Enjeux politiques et économiques des réformes

Enjeux politiques et économiques des réformes

Stratégie des acteurs internes- externes

Docteur A.Mebtoul, El Khabar, 22 juillet 2009

On ne peut comprendre les dernières mesures gouvernementales en Algérie de postuler 51 pour cent aux algériens dans tout projet d’investissement et 30 pour cent des parts algériennes dans les sociétés d’import étrangères avec un effet rétroactif , ce qui serait contraire au droit international , et la réaction européenne de Catherine ASHTON, commissaire européenne au commerce extérieur qui a demandé dans une correspondance officielle au gouvernement algérien le 12 juin 2009, l’annulation de ces directives récemment dans une correspondance officielle adressée au gouvernement algérien , souhait partagé récemment par les Etats-Unis d’Amérique, invoquant que l’Algérie aurait violé les articles 32 , et 37 , 39 et 54 de cet Accord et d’ailleurs la probable révision de sa politique gazière en faisant jouer plusieurs concurrents bien que visant essentiellement la Russie, et donc les changements perpétuels de cadre juridique, sans comprendre les stratégies sociales et politiques des acteurs internes et externes objet de cette modeste contribution qui réactualise mon intervention au Caire ( Egypte) lors d’un séminaire international organisé par l’importance institution financière mondiale Euro Money(1).

I- PROBLEMATIQUE : LE COUPLE CONTRADICTOIRE RENTIERS /REFORMATEURS

La refonte de l’Etat – dont l’administration, l’intégration de la sphère informelle, les réformes du système financier, fiscal, douanier, système socio-éducatif, mécanismes nouveaux de la régulation et de la cohésion sociale – et l’optimisation de l’effet des dépenses publiques et la nouvelle gestion des infrastructures à travers le BOT, posent la problématique du devenir de l’économie algérienne pour renouer avec la croissance et atténuer, par voie de conséquence, le chômage. Et surtout de revoir le fonctionnement des caisses de sécurités sociales et de retraites qui menacent l’implosion à terme avec le vieillissement de la population, un syndicat étant un partenaire social et non un gestionnaire. Elle est la condition indispensable de la production et des exportations hors hydrocarbures. Encore faudrait-il ne pas être utopique, car cela prendra des années. Ce qui pose fondamentalement la problématique de la sécurité nationale. D’autant plus , qu’il n’y pas d’autres solutions pour adapter l’Algérie aux mutations mondiales lorsqu’on sait que plus de 40 milliards de dollars , ont été consacrés à l’assainissement des entreprises publiques entre 1991 et 2008, sans résultats probants. Donc ce n’est pas une question de capital argent. Dès lors, nous sommes en face de deux démarches qui ont des incidences fondamentalement différentes sur la manière de gérer le dossier des réformes, liant l’efficacité économique (adaptation de l’Algérie à la globalisation de l’économie) à la cohésion sociale par une plus grande équité sans verser dans le populisme, en octroyant des salaires versés sans contrepartie productive, contribuant ainsi à favoriser une croissance négative avec, pour corollaire, l’inflation et le chômage.

1.1-La tendance conservatrice postulant le statu quo avec pour objectif la préservation des intérêts de la rente

Les rentiers sont bien là ; ils constituent une force sociale active, et ce n’est pas une simple vue de l’esprit. D’une manière étrange, ils prônent la défense de la République, mais, fait unique dans les annales de l’histoire, sans la Démocratie, et invoquent un slogan qui n’existe nulle part dans le monde de l’économie de marché étatique spécifiquement algérienne. Aussi, la tendance rentière consiste à gérer le dossier des réformes selon une vision bureaucratique à partir d’injonctions administratives reposant sur des relais administratifs – le bureau, nécessaire dans toute société, mais à la différence des pays développés analysés par Max weber, étant un facteur bloquant. Cela se traduit objectivement auprès des observateurs nationaux et internationaux par un immobilisme, oubliant que le monde ne nous attend pas et que l’Algérie ne vit pas dans un îlot isolé et que les discours triomphalistes démagogiques sont sources de névrose collective. Car la contrainte du financement interne et externe reste posée en Algérie malgré la baisse du stock et du principal de la dette et de l’importance des réserves de changes. Des dysfonctionnements ralentissent l’attrait de l’investissement national et direct étranger, incontournable pour bouleverser les comportements bureaucratiques rentiers, combler le déficit d’épargne et permettre la relance économique. Le bilan dressé à partir des documents officiels, largement diffusés, montre les limites de cette démarche qui peut conduire à un échec programmé, du fait que, pour masquer cet échec, l’on réalise des replâtrages organisationnels et l’on invoque la bonne santé financière, résultat de facteurs exogènes et non du travail et de l’intelligence. En fait, cette démarche, sous l’apparence d’un slogan techniciste, sous-tend elle-même une vision politique et économique, reposant sur l’ancienne vision culturelle : la nécessité du primat de l’entreprise publique à travers le rôle de l’Etat investisseur et gestionnaire, déformant la pensée keynésienne, dont le relais par la relance de la demande globale (investissement et consommation) à travers le déficit budgétaire ciblé donne le primat aux investisseurs privés dans la réalisation des projets.

