Témoignage d’un citoyen d’Alger harcelé par la police depuis sa libération en 1999

Témoignage d’un citoyen d’Alger harcelé par la police depuis sa libération en 1999

Témoignage recueilli par l’ODHA à Alger le 12 juin 2005

Je m’appelle Hachemi, âgé de 65 ans, demeurant à Alger. J’ai été libéré à la fin du mois de février 1999 après 6 ans de détention arbitraire pour « terrorisme ». Après trois années de détention préventive et une parodie de procès, j’ai été condamné par la tristement célèbre « cour spéciale » d’Alger à 20 ans de prison. Après six ans de détention et une cassation, j’ai été rejugé et condamné à …5 ans de prison.
Depuis ma libération, je suis non seulement privé de mes droits civiques, mais aussi je suis harcelé par la brigade mobile de la police judiciaire (BMPJ) de Birkhadem.

En effet, en juin 2000, soit quatre mois après ma libération, des policiers en civil sont venus à mon domicile et m’ont remis une convocation pour me présenter à la 14e BMPJ de Birkhadem. Je me suis présenté le lendemain à la dite brigade. J’ai été interrogé durant quatre heures par trois inspecteurs. L’interrogatoire tournait autour de ma vie privée et de celle de mes enfants qui sont tous mariés et pères de famille. Tout comme ils m’ont interrogé sur mes éventuels contacts avec d’anciens co-détenus de cellule libérés. Ils ont dressé un procès-verbal que j’ai signé.
Deux ans plus tard, en 2002, j’ai été à nouveau convoqué par la même brigade. On m’a posé pratiquement les mêmes questions que la première fois mais en essayant d’obtenir plus de détails sur ma vie privée et celle de mes enfants mariés. On m’a également posé des questions sur certaines personnes du quartier recherchées. Là aussi on m’obligea à signer un procès-verbal.

Puis dernièrement, fin mai 2005 , j’ai reçu la visite à mon domicile de deux policiers en civil qui me remirent une convocation pour me présenter à nouveau à la BMPJ de Birkhadem. Quand je leur ai demandé le motif de la convocation, l’un d’eux me répondit qu’il s’agissait de la levée de l’avis de recherche me concernant. Car j’avais appris que malgré mon arrestation, ma condamnation et ma libération, l’avis de recherche me concernant était toujours effectif 11 ans plus tard alors que je vaque normalement à mes occupations.
Encore une fois et durant près de quatre heures, j’ai été harcelé de questions par deux inspecteurs. L’un d’eux enregistrait tout ce que je disais sur son ordinateur. Les questions, comme les fois précédentes tournaient autour de ma vie privée et celle de mes enfants. Au cours de l’interrogatoire est entré dans le bureau une personne dont j’ai su par la suite qu’il s’agissait du chef de service, pour reprendre les dires de l’un des inspecteurs. Il me posa des questions sur les accusations portées contre moi dans le PV de police de 1994. Je lui ai répondu qu’il s’agissait d’un scénario fabriqué de toutes pièces à l’époque par les tortionnaires du commissariat d’Hussein Dey après deux mois de séquestration et d’effroyables tortures. Le chef de service n’a pas réagit. Je lui ai également ajouté que des PV de police comme le mien se comptaient par milliers en Algérie durant la décennie sanglante, PV qui ont été à l’origine de condamnations arbitraires de nombreux citoyens innocents.
A la fin de l’interrogatoire, j’ai demandé à ce responsable de lever l’avis de recherche me concernant et le rétablissement de mes droits. Il me répondit que je ne dépendais pas de la BMPJ de Birkhadem mais de celle d’El Madania (ex-PCO). Je lui ai immédiatement répondu : » pourquoi alors me convoquer à trois reprises à la BMPJ de Birkhadem pour de longs interrogatoires ponctués de PV d’audition alors que ne dépends pas de votre circonscription ? »

Embarrassé, il ne répondra pas et quittera la salle.
Telle est ma situation, cinq années après ma libération. Je reste privé de mes droits civiques, toujours « recherché », une véritable épée de Damoclès sur la tête et régulièrement harcelé de convocations de la police à l’ère de la « concorde civile » et à l’orée de la « réconciliation nationale » et de « l’amnistie générale ».