour les mêmes chefs d’accusation pour lesquels il a été arrêté en France.

Pour rappel, Chalabi avait été déjà condamné à mort par contumace par la justice algérienne en 1994 et il avait purgé une peine de six ans en France pour implication dans des affaires de terrorisme avant sa libération en 1999. Depuis, Chalabi a repris sa vie de citoyen normal en France où il était gérant de plusieurs magasins avant son arrestation le 5 novembre dernier. En revanche, Me Amirouche se demande «pourquoi les services français ont laissé Chalabi vivre librement depuis sa sortie de prison en 1999 pour l’arrêter en 2001 s’il est vraiment impliqué dans des affaires de terrorisme».

Par ailleurs, Me Amirouche a fait savoir que la famille de Chalabi a porté plainte près la cours européenne contre le gouvernement français, dont Lionel Jospin, Daniel Veillan et Mme Lebranchu respectivement Premier ministre, ministre de l’Intérieur et ministre de la Justice pour non-respect des droits en matière d’extradition, enlèvement et séquestration et non-assistance à personne en danger. M. N.

Voir aussi

 La bavure Chalabi (Le Monde, 22.11.01)

 Chalabi, expulsé de France, prisonnier en Algérie (Libération, 20.11.01)

 Chalabi incarcéré en Algérie pour « appartenance à un groupe terroriste » (AFP, 19.11.01)

 La France expulse un autre chef de réseaux du GIA vers Alger (Le Quotidien d’Oran, 11.11.01)

 Le chef du réseau Chalabi à Marseille dans l’attente d’une expulsion  (AP, Reuters, 08.11.01)