1.2-La tendance réformiste : démocratie- économie de marché humanisée :

Elle consiste à démocratiser la décision économique et politique s’inscrivant dans la mise en place de la démocratie, au sens large, liée à un Etat de Droit basé sur la transparence, impliquant l’ensemble des acteurs économiques, politiques et sociaux, réellement et non pas formellement, nécessitant une approche culturelle différente, qui donne la primauté à la demande, c’est-à-dire aux mécanismes du marché qui constituent l’élément régulateur fondamental. Au diktat doit se substituer la concertation et le dialogue permanent entre les différents acteurs concernés par les opérations des réformes, en évitant à tout prix la segmentation et la centralisation des décisions, produit de toute démarche bureaucratique autoritaire néfaste. Il s’ensuit l’urgence d’avoir une autre, reposant sur des objectifs politiques précis et une cohérence dans les actions pilotées par des structures politiques, techniques mais aussi sociales, comme la société civile et les organisations non-gouvernementales, tissant ainsi des réseaux décentralisés. Ces structures, souples dans leur organisation et efficaces dans leurs actions, ont pour objectif des réalisations concrètes, loin des discours démobilisateurs s’inscrivant dans le cadre d’une libéralisation à vocation sociale. Ces actions seraient un signe fort de la volonté politique de l’instauration de l’économie de marché et, par là, de l’adhésion tant des citoyens que de la communauté internationale à l’esprit des réformes. L’objectif essentiel est la démocratisation de la gestion de la rente, propriété de toute la collectivité nationale, et de la dynamisation du secteur privé et de l’intégration de la sphère informelle marchande et productive, qu’il s’agit de « dédiaboliser » avec la généralisation des titres de propriété afin de responsabiliser le citoyen algérien. En économie de marché, le rôle fondamental de l’Etat joue comme régulateur, garant du Contrat Social. Il importe donc d’identifier les acteurs internes et les acteurs externes par rapport à ce processus ainsi que leurs relations croisées, du fait que l’Algérie est appelée, à l’avenir, à jouer un rôle déterminant au niveau de la stabilité du Maghreb et de l’ensemble du bassin méditerranéen (voir mes articles dans Le Quotidien d’Oran et El Watan 22 décembre 2001 sur les implications pour l’Algérie de l’adhésion à la zone de libre-échange avec l’Europe réactualisé dans El Watan en juin 2009).

II. -STRATEGIE DES ACTEURS INTERNES/EXTERNES

Les enjeux actuels et futurs des réformes passent par une évaluation à son stade actuel et ses environnements politiques, économiques, sociaux et internationaux, une identification des acteurs internes et externes impliqués dans le processus des réformes, une analyse des stratégies développées ou qui risquent d’être développées par les acteurs hostiles et une série de contre-mesures à mettre en œuvre par les acteurs favorables et anticiper les risques d’échec.

2-1. Acteurs internes :

2-1-1. Acteurs internes défavorables aux réformes :

-certains segments engagés dans le pouvoir politique,
-une fraction de l’Administration et des syndicats,
-une fraction des dirigeants des secteurs public et privé, liée à la rente.

