Un seul médecin pour 300 prisonniers

Prisons algériennes

Un seul médecin pour 300 prisonniers

Par Sihem H., Le Jeune Indépendant, 24 octobre 2002

Les prisons à travers le territoire national connaissent un déficit accru en terme de suivi médical des détenus. Les statistiques ont démontré qu’il y a en moyenne un médecin pour 300 prisonniers. Sur les 126 établissements de rééducation que compte l’Algérie, 60 ne disposent même pas de médecin à temps plein.

15 prisons ne disposent pas de psychologues, 17 établissements manquent de dentiste alors que 89 autres n’ont pas de personnel paramédical.

Vingt établissements n’ont pas de personnel médical ni paramédical. Quant aux psychiatres, ils sont totalement inexistants dans la majorité des maisons d’arrêt. Ce constat alarmant a fait l’objet de communications, hier à Alger, par des intervenants, lors de la journée d’étude sur la médecine pénitentiaire, organisée par le ministère de la justice. M. Sallat, ministre délégué auprès du ministre de la Justice chargé de la Réforme pénitentiaire, a reconnu, dans un point de presse tenu en marge de ces travaux, que le déséquilibre de répartition du personnel dont souffre la santé publique touche également le milieu carcéral. Une raison pour laquelle, dit-il, il faudra intégrer cet aspect dans le cadre des réformes de la santé. Le ministre a expliqué tout de même que le manque de médecins dans nos prisons résulte de l’absence de motivation de ces derniers, notamment du point de vue matériel. «La prison n’attire pas», a-t-il précisé.

Il annoncera, plus loin que son département compte introduire des stimulants pour attirer les compétences médicales. Ce qui n’est pas chose aisée. Parlant des fléaux qui sévissent dans les pénitenciers, tels la drogue, l’homosexualité et les suicides, M. Sallat ne nie pas leur existence. La prison étant un microcosme de la société, précise-t-il, la plupart des fléaux de cette dernière y existent. «Ils ne sont ni moindres, ni pires que ceux que l’on trouve à l’extérieur.»

Parlant des mesures qui seront introduites à travers le projet de la réforme pénitentiaire, M. Sallat citera la construction des prisons en dehors des villes M. Boubetra, médecin à la maison d’arrêt d’El-Harach a, dans son intervention, mis l’accent sur l’organisation sanitaire en milieu pénitentiaire algérien, en relevant le manque criant d’hygiène dans les prisons. Il citera à titre d’exemple le fait qu’un prisonnier n’a le droit de se doucher qu’une fois par semaine, au maximum.

Ce qui, évidemment, augmente la propagation des épidémies de tout genre. Il s’insurge aussi contre le manque de moyens pour un suivi médical approprié des prisonniers, d’ailleurs fragilisés par leur condition sociale avant incarcération.

Un autre intervenant a aussi soulevé le problème de l’isolement dans le cas où un détenu serait atteint d’une maladie contagieuse. La mise à l’écart ne se fait pratiquement jamais, par manque de cellules libres.

En somme, la plupart des participants, à la rencontre d’hier ont relevé la nécessité de l’adoption d’une nouvelle loi sur la santé en milieu carcéral. Cette loi prendra en charge tous les problèmes rencontrés aussi bien par les médecins dans l’exercice de leurs fonctions que par les prisonniers eux-mêmes. S. H.