Le carnage de la prison de Berrouaghia (Novembre 1994)

Dossier Le Carnage de la prison de Berrouaghia LE CARNAGE DE LA PRISON DE BERROUAGHIA

Novembre 1994

Observatoire des droits humains en Algérie (ODHA), 2 avril 2005

Les prisons algériennes connaîtront durant cette guerre une surpopulation carcérale jamais égalée depuis l’indépendance. A certains moments près de 40 000 prisonniers politiques séjournent dans ces véritables bagnes de la déchéance humaine à l’image de Serkadji, Tazoult et Berrouaghia.

Le carnage de Berrouaghia avec ses dizaines de morts fera partie de la série de tueries programmées dans les prisons par les « services » dans le cadre de la politique d’éradication pour éliminer un certain nombre de prisonniers politiques gênants. Tout comme la tuerie de Serkadji en janvier 1995, il semblerait que le stratagème était simple. Il suffisait pour les commanditaires d’introduire des provocateurs, généralement transférés d’autres prisons, pour fomenter un semblant de mutinerie, contre le gré de la majeure partie des prisonniers. Et la machine répressive dans sa forme la plus abjecte était mise en branle et le massacre fut déclenché.

Quelques mois avant ce carnage, eu lieu « l’évasion » de la prison de Tazoult au mois de mars, en plein Ramadhan de l’année 1994. Plus d’un millier de détenus « s’évaporait » dans la nature avec une facilité déconcertante d’une des prisons les mieux gardées du pays. Une grande partie de ces évadés sera massacrée dans les maquis environnants de Batna, lors d’opérations de ratissages de grande envergure avec participation de l’aviation. D’autres seront repris. Seuls certains « évadés » réussiront à rejoindre les maquis et à les « encadrer » dans le cadre de missions bien spéciales, celles de reprendre en main les maquis d’opposants armés au pouvoir algérien.
Durant le 21 février 1995 aura lieu la « mutinerie » de la prison de Serkadji avec l’effroyable massacre de plus d’une centaine de détenus sans défense. S’étant déroulé en plein cœur de la capitale, le carnage ne pouvait être étouffé. Les réactions tant nationales qu’internationales seront à la hauteur du drame. Un travail d’enquête indépendant a pu être réalisé et publié par des avocats et des militants des droits de l’homme avec la participation active des familles de victimes. Ce qui n’a pas été le cas du massacre de Berrouaghia, qui de par son isolement et son éloignement de la capitale, est pratiquement passé inaperçu malgré l’effroyable boucherie qui s’y est déroulée. A ce jour, aucun travail n’a été malheureusement fait à ce sujet. Officiellement, on annoncera huit morts. Les survivants parlent d’une cinquantaine de morts (quarante neuf lors du carnage proprement dit et un prisonnier décédé quelques jours après suite à ses blessures).

A défaut d’enquête, nous avons initié, dans le cadre du travail de mémoire, ce recueil de témoignages, rappelant les principaux faits.
Nous en appelons à nos concitoyens, survivants de ce drame d’apporter leur contribution, en nous adressant leurs témoignages et les noms des prisonniers tués pour pouvoir constituer la liste des victimes la plus proche de la réalité.