Dans cette classification, il apparaît une forte homogénéité des oppositions. Les acteurs majeurs de celle-ci – syndicat et secteur public – se trouvent renforcés par des groupes politiques à l’intérieur et à l’extérieur de l’APN, des minorités agissantes à l’intérieur des partis politiques hostiles aux réformes et à la privatisation et des opérateurs privés qui se sont développés à l’ombre du monopole d’Etat. Cette convergence d’intérêts n’est pas encore structurée. Mais le risque est potentiel, dans la mesure où de faux discours populistes des années 1970 incombent la responsabilité de la situation sociale aux réformes économiques, alors que les réformes microéconomiques et institutionnelles n’ont pas véritablement commencé. L’activisme de ces clans, à travers tant les discours que la monopolisation, par leurs écrits dans les médias, les commissions, certains centres de recherche (que l’on fasse un listing et l’on verra que la composante est la même à 70% depuis les 10 dernières années), donne l’impression que toute la société est d’accord avec leurs idées. Certains se substituent aux partis politiques, en prétendant représenter la conscience nationale, et vont jusqu’à exiger le départ de personnes politiques favorables aux réformes afin de placer d’autres acquises à leurs idées populistes. Etrangement et faussement, ils parlent au nom de la majorité et deviennent les seuls interlocuteurs des pouvoirs publics qui les reçoivent officiellement, parce que organisés.

2-1-2. Acteurs internes favorables aux réformes :

– une fraction des couches au niveau des partis politiques,
-certains segments engagés dans le pouvoir politique,
-une fraction de l’administration.
-une fraction de la société civile,
-une fraction du secteur public.
-une fraction du secteur privé au niveau de la sphère réelle et informelle.

Cette dernière, dont la naissance et le développement résultent d’une lutte contre la bureaucratie, représente en Algérie plus de 50% des activités. L’objectif, à terme, sera de l’intégrer, car vecteur dynamisant, en la légalisant par la généralisation du Droit de Propriété, base de l’économie de marché. Il existe une multitude d’entrepreneurs dynamiques à ce niveau pour accélérer l’instauration de l’économie de marché concurrentielle par le renforcement des forces sociales favorables aux réformes. Dans ce cadre d’idées, comment ne pas rappeler que le succès de la musique « raï » n’est que la traduction du désespoir et de la révolte de la jeunesse contre ce système bureaucratique. C’est que la majorité de la population algérienne est en observation, dont celle localisée au niveau de la sphère informelle, de bon nombre d’opérateurs privés, agriculteurs, artisans, commerçants, industriels, organisations diverses (professions médicales, ingénieurs et techniciens, notaires, avocats, architectes, financiers, etc.), travailleurs fonctionnaires et cadres dont l’objectif est d’assurer un travail à leurs enfants. Cette classification des acteurs internes favorables aux réformes économiques est en gestation pendant cette période de transition et nécessite donc son organisation. En effet, pour certains partis politiques, dont la position officielle est favorable, cette question rencontre de fortes oppositions internes, souvent pour des raisons de populisme électoral. La passivité des acteurs favorables, qui, souvent, n’ont pas leurs médias et des relais efficaces au niveau des administrations (encore qu’il convient de saluer l’effort important de la presse indépendante), et les discours contradictoires (faiblesse du système de communication) du pouvoir politique, tout cela contribue à les marginaliser bien qu’ils soient largement majoritaires.

2.2-Acteurs externes :

Deux acteurs externes semblent vouloir s’imposer durablement en Algérie, l’Union européenne avec un rôle pivot pour des raisons historiques de la France, et les Etats-Unis d’Amérique qui ont considérablement investi dans le Sud (pétrole et gaz). Cependant, du fait de la mondialisation, ce serait une erreur de vouloir les séparer d’une manière tranchée, car les objectifs stratégiques ne sont pas fondamentalement antagoniques. Leurs divergences sont aplanies par la stratégie des grandes compagnies : actionnariat varié à travers des dizaines de milliards de dollars chaque jour au niveau des places financières internationales, quelle que soit la nationalité qui n’est plus importante. Cette vision planétaire uniformise donc les divergences dites nationales et les met à l’abri des turbulences politiques conjoncturelles qui peuvent surgir sporadiquement. Les fusions, entre 1999-2008, avec plusieurs milliers de milliards de dollars, sont impressionnantes, surtout depuis les évènements du 11 septembre 2001. D’ailleurs, la vision, apparemment différente entre certains pays européens et les USA sur le conflit en Irak, ont masqué les divergences d’intérêts pour des parts de marché au niveau de la sphère énergétique qui dépasse le cadre du Moyen-Orient (réserves de la mer Caspienne). D’autres acteurs mineurs (Italie, Espagne, Allemagne, Grande-Bretagne, Belgique) tentent de s’implanter en Algérie. Le niveau de leurs échanges est appelé à augmenter dans tous les secteurs de l’activité économique.

