Algérie: Chronologie d’une tragédie cachée ( 11 janvier 1992 – 11 janvier 2002 )

 L’Algérie 10 ans après le putsch     Les droits humains: Un bilan désastreux 

Chronologie d’une tragédie cachée

( 11 janvier 1992 – 11 janvier 2002 )

Salah-Eddine Sidhoum, publiée par Algeria-Watch, 11 janvier 2002

Cette chronologie, loin d’être exhaustive, a été rédigée sur la base d’informations de la presse nationale et internationale, des agences de presse, des témoignages de citoyens et de faits vécus par l’auteur. Elle retrace jour après jour la tragique guerre imposée à la population par les putschistes du 11 janvier 1992 avec son lot de morts, de blessés, de souffrances et de destructions. Notre intention n’est pas de dresser une indécente comptabilité macabre mais de simplement montrer à l’opinion publique qu’une véritable guerre se déroule en Algérie, guerre que les factieux auraient voulu – par une politique de désinformation et de manipulation – mener à huis-clos et cacher au monde.

1992 1993 1994 1995 1996 1997
(jan-juin)
1997
(juil-déc)
1998
(jan-juin)
1998
(juil-déc)
1999
(jan-juin)
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2000
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2001
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2001
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2002

1993

 

2 janvier 1993 : la brigade de gendarmerie de Ksar El Hirane (Laghouat) est attaquée par des maquisards : 5 gendarmes tués. L’armée procède à une rafle de citoyens dans la région de Ksar El Hirane (Laghouat) en représailles à la mort des gendarmes. Plusieurs cadavres brûlés et mutilés seront trouvés dans la forêt de cette localité selon des témoignages de citoyens de la région. La région vit terrorisée après ces événements tragiques.

Janvier 1993 : La correspondante en Algérie de Radio France Internationale (RFI), Mme Anne Dissez est expulsée du territoire algérien.

Cinq journalistes dont une femme du quotidien El Watan sont incarcérés durant une semaine à Serkadji pour avoir publié une information se rapportant à la mort de cinq gendarmes lors de l’attaque de leur brigade à Ksar Hirane (Laghouat).

Mohamed Hardi, « ministre » de l’intérieur : « il n’y a pas de torture en Algérie. Les accusations de tortures formulées par certaines parties sont sans fondement et ne constituent que de vulgaires distorsions de la vérité de la part d’adversaires politiques dans le but de discréditer le régime en place ».

4 janvier 1993 : les tribunaux d’exception entrent en action pour condamner de manière inique des dizaines de milliers de citoyens.

11 janvier 1993 : Deux sous-officiers condamnés à mort par le tribunal militaire de Blida dans l’attaque de l’Amirauté d’Alger, exécutés.

14 janvier 1993 : Ali Kafi annonce la tenue d’un référendum pour la fin de l’année.

17 janvier 1993 : 50 déportés du camp de concentration d’Ain Salah libérés.

24 janvier 1993 : La Cour suprême confirme 12 condamnations à mort de l’affaire de Guemmar.

24-28 janvier 1993 : 21 officiers et 2 civils, jugés par le tribunal militaire de Ouargla pour atteinte à la sûreté de l’État. Des peines d’un an à 8 ans de prison ferme sont prononcées contre les inculpés.

1er février 1993 : Haoual Boualem, adjoint au maire de Bouinan (Blida) est tué par balles.

2 février 1993 : Me Taouti Brahim, avocat de Ali Benhadj et militant des droits de l’homme est arrêté pour avoir transmis une lettre de son mandant à la Cour Suprême. On l’accusera d’avoir diffusé cette lettre. Il sera condamné à trois années de prison ferme qu’il purgera dans les prisons de Blida (prison militaire), Laghouat et Ouargla.

5 février 1993 : Des informations font état de la mort de 7 gendarmes à Chlef lors d’une embuscade.

6 février 1993: Selon des témoignages de citoyens, un violent accrochage aurait eu lieu à Meftah (Blida) entre militaires et maquisards. De nombreux morts seraient à déplorer de part et d’autre.

7 février 1993 : Des policiers « nindjas » tirent sur les façades d’un bâtiment de la cité Dar El Djemaa (Hussein-Dey) : une mère de famille de 40 ans est tuée par une balle « perdue ».

Reconduction de l’Etat d’urgence par le pouvoir militaire.

Des informations font état de la mort d’une vingtaine de militaires dans une embuscade à Jijel.

10 février 1993 : 52 déportés du camp de concentration d’Ain M’Guel, libérés.

Résolution de l’Internationale Socialiste qui se déclare sérieusement préoccupée par l’utilisation de la torture par les autorités algériennes.

