Mohamed Arezki Mostéfaoui, disparu fin 1992 pour un frère monté au maquis

Mohamed Arezki Mostéfaoui, disparu pour un frère monté au maquis

Observatoire des droits humains en Algérie (ODHA), juin 2005

Les militaires et les policiers sont venus à minuit pour prendre mon fils, Mohamed Arezki, à la fin de l’année 92 alors que son frère aîné Hocine était recherché à la même période. Ils sont venus et nous ont demandé où se trouvait Mohamed Arezki. Il dormait dans une pièce exiguë, car nous étions nombreux et à l’étroit. Ils l’ont alors arrêté et emmené vers une destination inconnue. On m’a dit par la suite qu’il avait été condamné à 5 ans de prison. Nous n’avons rien compris. On nous a dit que c’est Mohamed des Eucalyptus qui distribuait les armes, sans préciser s’il s’agissait de Mostéfaoui. Ils ont collé ça à mon fils. Son frère, lui, avait pris le maquis fin 91 et il est mort à Oran.

Les militaires et policiers sont venus près de dix sept fois chez moi.
Des rumeurs circulaient comme quoi Mostéfaoui préparait des bombes chez lui. Une nuit, les militaires ont encerclé la maison à une heure du matin. Ils ont jeté une grenade aux environs de trois heures du matin sur notre toit qui était fait de tolles d’éternit. Mon mari s’est alors levé pour sortir dans le jardin et voir ce qui se passait. J’ai essayé de l’en empêcher car il s’agissait certainement de militaires. En ouvrant la porte il a immédiatement été encerclé par des militaires qui lui ont ordonné de lever les mains et de faire sortir les hommes qui étaient à la maison. Un de mes fils, les deux filles et un petit garçon s’étaient accrochés à leur père. Mon autre fils dormait à l’intérieur. Les militaires m’ont ordonné de faire sortir les hommes qui restaient à la maison. Je leur ai répondu qu’il n’y avait pas d’hommes chez moi et que seul mon fils Mustapha dormait. Je suis allé le réveiller en lui disant : « Réveille-toi, mon fils, la maison est envahie de militaires. » A sa sortie, les militaires nous ont donné l’ordre à nouveau de sortir les hommes « cachés » à la maison. Je leur ai répondu qu’il n’y avait plus personne et qu’ils n’avaient qu’à entrer pour vérifier.

Mon fils Mustapha a été arrêté à plusieurs reprises. Une fois, il a été gardé durant trois jours par les militaires. Une autre fois, il a été gardé de 10 heures du matin à 22 heures. Il n’avait que 16 ans.

Mon autre fils, Mohamed Arezki est en prison. On n’a pas assisté à son procès. En fait nous n’avons plus eu de nouvelles de lui depuis son arrestation.

Les militaires recherchaient mon fils Hocine. Ils m’ont fait le reproche de n’avoir pas élevé un homme mais un tueur qui assassine ses frères.
Je leur ai répondu que ce n’est pas moi qui lui ai appris à faire cela. L’un d’eux me dit : « Sais-tu que ton fils tue dix policiers par jour ? ». Je lui répondu: « S’il en tuait vraiment dix par jour, il n’y aurait plus de policiers en Algérie. Bien au contraire, vous voilà comme des fauves remplissant la maison. Qui a-t-il tué ? Aller l’arrêter si vous savez où il est ».

« Le jour où nous l’arrêterons, nous le couperons en morceaux et on ne te permettra pas de le voir et même de pleurer sur lui » me dit-il.

« C’est un homme, lui dis-je, je ne pleurerai pas pour lui ».

Ils m’insultaient souvent sans retenue me disant : « Espèce de chienne, ton fils est un chien » ou du genre: « espèce de cochonne, ton fils est un cochon ».

Les militaires revenaient fréquemment à la maison. A chaque fois que la fausse rumeur du passage de mon fils circulait dans le quartier, on recevait la « visite » des militaires. Quand ils ont appris qu’il est mort à Oran, ils ne sont plus revenus. Cela fait quatre ans.

Mais l’année dernière, j’ai reçu la visite de la police qui a exigé le livret de famille et m’a demandé où se trouvait mon mari. Ce dernier, âgé de 58 ans était au travail. Ils m’ont demandé de lui dire de passer au commissariat le lendemain. Et c’est ce qu’a fait mon mari. Ils ont pris toute la filiation de la famille et d’autres renseignements qu’ils ont consignés dans un procès-verbal. Ils ont posé des questions sur mon fils qui avait pris le maquis (et qui est mort) du genre : « Buvait-il de l’alcool ? Se droguait-il ? Faisait-il la prière ? Portait-il une barbe ? ».
– Pourquoi a-t-il pris le maquis, l’interrogea le policier ?
– Il a pris le maquis comme de nombreux autres Algériens, il n’est pas le seul, lui répondit mon mari.
Mon mari fut convoqué quelque temps plus tard pour comparaître au tribunal .