III- ROLE STRATEGIQUE ASSIGNE AUX REFORMES

3-1. Les acteurs internes

3-1-1. Acteurs internes favorables

Objectifs :

-Désengagement de l’Etat de la sphère économique pour assurer son rôle de régulateur dans les domaines politique, économique, social et culturel.
-Démonopolisation (pour éviter le passage d’un monopole public à un monopole privé) et la privatisation comme moyen de dynamisation de l’investissement et de la création d’emplois, éléments pivots des réformes économiques et du processus de démocratisation.
-Adaptation de l’économie algérienne aux contraintes de la globalisation.
-Rétablir durablement les équilibres budgétaires par la stabilisation macroéconomique et dynamiser les exportations hors hydrocarbures à terme, au moyen des réformes microéconomiques.

Moyens :

-L’élaboration de lois étant subordonnée à une nette volonté politique de libéralisation, cela suppose une reconfiguration du personnel politique.
-Une large campagne de démystification et de vulgarisation avec l’émergence de responsabilités politiques des acteurs favorables à la libéralisation, l’implication de la société civile (rôle de la femme).
-L’élaboration de mesures sociales pour amortir les effets négatifs de la démonopolisation et de la privatisation, les subventions destinées aux plus nécessiteux ne devant plus être supportées par les entreprises mais par le budget de l’Etat après l’aval de l’APN.
– Transparence totale dans le processus des réformes engagées.

Obstacles :

-Très forte opposition des rentiers avec l’harmonisation des acteurs défavorables.
-Obstacles aux réformes en défavorisant des repreneurs, par exemple pour la privatisation à travers leurs relais dans les entreprises et administrations.

3-1-2. Acteurs internes défavorables :

Objectifs :

-Préserver les intérêts de la rente avec une vision à court terme se couvrant derrière le slogan de défense des intérêts nationaux, alors que le nationalisme n’est le monopole de personne.
-Réaliser une hégémonie politique et économique en favorisant le Monopole et en freinant toute forme de concurrence expliquant leurs positions, soit contre une vision très lente afin de pouvoir se positionner dans les parts de marché et d’une manière générale au niveau de segments de Pouvoir (vision gradualiste) concernant l’adhésion de l’Algérie à la zone de libre-échange avec l’Europe et à l’Organisation mondiale du commerce.
-Bloquer le processus de démocratisation en cours dans la mesure où Démocratie économique (entendu économie de marché), démocratie sociale et démocratie politique sont indissociables.

Moyens :

-Utilise récemment les thèses des anti-mondialisations en les déformant, oubliant que l’on vit à l’ère de l’internet. Car les partisans actuels de l’anti-mondialisation sont contre une économie étatisée, bureaucratisée, mais insistent sur une plus grande cohésion sociale, une plus juste répartition du revenu national et mondial évitant cette bipolarisation Nord/Sud préjudiciable à l’avenir de l’humanité encore que les gouvernants du Sud doivent éviter des discours chauviniste d’un autre age,discours auxquels leur population, ne croit plus, ayant une lourde responsabilité du fait de leur mauvaise gouvernance lié à une concentration excessive du revenu au profit de leurs proches (une corruption socialisée) renvoyant à la faiblesse de contrepouvoirs et donc de la démocratisation.
-Invoque la crise mondiale actuelle en la déconnectant totalement de la réalité avec la confusion de l’étatisme des années 1970 et l’importance de l’Etat régulateur et du fait de l’interdépendance des économies avec l’urgence instances supranationale, les alliances prochaines , syndicat- société civile patronat et certains partis politiques, visant à une plus grande libéralisation avec plus de justice sociale (effets protectionnistes néfastes à terme à l’économie mondiale argument défendu par les pays émergents dont la Chine/Brésil), et la démocratisation de la gestion de la Cité pour une plus grande moralisation de la gestion de la Cité évitant cette emprise de la sphère financière spéculative sur la sphère réelle ( résolution du G20 à Londres ) .
-Favorise les incohérences des textes de loi dans la sphère économique et atomise les prises de décision en jouant sur la confusion des textes.
-Met à profit les tensions sociales existantes et accentue le malaise social, politisant la grève
-harmonisation des actions de l’ensemble de leurs alliés, en invoquant l’aisance financière pour ralentir les réformes pourtant nécessaires et irréversibles.
-Alliance des rentiers de tout bord par des critiques et une remise en question de l’adhésion à la zone de libre-échange avec l’Europe applicable depuis le 01 septembre 2005 que l’Algérie a signé en toute souveraineté et blocage de l’adhésion à l’ OMC en invoquant des raisons extérieures pour voiler les problèmes intérieurs ,
– blocage de la réforme de l’Etat, des systèmes socio-éducatifs et financiers (lieu de distribution de la rente expliquant ces réformes souvent annoncées et toujours différés) , et des privatisations

