Le cas de Rachid Medjahed

Algérie: Exécutions sommaires:
Rachid Medjahed

Amnesty International, Novembre 1997

Le 12 février 1997, des membres des forces de sécurité ont tué huit personnes, dont deux femmes et deux jeunes enfants, après avoir pris d’assaut un immeuble du centre d’Alger. Les autorités ont affirmé que les « terroristes  » qui avaient été tués étaient ceux qui avaient préparé et mené à bien l’assassinat d’Abdelhak Benhammouda, dirigeant de l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) et personnalité d’envergure nationale, abattu le 28 janvier 1997 devant le bureau de ce syndicat en plein centre d’Alger. Cet homme avait annoncé peu avant sa mort qu’il allait prendre la tête du Rassemblement national pour la démocratie (RND) – nouveau parti politique « officiel » qui a remporté les élections législatives de juin 1997, deux mois à peine après sa création, et qui compte parmi ses membres et ses dirigeants des ministres et d’autres responsables gouvernementaux. Rachid Medjahed, après avoir été interpellé le 15 février 1997 et avoir « disparu « en détention secrète, est réapparu à la télévision nationale algérienne (ENTV) le 23 février 1997. Il a avoué avoir préparé et dirigé l’assassinat d’Abdelhak Benhammouda et a donné le nom des membres de son groupe qui avaient été tués par les forces de sécurité, lors du raid mené le 12 février dans un appartement situé en face du bureau de l’UGTA, à Alger.
Après l’intervention de Rachid Medjahed à la télévision, sa famille, qui n’avait jamais été informée de son arrestation, a commencé sans succès à s’enquérir de son lieu de détention. Les démarches entreprises par les proches de cet homme et par son avocat, ainsi que par Amnesty International, auprès des autorités judiciaires sont restées sans réponse.A la fin du mois de mars 1997, l’organisation a appris qu’un rapport de police faisait état de la mort de Rachid Medjahed. Les parents de cet homme ont été informés le 3 avril 1997 de sa mort, et on leur a remis un certificat indiquant qu’il avait succombé à des blessures par balles. Ils ont été autorisés à voir le corps de leur fils, qui portait apparemment des blessures par balles sur le haut des cuisses, à l’abdomen, dans le dos et la nuque, mais ils n’ont pas pu obtenir la restitution du corps pour l’inhumer. Toutefois, lors d’un entretien le 8 avril 1997 avec des délégués de Human Rights Watch, le ministre de la Justice, Mohamed Adami, a affirmé que Rachid Medjahed était vivant et qu’il était soigné à l’hôpital. Kamel Rezzag-Bara, président de l’Observatoire national des droits de l’homme (ONDH), organisation officielle pour les droits de l’homme, a déclaré le 24 avril 1997 à Human Rights Watch qu’il n’avait pas encore reçu confirmation de la mort de Rachid Medjahed. Finalement, dans une lettre adressée le 25 mai 1997 à Amnesty International, le président de l’ONDH a affirmé que Rachid Medjahed était mort le 18 février 1997 des suites de blessures par balles infligées au moment de son arrestation. il ne présentait pourtant apparemment aucune blessure par balle lorsqu’il est apparu à la télévision, le 23février, et des personnes qui l’ont vu en détention ont affirmé qu’il n’avait pas été blessé au moment de son arrestation et qu’il avait probablement été sommairement exécuté.
Le cas de cet homme illustre l’utilisation systématique de la détention secrète en dehors de tout contrôle des autorités judiciaires. Le fait que des personnalités gouvernementales comme le ministre de la Justice et le président de l’organisation officielle pour les droits de l’homme, rattachée directement au président de la République, ne soient pas parvenus pendant plusieurs semaines à obtenir des informations sur la mort de Rachid Medjahed, dont l’arrestation et le placement en détention avaient été confirmés par son apparition à la télévision, démontre l’effondrement total de l’Etat de droit et l’impunité quasi-totale qui protège les services de sécurité.
La mort en détention de Rachid Medjahed a suscité de nouvelles questions à prourepos de l’assassinat d’Abdelhak Benhammouda. Amnesty International a demandé l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale sur la mort d’Abdelhak Benhamouda et de Rachid Medjahed.

retour