«L’Etat a torturé et a tué aussi»

La LADDH condamne l’impunité des auteurs de crimes et d’enlèvements

«L’Etat a torturé et a tué aussi»

Par Nordine Benkhodja, Jeune Independant, 4 mars 2002

Lors d’une conférence de presse, tenue hier au siège de la Ligue algérienne des droits de l’homme (LADDH), Me Ali Yahia Abdennour a condamné l’impunité des crimes commis en Algérie durant ces dernières années, la responsabilité des corps constitués de l’Etat dans certaines exactions et l’assujettissement de la justice au pouvoir. «Le problème de l’impunité est toujours prégnant en Algérie. La violence doit être condamnée, d’où qu’elle vienne. Le terrorisme d’Etat existe. Il a torturé et a tué, tout comme les groupes terroristes islamiques et les groupes occultes dits commandos de la mort», soutiendra Me Ali Yahia Abdennour. Le représentant de la ligue s’interrogera sur les possibilités de poursuivre les auteurs de tueries en Algérie, mais surtout s’il y a volonté de les poursuivre.

Dans ce contexte général, l’avocat reviendra sur le cas du représentant de la ligue à Relizane, Hadj Smaïl, présent lui aussi à la conférence. Hadj Smaïl est opposé dans une affaire à Fergane, P/APC de Relizane et chef d’un groupe de Patriotes dans la commune de Djidiouia. Fergane avait constitué, en 1993, le Groupe antiterroriste (GAT), mais la mission de celui-ci consistait plutôt à effectuer des rackets et autres forfaits, expliquera Hadj Smaïl. Avec quelque 200 disparus, dont 97 mis sur le compte du groupe de Fergane qui aurait été à l’origine d’enlèvements et de tueries, Hadj Smaïl a officiellement dénoncé «la dictature de Fergane et de sa milice».

Au mois de mai 2000, la section de Relizane de la LADDH a été avisée de l’exhumation d’ossements humains en certains endroits où auraient été ensevelis des cadavres de disparus, pour être enterrés dans un endroit tenu secret.

Suite à cela, Hadj Smaïl s’est rendu sur les lieux, en compagnie de deux membres de familles de disparus. Sur la base des informations reçues, il a pu filmer des excavations toutes fraîches supposées avoir pu contenir des cadavres, en somme, des charniers. Ces investigations lui valurent la confiscation de la cassette et sa présentation devant le procureur de la République. Il sera relâché mais fera l’objet d’un harcèlement intensif, notamment du commandant de groupement de la gendarmerie de Relizane, contre qui il déposera une plainte pour menace. Le 5 janvier dernier, Hadj Smaïl a été condamné pour diffamation (toujours sur la question des charniers), à 2 mois de prison et au versement de 10 000 dinars de dommages pour les neufs plaignants dans cette affaire. Après avoir interjeté appel, la sentence sera portée à une année de prison et au versement de 30 000 dinars pour les neuf plaignants. Sur cette question, Me Ali Yahia Abdennour rappellera que quatre repentis qui se disaient appartenir au GIA ont avoué qu’ils avaient eux-mêmes enlevé, torturé, tué et enterré certains disparus. Les quatre criminels ne seront jamais inquiétés.

Hadj Smaïl ajoutera que le groupe de Fergane est connu de tous dans la région pour ses exactions les plus scabreuses. «En 1995, après l’assassinat du fils de Fergane, ex-DEC à Oued Djemaâ, son père avait enlevé douze personnes qui n’ont plus donné signe de vie depuis. Des témoignages accablaient clairement Fergane», raconte Hadj Smaïl. «Fergane a été arrêté en 1998 puis relâché après intervention de certains cercles du DRS», nous confie Me Ali Yahia Abdennour. L’avocat ne cessera d’affirmer que la justice doit juger tous ceux qui sont responsables de tueries, qu’ils soient militaires, gendarmes, policiers ou terroristes. N. B.