Les villageois fuient les zones dangereuses

Les villageois fuient les zones dangereuses

Après les derniers massacres à l’Est, dont celui d’une cinquantaine de militaires, les amilles se condamnent à l’exode.

De notre bureau de Constantine, Le Matin, 7 janvier 2003

L’impressionnant dispositif militaire mis en place par les forces de l’ANP, après le massacre qui a coûté la vie à la cinquantaine de soldats et celui, moins important, déployé à Annaba suite à l’assassinat du P/APC de Chetaïbi et de son adjoint, ajoutés aux autres opérations de même type qui se déroulent au centre et à l’ouest du pays, révèlent tragiquement que les forces de sécurité, tous corps confondus sont en guerre.
Dans les Aurès, le long de la route qui mène de Tazoult (ex-Lambèse) à Tigharghar, dans la daïra de Menâa, en passant par Theniet El Abed, de nombreux villages, à l’image de Larbâa et Iguelfen, ont été abandonnés par leurs habitants victimes d’un exode forcé. Aujourd’hui, après le massacre qui a coûté la vie à une cinquantaine de soldats appelés du contingent, cet exode reprend de plus belle. Le quadrillage de cette zone par les forces de sécurité et l’interdiction faite aux journalistes d’accéder à ces lieux, depuis vingt- quatre heures, ont fait réagir Si Belgacem, ancien moudjahid, fellah de 70 ans, aujourd’hui membre des GLD. Il affirme ne savoir que cultiver la terre et faire la guerre.
Sommes-nous en état de guerre ? « Oui, sans hésitation », déclare-t-il. Et d’ajouter avec un sourire malicieux : « Je ne m’y connais pas en politique, mais c’est cette politique suivie jusque-là qui nous a menés à cette situation. »
Par un froid glacial, une arme en bandoulière, l’autre à la main, il se remémore qu’il y a près de cinquante ans, il se terrait à Nara, quartier général de Mustapha Ben Boulaïd, à quelques centaines de mètres de Taghda, comme pour rappeler que l’opération en cours ne peut en aucun cas être ponctuelle et part pour s’inscrire dans la durée tant le relief accidenté n’autorise en aucun cas une offensive frontale, sans risque de pertes humaines lourdes. Il en sait quelque chose, rappelle-t-il !
Une situation qui va encore obliger les villageois et autres habitants des dechras et douars à quitter leurs masures, forcés à un exode vers des lieux plus sécurisés.
Il est vrai que dans ces montagnes rocailleuses et ces canyons impressionnants, il n’est d’autre abri que de rejoindre les centres urbains les plus proches, à savoir Arris ou Batna.
Cela étant, visiblement gêné de répondre à notre question sur son appréciation de la politique de concorde civile, il dira après un moment de réflexion : « Un ennemi est un ennemi à notre époque, on ne faisait pas de prisonniers. »
Aussi, lorsqu’on apprend selon notre confrère Le Soir d’Algérie, que trente personnes, en majorité des repentis, ont repris le maquis à l’est du pays, mais surtout les débats de jeunes, futurs conscrits, dont la réticence à répondre favorablement à l’appel sous les drapeaux fait l’actualité, l’on comprend mieux le silence du Président de la République concernant la tragédie de Taghda.
C. Mechakra