12 février 1993 : Dans une lettre adressée au ministre algérien des Affaires Etrangères, l’organisation américaine des droits de l’homme (Human Rights Watch) s’inquiète de la détention arbitraire de Me Taouti Brahim, avocat, arrêté le 2 février et de celle de Me Zouita Ali.

Quatre citoyens impliqués dans le massacre de la caserne de Guemmar et condamnés à mort par le tribunal militaire de Ouargla le 3 mai 92 sont passés par les armes.

13 février 1993 : Une voiture piégée explose au passage du général Nezzar à El Biar (Alger). Pas de victimes.

16 février 1993 : le collectif des avocats des responsables du FIS annoncent le rejet du pourvoi en cassation de leurs mandants.

20 février 1993 : Achour Mohamed, DEC (maire non élu) de Khemis El Khechna (Boumerdés) est tué par des maquisards.

21 février 1993 : Début d’une vaste campagne des milieux éradicateurs contre Belaid Abdeslam, « premier ministre ». Elle aboutira à son éviction par l’armée.

22 février 1993 : Le tribunal d’exception d’Oran condamne cinq citoyens à la peine de mort pour activités « terroristes ».

25 février 1993 : Fin du procès des 79 inculpés au tribunal militaire de Béchar, jugés pour « atteinte à sûreté de l’Etat ». Le procès émaillé d’incidents et de vices de procédure a vu le retrait de la défense. Vingt condamnations à mort ont été prononcées dont quinze par contumace.

26 février 1993 : Arrestation de Ikhlef Chérati, responsable du FIS, à la Cité d’Urgence de Bachdjarah. Il sera atrocement torturé à Châteauneuf puis incarcéré au bagne de Serkadji où il sera exécuté sommairement par un tireur d’élite lors du massacre du 21 février 1995.

2 mars 1993 : Dans un rapport publié ce jour, Amnesty International s’inquiète de la détérioration des droits de l’homme après l’instauration de l’état d’urgence.

Ghébaïli Lakhdar, policier est tué à la cité Sidi Sahraoui à Médéa.

Arezki Mokhtar, policier, est tué à Oued Taria (Mascara)

3 mars 1993 : Ammi Hadi, 62 ans, handicapé (porteur d’une prothèse du membre inférieur) et déporté dans le camp de concentration de Reggane est froidement assassiné par un sergent gardien du camp. Officiellement, il s’agissait d’une « tentative d’évasion ».

Ouverture du procès de cinquante citoyens algériens (procès Nouh) devant le tribunal d’exception d’Alger. Sept d’entre eux seront condamnés à mort et exécutés en octobre 1993.

Alleg Mohamed, président de la délégation exécutive communale (maire non élu) de la localité de Maghraoua, près d’Azizia (Médéa) tué par balles par des maquisards.

10 mars 1993 : Dans un article publié par l’organe de l’armée, El Djeich, le général Touati que la rumeur publique donne pour le « cerveau » de l’éradication, se déclare en faveur « d’un Etat républicain respectueux des valeurs de l’Islam ». !!!!

12 mars 1993 : Des militaires investissent la Mosquée An Nasr de Bachdjarah (Alger) et tuent froidement le muezzin devant les fidèles.

13 mars 1993 : Remise en liberté provisoire de 23 membres de la garde présidentielle, arrêtés après l’attentat contre Boudiaf

14 mars 1993 : Hafidh Senhadri, membre fondateur du CNSA (Comité national pour la sauvegarde de l’Algérie, vitrine civile du coup d’Etat militaire) et membre du CCN (Conseil Consultatif national, parlement désigné par le pouvoir militaire) est grièvement blessé par balles à Alger. Il décédera quelques jours plus tard à l’hôpital.

16 mars 1993 : Djillali Liabès, ancien « ministre » de l’Enseignement supérieur et directeur de l’Institut de stratégie globale est tué près de son domicile à Alger.

Le « ministre » du travail et des affaires sociales, Tahar Hamdi est grièvement blessé à la main, lors d’un attentat à Alger.

17 mars 1993 : Laadi Flici membre du Conseil National Consultatif (chambre désignée par le pouvoir militaire) est tué dans son cabinet médical à la Casbah.

18 mars 1993 : Des rumeurs non confirmées font état de la mort sous la torture du commandant de marine Bessas, au centre de Châteauneuf (Alger). Il avait été suspecté d’avoir déposé une bombe au ministère de la Défense en décembre 1992.

