Morts de 27 détenus en 1997 – La tragédie de Relizane

MORT DE 27 DETENUS EN 1997 / Le silence coupable de Adami

El Watan, 15 octobre 1998

Les graves révélations des magistrats à propos de la mort de plusieurs détenus lors de leur transfert à bord des fourgons cellulaires n’ont pas fait réagir les pouvoirs publics, qui ont préféré se contonner dans un silence inquiétant. Pourtant, l’ONDH a confirmé la mort de 27 détenus sur 33, le 25 juin 1997 lors de leur transfert d’Alger vers Relizane.Cent quatre-vingt-quatre prisonniers devaient être transférés d’Alger vers Relizane le 25 juin 1997 à bord de plusieurs véhicules cellulaires. Un de ces derniers, transportant trente-trois détenus, a eu un problème de climatisation, ce qui a provoqué la mort par asphyxie de vingt-sept passagers. Les rapports de l’expertise médicale ont d’ailleurs confirmé la mort par le syndrome asphyxiant. C’est ce qu’a affirmé hier le président de l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), M.Rezag Bara. Ce dernier a ajouté qu’à la suite de cette affaire une commission d’enquête a été installée par le chef du gouvernement dans le but de situer les circonstances de cette grave affaire et les responsabilités des uns et des autres. Présidée par l’ONDH, cette commission était composée par des représentants des trois services de sécurité, de la protection civile et des ministères de la Justice et de l’Intérieur. Le 26 juillet 1997, le rapport final comportant les conclusions et les recommandations a été remis au chef du gouvernement. «Notre mission en tant qu’Observatoire des droits de l’homme s’est achevée au moment où nous avions remis le rapport au chef du gouvernement», a tenu à préciser M. Rezzag Bara, qui a ajouté en outre que les parents des victimes et leurs avocats avaient été informés à temps des circonstances de l’accident. Par ailleurs, si le président de l’ONDH a accepté de nous révéler les circonstances de cette affaire, le ministère de la Justice ainsi que celui de l’Intérieur ont préféré le mutisme face à la presse et éviter de se prononcer sur les vingt-sept détenus morts dans des conditions atroces. Le directeur des affaires pénitentiaires au ministère de la Justice était injoignable durant toute la journée d’hier. Selon sa secrétaire, il était en réunion avec le ministre. Une journée également chargée pour le secrétaire général du ministère de l’Intérieur, qui, d’après son attaché de presse, était en «tournée dans les services». Le silence condamnable des pouvoirs publics laisse perplexe et suscite moult interrogations quant à la prise en charge de ce dossier par le ministère de la Justice, premier concerné. Pourtant, des sources proches du ministère de l’Intérieur ont affirmé qu’à l’issue de l’enquête des services de sécurité, «plusieurs mises en accusation ont eu lieu et des personnes ont été soit sanctionnées soit mises en prison». Pourquoi donc les responsables du ministère de la Justice refusent de dire la vérité ?

Salima Tlemçani

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