Obstacles :

-Les réformes économiques ont été largement démystifiées et la mondialisation est une réalité historique insensible aux slogans.
-Faillite du bloc communiste qui a montré les limites du secteur d’Etat et d’un régime de type stalinien autoritaire caractérisé par des relations de clientèles informelles occultes.
-Capacité financière limitée de l’Etat.
-Soutien de l’Occident et des institutions financières internationales aux réformateurs pour l’Instauration de la Démocratie, de l’Economie de Marché, , la promotion de la condition féminine et la défense des droits de l’Homme.
-Les rentiers ne proposent aucune solution opérationnelle de rechange, voulant faire oublier que la crise actuelle est la résultante de 47 années de politique économique reposant sur le secteur d’Etat.
-En ce XXIème siècle, une grève est un phénomène normal des revendications sociales et des mécanismes de dialogue sont mis en place pour éviter son instrumentalisation politique.
-L’immense majorité de la population ne croit plus aux discours populistes et démagogiques, notamment grâce à la révolution des télécommunications, le monde devenant une maison de verre.
-Naissance d’une couche de réformateurs au sein des Partis Politiques et des associations.

3.2- Acteurs Externes :

L’objectif tant des USA (programme Eisenstein) que de l’Europe sont un espace économique maghrébin et euro- méditerranéen, seule condition de l’attrait de l’investissement direct étranger, les économies des pays du Maghreb étant complémentaires et non antagoniques. Toutefois, l’on peut scinder les objectifs spécifiques en précisant comme rappelé précédemment que les objectifs stratégiques des USA et de l’Europe sont semblables (uniformisés par l’action des firmes internationales qui n’ont plus de nationalité et ont des intérêts croisés) se différenciant uniquement sur les tactiques ( politiques conjoncturelles) :

3.2.1- Les USA

Objectifs :

Le contrôle mondial de l’énergie est la doctrine qui fonde et oriente l’ensemble de la stratégie politique, économique et militaire des USA. Encore que leur nouvelle vision du développement de l’Afrique en ce XXIème siècle infléchira cette tendance.

Moyens :

-Encourager les grandes compagnies à investir dans le secteur des hydrocarbures et, à terme, selon le rythme des réformes, dans les segments hors hydrocarbures.
-Son poids dans la décision au sein des institutions financières internationales.
-Impliquer et aider la communauté algérienne établie aux USA.

Obstacles :

-Barrières d’ordre culturel et linguistique.
-Modèle de consommation algérien euro-méditerranéen.
-Faiblesse des échanges hors hydrocarbures.

3.2.2- L’Union européenne avec le rôle pivot de la France

Objectifs :

-Maintenir son rang de premier partenaire.
-Concourir à la stabilité économique et politique de l’Algérie.
-Réaliser un grand espace euro-méditerranéen stable politiquement et prospère économiquement (accord de zone de libre-échange avec l’Europe) sous segment de la dynamisation du continent Afrique, enjeu du XXIème siècle.

Moyens :

-Appui auprès des grandes institutions internationales (Club de Paris notamment pour la dette publique et Club de Londres pour la dette privée).
-Impliquer les élites algériennes et notamment l’émigration.
-Favoriser l’implantation des entreprises européennes.

Obstacles :

-Hégémonie politique des USA dans les relations internationales.
-Priorité de l’élargissement de l’Europe à l’ex-bloc communiste de l’Est comme le souhaite l’Allemagne.

IV- VALIDATION DES HYPOTSES -INTERACTION STRATEGIE DES ACTEURS INTERNES EXTERNES

Nous pouvons, à l’aide d’un modèle matriciel ouvert daté, dans une perspective dynamique, modéliser l’ensemble de la démonstration précédente et ainsi prévoir les différents scénarios possibles, en fonction de l’état des rapports de forces au niveau interne, tenant compte de l’évolution de la stratégie des acteurs au niveau externe.

