Lorsque les patriotes font la loi

Lorsque les patriotes font la loi

 

La Tribune, 4 janvier 1999

Le FFS inquiet de la prise en otage du président d’APC d’Aït Yahia

A Aït Yahia Moussa, une commune située à mi-chemin entre Tizi Ouzou et Draa el Mizan, les regards des citoyens sont, depuis maintenant quatre jours, braqués sur ce qui se passe au siège de l’APC. En effet, depuis mercredi dernier les Patriotes et les enfants de chouhada ont pris en otage le président d’APC, M. Djebouri, et ont occupé le bureau de la mairie. Hier, comme il a été constaté sur les lieux, les guichets de l’état civil sont ouverts au public et le comptable a été autorisé à rejoindre son bureau. Mais le maire est toujours pris en otage à l’intérieur de son bureau. Et pour le rencontrer, il a fallu d’abord négocier avec le chef des Patriotes, qui est en même temps responsable de la sécurité au niveau de l’APC d’Aït Yahia Moussa. «L’mir est occupé et il ne peut recevoir personne», a-t-il déclaré au début. Après concertation le chef des Patriotes est revenu sur sa décision initiale. A l’intérieur, le président est assiégé par une quinzaine de personnes: Patriotes, enfants de chouhada et responsable local de l’ONM. Les deux parties sollicitées ont, chacune avec sa propre version, retracé la genèse du conflit. Le président de l’APC en premier lieu. M. Djebouri dira que «trois jours avant les élections locales du 23 octobre 1997, la DEC a établi la liste des bénéficiaires de l’aide à la construction. La majorité, fera-t-il savoir, ne sont pas des nécessiteux». «Dès notre installation, les citoyens n’ont pas cessé de réclamer l’annulation de la liste confectionnée par l’ancienne DEC», a ajouté le président d’APC qui a exhibé une pétition signée par des centaines de citoyens. A l’unanimité, affirmera-t-il, l’assemblée élue a voté l’annulation de la liste des bénéficiaires, dont la majorité sont des Patriotes. «Mais le chef de daïra, fera remarquer M. Djebouri, a refusé la délibération de l’APC, tout en acceptant la révision de la liste». «L’équité et la justice sociale ont motivé notre démarche. Pour ce faire, nous avons installé trois brigades d’ enquête composées des élus, qui ont sillonné les 39 villages de la commune. Les élus ont visité les demandeurs et après étude de tous les dossiers, l’APC a fait bénéficier 83 personnes qui sont sérieusement dans le besoin», a déclaré le président de l’APC d’Aït-Yahia Moussa. Selon ses dires, le maire FFS n’est pas près de revenir sur sa décision quelles que soient les pressions. Concernant l’autre partie, l’orateur qui est le président de l’association des ayants droit affiliée à la FFC a fait la genèse de l’attribution des 540 millions de centimes de l’aide à la construction. «La commission sociale composée de l’ONM, du FFC et de l’ONEC, a été installée par le wali», a-t-il souligné en ajoutant que «cette commission avec l’ancienne DEC fait bénéficier les Patriotes et les enfants de chouhada au nombre de 38, soit 12 millions de centimes chacun». Ainsi la révision opérée par la majorité FFS qui a barré de la liste les gens jugés non nécessiteux a été à l’origine du conflit. Les Patriotes et les enfants de chouhada enlevés de la fameuse liste ont donc pris en otage le premier magistrat de la commune. «Nous n’allons pas le relâcher jusqu’à ce qu’il signe les décisions d’attribution, telles que les a confectionnées la DEC», ont déclaré, hier, les Patriotes. Quant au responsable local de l’ONM, qui a relaté lui aussi les faits, il ajoutera que «les élus FFS devaient laisser la liste telle qu’elle était puisqu’elle n’est pas leur ouvre».A l’extérieur, les quelques citoyens approchés et qui semblent s’exprimer avec crainte, sont unanimes à souligner que «le président d’APC a raison et tout le monde sait que ces gens ne sont pas dans le besoin». Et en attendant, le président d’APC campe sur ses positions et les Patriotes sont déterminés à le garder en otage. Cette action est vivement commentée par le FFS. Dans une déclaration, la fédération de Tizi Ouzou, qualifie d’«extrêmement grave les événements de l’APC d’Aït Yahia Moussa», dénonce le silence des «autorités concernées» et condamne le comportement des Patriotes, dont la manière d’agir est contraire à la loi. Dans ce même communiqué, la fédération FFS de Tizi Ouzou souligne que le président de l’APC a été pris en otage «pour avoir exercé les attributions dont il a la charge et pour avoir rendu justice aux citoyens».

A. u Y.

 

La tribune, 5 janvier 1999

Séquestré depuis mercredi dernier Le président de l’APC d’Aït Yahia a été libéré hier par les services de sécurité

Par Aniss Zineddine

Le président de l’APC d’Aït Yahia Moussa, une commune située à mi-chemin entre Tizi Ouzou et Draa el Mizan, «séquestré» depuis mercredi dernier par les Patriotes et les enfants de chouhada de la région a été finalement relâché dans le courant de la journée d’hier à la suite de l’intervention des services de police de la wilaya.Outre l’intervention des autorités territorialement compétentes, le dénouement du conflit aura également nécessité le déplacement de responsables de la direction du FFS.Ainsi, nous avons appris qu’une délégation conduite par Samir Bouakouir, le secrétaire à l’information du parti de Hocine Aït Ahmed, est venue s’enquérir hier de l’évolution de la situation et chercher les voies et moyens de mettre un terme au conflit.A ce titre, les responsables du FFS n’ont pas manqué d’attirer l’attention du wali de Tizi Ouzou sur «les violations des lois de la République dont se sont rendus coupables les GLD et les enfants de chouhada de la commune d’Aït Yahia Moussa sur la personne de M. Djebouri, un militant du parti, démocratiquement élu à la présidence de l’APC par la majorité des citoyens de la localité».Les responsables de la direction du FFS, contactés par nos soins, indiquent par ailleurs qu’«un climat de tension règne toujours au sein de cette APC en dépit de l’intervention des services de sécurité», avant d’ajouter que le conflit pouvait refaire surface «sous une forme ou une autre».Ainsi, pour apporter plus de clarifications sur la nature du différend, nous venons d’apprendre que le président de l’APC d’Aït Yahia Moussa donnera aujourd’hui une conférence de presse au chef-lieu de la commune.De plus, le président de cette APC ne compte pas revenir sur la décision arrêtée lors des délibérations du conseil communal élu en 1997.Pour rappel, le président de l’APC d’Aït Yahia Moussa est entré en conflit avec les GLD et les enfants de chouhada de la région, après avoir entrepris la révision d’une liste de bénéficiaires de l’aide à la construction établie par l’ancien DEC.L’argument avancé par celui-ci est que certains bénéficiaires ne sont pas classés dans la catégorie des citoyens nécessiteux.

  1. Z.

 

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