21 mars 1993 : Quarante et un militaires sont tués lors de l’attaque d’une caserne à Boughezoul près de Ksar Boukhari (Médéa) par des maquisards. Une importante quantité d’armes aurait été récupérée. On parle de complicités internes.

Plusieurs agences postales et bancaires attaquées par des groupes armés durant la semaine écoulée dans la wilaya de Blida.

22 mars 1993 : Bélaïd Abdeslam organise une marche contre le « terrorisme » avec la participation de la « société civile », marche qui est amplement médiatisée par les médias.

Embuscade contre un convoi de gendarmes en Kabylie : plusieurs blessés à déplorer.

27 mars 1993 : Rupture des relations diplomatiques avec le Soudan et l’Iran pour « ingérence dans les affaires intérieures du pays et appui déclaré au terrorisme ».

28 mars 1993 : un militant trotskyste tué par des hommes armés en Kabylie.

30 mars 1993 : Un communiqué des services de sécurité annonce la mort de plus de 200 citoyens qualifiés de « terroristes » depuis janvier 1993.

31 mars 1993 : Le tribunal d’exception de Constantine prononce 5 peines capitales pour activités « terroristes » dont 3 par contumace.

1er avril 1993 : Prise en otage d’une dizaine de personnes dans une banque d’El Affroun (Blida) par des hommes armés.

Selon des sources sécuritaires, six personnes soupçonnées d’avoir participé à l’attentat contre Tahar Hamdi, « ministre » du travail, auraient été arrêtées à Alger.

2 avril 1993: Premier communiqué de l’organisation secrète de sauvegarde de la République algérienne (OSSRA -escadron de la mort). Elle menace de s’attaquer directement aux « terroristes islamistes ».

3 avril 1993 : L’assaut est donné par les services de sécurité contre les hommes armés retranchés dans une banque d’El Affroun (Blida). Les otages sont libérés et les hommes armés tués.

5 avril 1993 : Des hommes armés attaquent une banque (BADR) de Blida et subtilisent plus de trois millions de dinars.

Selon la presse privée, trois des assaillants de la caserne de Boughezoul (Ksar El Boukhari – Médéa) auraient été tués par les services de sécurité à Bordj El Kiffan (Alger).

6 avril 1993 : Une jeune fille, Karima Benhadj, employée à la DGSN est tuée aux Eucalyptus (Alger).

7 avril 1993 : Le régime accorde des pouvoirs spéciaux aux présidents (anonymes) des tribunaux d’exception. Restriction des droits de la défense. Les avocats devront être agréés par la Cour et pourraient être expulsés par le président, voire suspendus pour une durée allant de 3 à 12 mois. Très vives réactions de la corporation.

Accrochage entre militaires et maquisards au douar Chareb près de Khemis El Khechna (Boumerdés): on parle de plusieurs morts dont un responsable du FIS, Omar El Eulmi.

8 avril 1993 : Selon la presse privée, l’un des assassins de Djilali Lyabès, aurait été tué à….Sidi Aissa (M’Sila) par les services de sécurité.

10 avril 1993 : Hachemi Chérif, responsable du PAGS victime d’un attentat à Alger. Il sera légèrement blessé.

13 avril 1993 : embuscade meurtrière à M’sila : 9 policiers tués.

20 avril 1993 : Les autorités interdisent une marche commémorative à l’occasion du 13e anniversaire du « Printemps berbère » en Kabylie. Plusieurs citoyens sont interpellés.

24 avril 1993 : le général en retraite Kamal Abderrahim, est grièvement blessé par balles près de son usine de fabrication de seringues à Rouiba. Ce général en retraite sera promu « sénateur » en 1998 par Zeroual. Voir l’affaire Mohamed Birem qui sera dans un premier temps accusé de tentative d’assassinat.

27 avril 1993 : Violent accrochage entre militaires et un groupe armé au quartier La Faïence d’El Harrach (Alger). L’accrochage durera deux jours. Plusieurs morts sont à dénombrer. La presse privée rapportera le lendemain la mort dans cet accrochage, d’un certain Belabraout, qui serait le chef du groupe armé.

Un citoyen du nom de Dahmane Omar, qualifié de « terroriste » est tué par des gendarmes à Aïn El Hamra (Bordj Ménaïel) pour « refus d’obtempérer aux sommations ».

29 avril 1993 : Rassemblement d’un millier de manifestants à Béjaïa pour réclamer la libération des détenus arrêtés le 20 avril dernier lors de la marche commémorative interdite par les autorités.

30 avril 1993 : La cimenterie de Meftah (Blida) fait l’objet d’une attaque par un groupe armé : sept camions brûlés.

