Regroupés en gardes communales et en unités d’autodéfense…

Regroupés en gardes communales et en unités d’autodéfense, des civils aident l’armée algérienne contre les maquis islamistes

Ali Habib, Le Monde, 28 septembre 1995

SOUCI de mobiliser une population qui subit stoïquement la double violence militaire et islamiste, sans avoir pris position pour l’un ou l’autre camp ? Désir de soulager l’armée qui porte, pratiquement à elle seule, le poids de la lutte antiguérilla ? Constat de demi-échec de l’option du « tout-sécuritaire » ? Quoi qu’il en soit, le premier ministre algérien, Mokdad Sifi, vient de lancer un pressant appel du pied à ses compatriotes pour qu’ils contribuent, de concert avec l’Etat, à la «résistance populaire » face aux islamistes. M. Sifi a rendu un vibrant hommage à la population qui « n’a pas permis au terrorisme de proliférer, en prenant en charge, dans beaucoup de départements, la mission de ne pas laisser les ennemis de la Nation s’implanter en son sein« . Claire allusion à la création d’unités d’autodéfense contre les groupes islamistes armés.

Ancien chef du gouvernement, Redha Malek, farouchement anti-islamiste, avait le premier, en 1994, souhaité la création de milices armées. Cette idée avait été reprise par le secrétaire général du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Said Saadi, qui en fit l’un de ses chevaux de bataille pour promouvoir un « front de la résistance«  et la défense des « valeurs républicaines« . Peu soucieuses de distribuer des armes qui pouvaient, à l’occasion, se retourner contre elles, les autorités firent la sourde oreille, dans un premier temps, ne s’opposant pas, toute fois, à la formation, ici et là, avec leurs propres moyens, de groupes de défense dans des villages isolés.

FORCE D’APPOINT

Mais les aléas de l’engagement des militaires sur le terrain, la montée en puissance de la violence caractérisée par la recrudescence des attentats à l’explosif et des assassinats, l’impossibilité d’assurer la protection de la majorité des citoyens, ont peu à peu infléchi la position gouvernementale et fait admettre la nécessité d’une force d’appoint, solidement encadrée, pour aider l’armée et la police. Garde communale et groupes d’autodéfense font désormais partie du dispositif de sécurité en Aigérie. Mais si les premières ont une existence officielle, les seconds sont simplement tolérés, les autorités s’étant bien gardées de les légaliser.

La garde communale, dont les effectifs doivent atteindre quarante à cinquante mille personnes, a été créée pour permettre aux habitants de se protéger dans les zones où les forces de sécurité ne sont pas présentes en permanence. Placés sous l’autorité des maires, les gardes communaux – environ vingt mille seraient déjà opérationnels – reçoivent une formation accélérée de deux mois dans la gendarmerie. En uniforme, ils dressent des barrages routiers et participent à des opérations de recherche et de ratissage avec les militaires.

Les groupes d’autodéfense, eux, se sont constitués avec les moyens du bord – vieilles pétoires et fusils de chasse – dans les villages reculés notamment en Kabylie. Un peu folkloriques, mais vantés à l’extrême dans les médias, ils sont loin de faire l’unanimité. Contrairement à ce que prédisaient leurs initiateurs, ils ne se sont guère multipliés. Crainte d’être pris pour cible par les groupes islamistes ou conscience que leur armement serait dérisoire face à une attaque en règle? Le pouvoir, pour sa part, reste toujours méfiant et n’entend pas leur confier un armement plus perfectionné. Selon certaines sources, plusieurs localités auraient été délibérément attaquées par des groupes non identifiés pour hâter, précisément, la constitution de ces « milices ». villageoises.

Il existerait, enfin, agissant dans le plus parfait anonymat, des unités composées de civils, bien pourvues en armes de guerre individuelles et ne rendant compte qu’aux seules autorités militaires des régions où elles opèrent Sans signes distinctifs, elles seraient très mobiles et d’une aide précieuse pour les forces de sécurité. Elles auraient notamment la charge de la « sale besogne ». à laquelle l’armée n’entend pas publiquement se mêler.