Le carnage de la prison de Berrouaghia (Novembre 1994)

Dossier Le Carnage de la prison de Berrouaghia La situation carcérale avant le carnage

Observatoire des droits humains en Algérie (ODHA), 2 avril 2005

Journée d’un détenu à la prison de Berrouaghia. Lettre d’un prisonnier aux ONG, restée sans réponse.

Le rapport que je vous adresse dans ces lignes modestes concerne la vie quotidienne des détenus politiques au pénitencier de Berrouaghia.

Les prisonniers vivent un cauchemar journalier de peur et de terreur, c’est une torture physique et morale.

La prison de Berrouaghia est dirigée par un groupe de gardiens qui ignorent toutes les règles établies par le ministère de la justice et de l’administration pénitentiaire (Droits et devoirs d’un détenu).
Le prisonnier est soumis à une pression invivable. Dès le retentissement de la première sonnerie du matin, il se prépare à une rude journée comme toutes les journées précédentes de peur d’être tabassé et malmené par les gardiens.

Dès le premier appel effectué sans incident, les prisonniers poussent un soupir de soulagement en attendant avec angoisse ce que leur réserve le reste de la journée.

Je porte à votre connaissance que la cellule de 4 x 3 m avec un WC découvert abrite 12 prisonniers. Je vous laisse le soin d’apprécier comment on passe 22 heures dans la cellule et le jour suivant 24 heures sur 24 heures.

Je vous cite à titre d’exemple l’emploi du temps quotidien d’un prisonnier :
8 h 30 : Appel.
9 h : Petit déjeuner (1/2 verre de café tous les 3 jours et un verre de lait ou plutôt de l’eau teintée de blanc).
9 h 30 : La cour (1 h 30 toutes les 48 heures).
10 h 30 : Déjeuner (Une louche pour deux personnes d’un produit immangeable).
11 h : Fin de la cour (une petite cour pour 500 détenus).
11 h 30 : Deuxième appel.
14 h : Appel.
14 h 30 : Cour pour ceux qui ne l’ont pas eu le matin.
16 h : Soupe.
16 h 30 : Retour aux cellules.
17 h : Appel.
17 h 30 : Fermeture des cellules.

NB. Le bloc est composé de deux étages et de deux côtés par étage. Les prisonniers d’un côté sortent le matin, lceux de l’autre côté sortent l’après-midi. Les prisonniers politiques sont des personnes lettrées. Il y a parmi eux des médecins, des ingénieurs, des professeurs……. Ils sont à la merci de gens qui n’ont aucune conscience professionnelle et qui ignorent les droits élémentaires d’un être humain.
Ce compte-rendu a pour but d’attirer l’attention des associations humanitaires, pour obliger l’administration pénitentiaire à respecter au moins les droits élémentaires d’un détenu.
Dans l’attente d’une intervention effective et énergique des associations humanitaires, veuillez accepter mes salutations les plus profondes.

Un détenu politique qui ne peut donner son nom en raison des représailles mais qui est prêt à témoigner devant une commission d’enquête.