Un citoyen du nom de Mâariche Chérif qualifié de « terroriste » tué par des gendarmes à El M’Hir (Bordj Bou Arréridj).

17 citoyens arrêtés à Constantine pour « activités terroristes ».

Visite à Alger de Pierre Sané, secrétaire général d’Amnesty International pour assister à la première assemblée générale de la section algérienne d’Amnesty. Il s’inquiète de la grave détérioration de la situation des Droits de l’Homme en Algérie, appelant la société à se mobiliser contre la violence.

4 mai 1993 : Le tribunal militaire de Blida condamne Me Brahim Taouti, membre du collectif d’avocats des responsables du FIS et militant des Droits de l’Homme à trois ans de prison pour « diffusion de tracts subversifs ».

Ouverture du procès des « auteurs » de l’attentat de l’aéroport d’Alger, devant le tribunal d’exception d’Alger. Lors d’une parodie de justice sept citoyens seront condamnés à mort. Ils seront exécutés le 31 août 1993.

7 mai 1993 : Les avocats d’Annaba décident de boycotter les tribunaux d’exception, suite aux restrictions apportées à la défense.

9 mai 1993 : Les avocats de Constantine boycottent les tribunaux d’exception.

11 mai 1993 : Deux organisations américaines des droits de l’homme (Human Rights Watch et Lawyers Commitee for Human Rights) réclament la libération de Me Brahim Taouti, condamné à trois ans de prison ferme par le tribunal militaire de Blida.

La campagne de boycott des tribunaux d’exception fait tache d’huile. Les avocats d’Alger y participent.

14 mai 1993 : Les avocats de Tizi-Ouzou et de Tlemcen, se joignent à la campagne de boycott des tribunaux d’exception.

15 mai 1993 : Les avocats d’Oran boycottent à leur tour les tribunaux d’exception pour protester contre les pouvoirs spéciaux restreignant les droits de la défense.

16 mai 1993 : Le procureur général de Tlemcen tué par un groupe armé.

Des hommes armés tirent sur des citoyens à un arrêt de bus à Blida : 8 blessés.

17 mai 1993 : Le directeur d’El Watan échappe à un attentat à Bab Ezzouar alors qu’il déposait ses enfants à l’école.

Le gouvernement interdit le port de « tenues islamiques » dans les entreprises et administrations publiques.

19 mai 1993 : Le domicile d’un citoyen nommé Sayah, situé à Ksar Boukhari (Médéa), est détruit à la dynamite par des militaires. Ce citoyen aurait rejoint les maquis. Cette explosion provoque d’autres destructions au niveau des maisons avoisinantes et notamment à la cité des 90 logements.

21 mai 1993 : Rabah Kebir, responsable du FIS et exilé en Allemagne est condamné par contumace à 20 ans de prison par le tribunal d’exception d’Alger.

23 mai 1993 : Vastes opérations de ratissages dans la périphérie d’Alger.

24 mai 1993 : Ratissage de l’armée dans les maquis de Lakhdaria (Bouira).

26 mai 1993 : Tahar Djaout, directeur d’un hebdomadaire (Ruptures) proche du RCD est grièvement blessé près de son domicile. Il décédera quelques jours plus tard. Cinq groupes armés seront impliqués dans sa mort. Ses amis vont créer un comité pour la vérité sur sa mort en s’interrogeant : « Qui a tué Djaout ? »

29 mai 1993 : Extension du couvre-feu aux wilayas de Djelfa, M’sila et Chlef.

30 mai 1993 : Mouvement de protestation des détenus politiques du bagne de Serkadji violemment réprimé par la gendarmerie. Des dizaines de blessés sont à déplorer.

2 juin 1993 : Tahar Djaout succombe à ses blessures à l’hôpital de Bainem (Alger).

3 juin 1993 : Des hommes armés tirent sur une ambulance à Kadiria (Bouira).

6 juin 1993 : L’armée tire au lance-roquettes contre une habitation où se seraient réfugiés des « terroristes » à Maquaria (Hussein-Dey) : sept citoyens sont tués.

Deux policiers sont tués à Tigzirt (Tizi Ouzou).

10 juin 1993 : Arrestation au Maroc d’un certain Abdelhak Layada, chef du « GIA ».

Le FFS dénonce les atteintes répétées aux Droits de l’Homme.

15 juin 1993 : Le professeur Boucebci, psychiatre, membre du « comité pour la vérité sur la mort de Djaout » est tué à l’entrée de l’hôpital Drid Hocine.

Le tribunal d’exception d’Alger a prononcé depuis le 5 avril, 9 condamnations à mort dont 5 par contumace.