4-1. Hypothèse A : échec du processus des réformes

Les conditions de l’échec sont réelles et réunies dans l’environnement juridique et économique en cas de :

-manque de visibilité et de cohérence dans la démarche économique et sociale, accentué par les rentiers au niveau interne et certains segments d’acteurs externes entretenant des relations informelles et qui ne sont pas intéressés par l’approfondissement des réformes (perte des marchés en cas d’avis d’appel d’offres transparents),
-ambiguïté des textes juridiques permettant le blocage légal des réformes,
-multiplicité des intervenants autorisant une confusion des prérogatives,
-fragilité des capacités d’investissement du privé interne, le plan de stabilisation ayant réalisé une épargne forcée au détriment des couches moyennes qui se sont paupérisées,
-méfiance entretenue par des investisseurs internes-externes, par des modifications continuelles de textes de lois alors que la stabilité doit être de rigueur, ainsi que des discours populistes de règlements de comptes sur un sujet sensible qui est la fiscalité, entretenu par les acteurs défavorables,
-forte pression pour revenir aux pressions protectionnistes dans la mesure où la libéralisation détruit une fraction de la rente.

4.2-Hypothèse B : statu quo

Cette hypothèse préparera les conditions de l’échec en imputant les conditions sociales actuelles (pauvreté et chômage) aux réformes, qui, excepté la stabilisation macroéconomique, n’ont pas encore commencé en Algérie (réformes microéconomiques et institutionnelles, enjeux des années 2003/2008), ou à des organes techniques alors que l’essence réside dans l’absence de volonté politique (neutralisation des rapports de forces). Ce statu quo participera à un échec programmé et serait suicidaire pour le devenir de l’économie et de la société algérienne. Cela est entretenu par la confusion de certains concepts assimilant faussement réformes à bradage du patrimoine national. Ainsi, selon les tenants de cette analyse, les réformes seraient dictées par les grandes compagnies pétrolières mondiales, le FMI et la Banque mondiale, nous rappelant les temps de l’Inquisition contre ceux qui prônaient l’économie de marché et l’instauration de la Démocratie.

4.3-Hypothèse C : réussite du processus des réformes

Les conditions de la réussite des réformes en Algérie sont également contenues dans son environnement juridique, économique et politique. La démystification culturelle est importante et doit continuer, les rumeurs dévastatrices au sein de l’opinion n’étant que la traduction de la faiblesse du système de communication, surtout en Algérie où la voie orale est prédominante. Il y a donc urgence d’une collaboration étroite des partis politiques, des associations et, d’une manière générale, de toute la société civile, l’administration, dont les walis, des entreprises publiques et privées, les collectifs des travailleurs, des syndicats, en aplanissant par le dialogue et la concertation les divergences. Comme il s’agira de concilier l’objectif stratégique au moyen de tactiques précises par une symbiose des intérêts individuels et l’intérêt collectif, en montrant que les gagnants des réformes à moyen terme seront plus nombreux que les perdants à court terme. Une communication intelligente et active est fondamentale pour faire aboutir les réformes. Forte de l’appui des acteurs externes et la mobilisation des acteurs internes favorables et par une solidarité gouvernementale sans faille, l’Algérie qui, en termes géostratégiques, est un élément indispensable à la stabilité euro méditerranéenne et arabo- africaine, qui constitue son espace naturel par une politique plus clairement affichée se traduisant par des actes, peut faire aboutir le processus des réformes inséparables d’une profonde démocratisation de la société algérienne. D’une manière générale, à l’avenir, du fait que l’aspect sécuritaire s’est nettement amélioré, sera fonction de l’accélération des réformes. De ce fait, les Etats n’investissant pas et dans le monde des affaires les sentiments n’existant pas, seules les réformes permettront la croissance économique et la réduction du lancinant problème du chômage et de la pauvreté.

Tout obstacle à ces réformes ne fait que diminuer le taux de croissance, accroît l’insécurité du pays et, par là, contribue à la déstabilisation sociale et politique. Ainsi, il y a lieu de combattre et de démystifier cette vision de sinistrose que certains veulent propager, dans des buts d’intérêts personnels étroits, en voulant perpétuer la crise – Le temps étant de l’argent, tout retard induira des coûts sociaux plus importants supportés par les plus défavorisés. Pourtant, les réformes, au-delà des résistances naturelles des tenants de la rente, reposant sur la concertation sociale et le dialogue en réhabilitant le capital humain,le nouveau défi écologique base du développement, auront bien lieu, car relevant des impératifs du développement national. Je suis convaincu que l’Algérie saura relever les défis du XXIème siècle, caractérisés par un monde interdépendant en perpétuel mouvement.

 

22-07-2009
Docteur A.MEBTOUL