Chlef : un abattoir à ciel ouvert

Un quatrième massacre en moins d’un mois

Chlef : un abattoir à ciel ouvert

Par Aït-Chaâlal Mouloud, Le Jeune Indépendant, 31 octobre 2002

Encore une fois, Chlef est terrassée par un nouveau massacre. Huit personnes ont été tuées à Boukaat Sidi Bouaïssa, toutes aussi sauvagement que les précédentes. Une énième horreur qui fait de cette wilaya l’une des plus meurtries du pays, confirmant l’hypothèse selon laquelle les groupes terroristes agissent en toute impunité et donnant à penser que cette wilaya est devenue une sorte d’«abattoir» à ciel ouvert. Alertées pourtant par la fréquence des précédents massacres, les forces de sécurité auraient pu prévenir la poursuite de ce bain de sang. Et comme à chaque fois, les terroristes s’attaquent aux personnes sans défense et, de surcroît, habitant des hameaux isolés, ceux-là même qui constituent les cibles les plus vulnérables du pogrom que fait subir le GIA aux citoyens de Chlef. Plus de 170 personnes ont été tuées, selon des bilans officiels, par les hordes terroristes dans cette wilaya depuis le début de l’année. A la fin de la semaine dernière, 21 personnes, dont un nourrisson de trois mois, membres d’une même famille avaient été massacrées à Boukadir. Le chef de la 1re Région militaire, le général-major Brahim Fodhil Cherif et le ministre délégué chargé des Collectivités locales Dahou, Ould Kablia, s’étaient rendus sur les lieux le jour de l’enterrement des victimes pour constater l’ampleur du massacre.

Deux semaines auparavant, 15 personnes dont 13 talebs (élèves d’école coranique) ont été massacrées dans la même commune. Tout comme Aïn Defla, Blida et Tiaret, la wilaya de Chlef est sous haute surveillance des forces de sécurité, qui contrôlent, à grand renfort, tous les axes y menant et multiplient, au demeurant, les opérations de ratissage dans les zones de repli des terroristes. Et ce, sans parvenir à mettre fin à leur nuisance. Ce qui n’a pas manqué de susciter les interrogations des habitants quant à la capacité des forces de l’ordre à assurer leur protection. Excédés, les habitants de ces villages isolés, souvent délaissés et où l’éclairage public est quasi inexistant, accusent les autorités de laxisme. En désespoir de cause, les citoyens des zones enclavées qui sortent de l’anonymat au prix du sang réclament des armes au lendemain de chaque carnage. Autrefois, fief de l’ex-Front islamique du salut (FIS) puis reprise par le RND, Chlef qui compte près de 3 millions d’habitants est passée entre les mains du FLN depuis les législatives et les communales.

Depuis le début de la décennie rouge, plus de 3 000 personnes ont été tuées dans cette wilaya, selon un récent bilan officiel. A.-C. M.