Près de 300 citoyens auraient été arrêtés par les services de sécurité pour « activités terroristes » en divers endroits du territoire national depuis le 1er avril.

11 juin 1993 : Une voiture piégée explose dans un parking d’un hôtel aux Eucalyptus (El Harrach) : Trois morts et trois blessés.

16 juin 1993 : Le président du tribunal de Koléa (Blida) tué par un groupe armé.

19 juin 1993 : Belaid Abdeslam, « premier ministre » se déclare en faveur d’un dialogue avec les militants du FIS qui ne sont pas impliqués dans les actes de terrorisme. Tollé général dans les milieux éradicateurs qui réclament sa démission.

21 juin 1993 : Création à Paris du Comité international de soutien aux intellectuels algériens (CISIA) présidé par Pierre Bourdieu. Durant sa courte existence, ce comité versera dans l’indignation sélective et la désinformation.

22 juin 1993 : Mohamed Boukhobza, directeur de l’Institut de stratégie globale est tué à son domicile à Alger. Dans la même semaine 63 citoyens sont exécutés sommairement

24 juin 1993 : des informations concordantes parlent d’une embuscade meurtrière dans les monts de Chréa. Il y aurait plus d’une quarantaine de morts parmi les militaires du service national.

27 juin 1993 : La ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH) « condamne le cycle infernal de la violence fratricide, quelles que soient ses motivations, ses causes, sa provenance, qu’elle vienne de l’Etat, de groupes armés, de groupes occultes ou de personnes et quelles que soient les victimes concernées, sans aucune discrimination ».

28 juin 1993 : Abdelhak Benhamouda, secrétaire général de l’UGTA échappe à un attentat à Alger.

30 juin 1993 : Près de 30 gendarmes et policiers tués en divers endroits du territoire national depuis le 1er avril. Près de 120 islamistes auraient été tués durant la même période selon un décompte de la presse.

4 juillet 1993 : Le lieutenant-colonel Sari Redouane Rédha, docteur en physique nucléaire et en informatique est tué à Bouzaréah (Alger). Selon ses amis, les « services » ne seraient pas étrangers à ce crime. Officiellement il a été assassiné par le « GIA ».

5 juillet 1993 : Près de 30 000 hectares de forets auraient brûlé depuis une semaine suite à des incendies provoqués pour déloger les groupes armés en divers endroits du territoire national et notamment en Kabylie. 9 citoyens auraient trouvé la mort selon les témoignages recueillis.

Mokdad Sifi, « ministre » de l’équipement échappe à une embuscade en Kabylie.

6 juillet 1993 : Arrestation de dix femmes fonctionnaires à Oum El Bouaghi pour constitution d’un « réseau de soutien aux groupes armés ».

La presse annonce la mort de deux policiers à Alger.

7 maquisards tués à Tlemcen.

5 militants du PAGS (parti communiste) tués à Blida.

9 juillet 1993 : Selon le quotidien Le Monde, une embuscade meurtrière aurait eu lieu contre un convoi militaire au courant du mois de juin à Chréa (Blida): 49 morts.

10 juillet 1993 : Me Ferhat Mohamed, avocat et membre de la commission « d’enquête » sur la mort de Boudiaf est blessé par balles.

Le général en retraite, Liamine Zeroual remplace le général Nezzar à la Défense nationale. Mohamed Lamari remplace Guenaizia comme chef d’Etat-Major. Redistribution des rôles au sein de l’oligarchie.

13 juillet 1993 : un procureur d’Alger tué par un groupe armé.

Le colonel Smain Lamari, n° 2 de la SM est promu général.

23 juillet 1993 : Des policiers font irruption au domicile de Me Ahmed Si Mozrag, militant des droits de l’homme, situé à Birkhadem (Alger). Son fils Mohamed Yacine est arrêté et sa fille Samira brutalisée. Des bijoux, des articles électroménagers et une voiture sont volés. Mohamed Yacine après des tortures atroces sera assassiné lors du carnage de Serkadji en février 1995.

31 juillet 1993 : Merzak Bagtache, journaliste et membre du CCN (parlement désigné), grièvement blessé à Alger.

4 août 1993 : Rabah Zenati, journaliste à la télévision algérienne est tué à Cherarba (El Harrach).

9 août 1993 : Abdelhamid Benmenni, journaliste à l’hebdomadaire Algérie Actualité est tué aux Eucalyptus (El Harrach)

21 août 1993 : Bélaïd Abdeslam, « premier ministre » est limogé par l’armée. Il est remplacé par Rédha Malek.

23 août 1993 : Abdallah Khalef, alias Kasdi Merbah, ex-directeur de la sécurité militaire, ex-chef du gouvernement est tué à Bordj El Kiffan ainsi que son fils, son frère et son chauffeur. Sa mort est imputée officiellement au « GIA ». Par la suite, la presse nous apprend que son épouse avait déposé une plainte contre un certain Kaci Abdallah, « député » au CNT pour complicité dans le crime. Ce « député » sera tué durant l’été 94 à son domicile à Dergana par un « groupe armé ». D’énigme en énigme. Plus tard le Maol fera des révélations sur la mort de cet ancien chef de la sécurité militaire.

26 août 1993 : Le FIS accuse le pouvoir d’être responsable de l’assassinat de Kasdi Merbah.

31 août 1993 : Exécution de sept condamnés à mort (affaire de l’aéroport d’Alger) à Tazoult (ex-Lambèse).

12 septembre 1993 : Saad Bakhtaoui, journaliste à El Minbar, tué par des hommes armés à Alger.

15 septembre 1993 : Réunion du Haut Conseil de Sécurité (instance consultative). Mesures répressives pour lutter contre le « terrorisme ».

17 septembre 1993 : Création de l’Instance exécutive du FIS à l’étranger, présidée par Rabah Kebir.

20 septembre 1993 : Une patrouille militaire tire sur des citoyens dans un quartier des Eucalyptus (El Harrach) à l’heure du couvre-feu : trois adolescents sont grièvement blessés.

21 septembre 1993 : Deux géomètres français sont tués à Sidi Bel Abbés.

27 septembre1993 : Annonce de la mort de Mohamed Arezki Houmine, Imam et militant du FIS lors d’un « accrochage avec les services de sécurité ». En réalité, ce militant, arrêté depuis quelques semaines est mort sous la torture au centre de Châteauneuf selon de nombreux témoins.

28 septembre 1993 : Abderrahmane Chergou, militant du PAGS (parti communiste) et journaliste, tué près de son domicile dans la banlieue est d’Alger par des hommes armés.

30 septembre 1993 : Près de 300 peines capitales auraient été prononcées par les tribunaux d’exception depuis février 1993.

235 citoyens arrêtés en divers endroits du territoire national depuis début juillet pour appartenance ou soutien aux groupes islamistes.

Octobre 1993 : Amnesty International dénonce les exécutions capitales après des procès iniques.

2 octobre 1993 : Ahmed Hambli, professeur de droit musulman à l’université de Tizi Ouzou est tué par balles devant la porte de l’université. Ses amis accusent l’OJAL (branche de la police politique) d’être responsable de l’assassinat. Le pouvoir accuse le « GIA ». Du pareil au même.

5 octobre 1993 : Rabah Guenzet, militant du PAGS et enseignant dans un lycée est tué par un groupe armé dans la banlieue est d’Alger.

6 octobre 1993 : Des informations font état de la mort de 5 gendarmes dans une embuscade à Bouira.

9 octobre 1993: De nombreux policiers (une vingtaine) auraient été tués dans les différents quartiers d’Alger. Un véritable carnage.

11 octobre 1993 : Exécution de treize prisonniers politiques, condamnés par les tribunaux d’exception d’Alger, Constantine et Oran dont Abdenour Allam dit « Emir Nouh ».

Des rumeurs persistantes sorties des officines de l’intox font état de la mort du Cheikh Abassi Madani à l’hôpital militaire de Aïn Naâdja. Vive tension dans les quartiers populaires d’Alger.

13 octobre 1993 : Création par le HCE d’une commission du dialogue national composée de trois militaires et de cinq civils.

14 octobre 1993: Mohamed Abada, ex-directeur de la télévision nationale est tué à Aïn Taya (Alger).

16 octobre 1993 : Deux lieutenants-colonels instructeurs russes tués à Laghouat.

18 octobre 1993 : Smaïl Yefsah, journaliste à la télévision algérienne est tué près de son domicile à Bab Ezzouar (Alger).

19 octobre 1993 : Enlèvement de trois techniciens italiens près de Tiaret. Ils seront retrouvés morts le lendemain.

23 octobre 1993 : Tentative d’enlèvement par des hommes armés de deux japonais à Blida.

24 octobre 1993 : Enlèvement à Alger Centre de trois fonctionnaires du Consulat de France. Tout le quartier du Telemly est encerclé par les services de sécurité.

25 octobre 1993 : un communiqué du « GIA » récuse l’autorité des responsables du FIS en exil et menace de mort tous ceux qui acceptent de dialoguer avec le pouvoir.

Cheikh Sahraoui, Anouar Haddam du FIS et le président de la LADDH lancent un appel aux ravisseurs des trois fonctionnaires français pour leur libération.

Une centaine de femmes appartenant au courant éradicateur organise un sit-in devant la présidence de la République pour dénoncer tout dialogue avec le FIS.

Des informations font état de contacts de la commission nationale du « dialogue » avec Abdelkader Hachani à la prison de Serkadji où il est arbitrairement incarcéré.

27 octobre 1993 : Début de vastes opérations de ratissages dans plusieurs régions d’Algérie et les quartiers populaires d’Alger. Des centaines de citoyens sont arrêtés. Plusieurs disparaîtront à tout jamais. Ces opérations dureront jusqu’au 20 novembre.

29 octobre 1993 : quatre citoyens sont découverts égorgés à Kouba (Alger) près de l’Ecole normale Supérieure. Il s’agissait de personnes qui venaient d’être libérées des camps de concentration du Sud. Ils avaient été kidnappés durant la nuit par des éléments de la SM.

31 octobre 1993 : les 3 fonctionnaires français sont retrouvés sains et saufs. Les mystères planent sur cet enlèvement et sur les conditions de leur « libération ». L’une des personnes transmet un ultimatum qu’aurait lancé le GIA sommant les européens de quitter l’Algérie avant la fin novembre. Black-out total en France sur cet enlèvement douteux.

86 condamnations à mort dont 23 par contumace sont prononcées par les trois tribunaux d’exception (Alger, Constantine, Oran).

130 islamistes tués et près de 16 policiers dont deux commissaires et un officier durant le mois d’octobre selon un décompte de presse.

Novembre 1993 : Reporters sans frontières, suite à une mission en Algérie (5 au 9 novembre 1993) attire l’attention sur la répression, le traitement sélectif des atteintes aux droits de l’homme et les dérives d’une certaine presse. Ce rapport provoque un tollé dans la presse éradicatrice qui traite Robert Ménard de tous les noms d’oiseaux.

Selon la presse internationale (El Hayat cité par Jeune Afrique n° 1716 du 25 novembre au 1er décembre 1993), Rédha Malek, « chef du gouvernement » et son « ministre » de l’Intérieur, Salim Saadi auraient effectué durant ce mois plusieurs visites secrètes à Paris pour obtenir du gouvernement français l’envoi de spécialistes français dans la lutte antisubversive. En contrepartie Rédha Malek aurait offert des facilités économiques, politiques et culturelles à la France avec promesse de rééchelonnement de la dette extérieure. Le « chef du gouvernement » parle « d’extermination des barbares ».

La presse internationale parle de 800 désertions dans les rangs de l’armée pour l’année 1993.

3 novembre 1993 : Vaste opération de ratissage dans les quartiers de Bachdjarah (Alger). Participation de parachutistes et d’hélicoptères.

9 novembre 1993 : Vaste rafle de la police de Charles Pasqua dans les milieux musulmans de Paris, soupçonnés de sympathies islamiques.

« Journée contre le terrorisme » décrétée à Tizi-Ouzou par le courant éradicateur.

10 novembre 1993 : 6 douaniers égorgés à Ain Témouchent.

11 novembre 1993 : Deux hommes armés et encagoulés se réclamant de l’OJAL font irruption à 20h au domicile du Dr Lahbib Haddam, chirurgien cardio-vasculaire, à Baïnem (Alger). Après avoir ligoté le chirurgien, son épouse et sa fille, en les menaçant avec leurs armes, les deux tueurs, pris par le doute, décident de repartir pour confirmation des ordres auprès de leurs chefs. Ils emporteront avec eux les clefs de l’appartement et une somme de 50 000 DA. La fille du chirurgien arrivera à se libérer et à détacher ses parents qui se réfugieront chez les voisins. Dans la semaine qui suivra les faits, la presse éradicatrice relatera l’événement en déformant la réalité, parlant de règlements de compte entre le GIA et les membres de la djaz’ara. Il est à noter que ce chirurgien avait reçu quelques jours avant cela ainsi que son père, des lettres de menace de mort de l’OJAL.

Anouar Haddam, responsable de la délégation parlementaire du FIS en exil dénonce le soutien de la France aux généraux d’Alger et se prononce pour une solution politique en vue d’un retour à la légalité institutionnelle.

12 novembre 1993 : Un enfant de sept ans, sourd-muet est tué par des parachutistes lors d’un ratissage aux Eucalyptus (El Harrach).

14 novembre 1993 : La famille de Mohamed Tidjani Boudjelkha, professeur de mathématiques à l’Université de Bab Ezzouar, annonce, dans un communiqué de presse, son kidnapping à son domicile par des hommes armés. Il s’avérera par la suite qu’il s’agissait d’éléments de l’OJAL (escadron de la mort de la SM). Cet universitaire sera torturé durant une semaine avant d’être libéré.

16 novembre 1993 : Communiqué du « GIA » accusant Saïd Makhloufi, responsable du « MIA » d’être un agent du pouvoir.

17 novembre 1993 : Suspension de la participation du FFS à la commission dite du dialogue national. Ce parti réclame des mesures d’apaisement.

20 novembre 1993 : Vaste opération de ratissage dans la Casbah d’Alger. Toute la région est bouclée durant plus de douze heures. Participation des forces spéciales de l’armée et d’hélicoptères de surveillance. Des dizaines d’habitants seront arrêtés.

Le bilan des opérations de ratissage entreprises depuis le 27 octobre dernier en divers endroits du territoire se solde par un bilan effrayant : près de 170 morts selon un décompte de presse.

21 novembre 1993 : Le président du tribunal de Ténès (Ain Defla) tué par des hommes armés.

24 novembre 1993 : Mort de 9 policiers dans une embuscade à El Harrach et du greffier en chef du tribunal de Blida.

26 novembre 1993 : Mohamed Bouslimani, président de l’association caritative El Irshad oual Islah est kidnappé à son domicile de Blida. L’OJAL et le « GIA » revendiquent son enlèvement. Il sera retrouvé égorgé le 23 janvier 1994 à El Affroun (Blida).

Libération du Pr Boudjelkha par l’OJAL après une semaine de tortures.

Le frère et le cousin d’Abdelhak Benhamouda, secrétaire général de l’UGTA tués par des hommes armés à Constantine.

30 novembre 1993 : 47 condamnations à mort dont 38 par contumace sont prononcées par les tribunaux d’exception d’Alger, Constantine et Oran.

Le MDA (mouvement pour la démocratie en Algérie) suspend sa participation à la commission dite du dialogue national. Il réclame à son tour des mesures concrètes d’apaisement.

211 islamistes et 23 agents des forces de sécurité tués durant le mois de novembre, selon un décompte de presse.

2 décembre 1993 : Un commissaire de police tué par un groupe armé à Belouizdad (Alger).

5 décembre 1993: Une ressortissante russe mariée à un Algérien, Mme Larissa Polnaya, épouse Ayadi est tuée par balles au marché El Afia aux Anassers (Alger). « L’auteur » du crime sera acquitté après 55 jours de séquestration et de tortures atroces au centre de Châteauneuf et 36 mois de détention préventive. Qui a tué cette malheureuse citoyenne ?

9 décembre 1993: Huit policiers tués à Sidi Moussa (Alger) par un groupe armé.

11 décembre 1993 : Un capitaine de l’armée tué à Tébessa.

12 décembre 1993 : Ratissage à Benzerga (Bordj El Kiffan). Quatre jeunes citoyens, appelés du service national sont sauvagement égorgés par des hommes armés portant des tenues militaires de la garde républicaine et circulant à bord de blindés.

14 décembre 1993 : Une dame âgée de 54 ans est tuée d’une « balle perdue » lors d’un ratissage de l’armée à la cité Boumaati (El Harrach).

Ali Benhadj, transféré à la prison de Tizi-Ouzou, entame une grève de la faim.

Douze croates sont tués par un groupe armé dans un chantier à Timezguida (Médéa).

18 décembre 1993 : Le docteur Djillali Belkhenchir, pédiatre, membre du comité national de sauvegarde de l’Algérie (CNSA) et sympathisant du PAGS est tué à l’hôpital de Birtraria (El Biar)

23 décembre 1993 : Cheikh Abdelbaki Sahraoui, membre fondateur du FIS et réfugié à Paris, condamne les attentats contre les étrangers et se prononce pour une solution politique au drame algérien.

27 décembre 1993 : Première émission télévisée pirate du mouvement islamiste clandestin à Alger.

La presse rapporte la mort de deux citoyens égorgés à El Tarf.

Le tribunal militaire de Ouargla prononce 18 peines capitales à l’encontre de citoyens accusés de l’attaque d’une brigade de gendarmerie.

28 décembre 1993 : Youcef Sebti, agronome et écrivain, est tué dans son appartement de l’Institut agronomique d’El Harrach (Alger).

31 décembre 1993 : 108 islamistes et 58 éléments des forces de sécurité tués durant le mois de décembre selon un décompte de presse. Le nombre total d’islamistes tués depuis le début de l’année s’élèverait à 851.

 

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