Troisième report du procès de deux avocats

Troisième report du procès de deux avocats

Le barreau national interpelle le ministère de la Justice

El Watan, 22 mars 2007

Le procès des deux avocats, Hassiba Boumerdassi et Amin Sidhoum, qui devait avoir lieu hier au tribunal de Bab El Oued à Alger, a été, une troisième fois, reporté au 25 avril prochain.

La défense des deux avocats, menée par Abdelmadjid Sellini, président de l’Union nationale des barreaux et bâtonnier d’Alger, a constaté, comme lors des deux derniers procès, l’absence du directeur de la prison de Serkadji (Bab Djedid, Alger) en tant que témoin. Le parquet reproche à maître Boumredassi d’avoir, le 27 juin 2006, sans en avoir demandé la permission au préalable, remis à un client dans la prison de Serkadji le procès-verbal de sa première comparution devant le juge d’instruction. L’avocate explique qu’elle a remis le document en question à un gardien de la prison, qui a promis de le transmettre à son client une fois qu’il aurait obtenu l’autorisation de le faire. Maître Sidhoum est, pour sa part, accusé d’avoir remis à un prisonnier cinq de ses cartes de visite en juillet 2006 sans en demander la permission aux autorités pénitentiaires. Sur ces cartes ne figurait que l’information pour contacter Sidhoum et « ne présentait pas de danger » au regard de l’article 166 du code pénitentiaire. L’Union nationale des barreaux a adressé une communication au ministère de la Justice demandant l’arrêt des poursuites qui touchent plusieurs autres avocats. « Si l’on persiste à s’attaquer aux droits de la défense, nous boycotterons les audiences de l’actuelle session sur le plan national », nous a confié une source du barreau. « Nous estimons que nos deux confrères n’ont pas commis d’infraction », nous a indiqué le bâtonnier, Me Sellini, qui a qualifié ces poursuites de « mesures d’intimidation contre le droit de la défense ». L’Union qu’il préside a demandé à se réunir avec les responsables du ministère de la Justice pour « dialoguer » autour de ces pressions. « Certains magistrats, représentatifs du courant rétrograde, considèrent les avocats comme des ennemis. Une idée malheureusement enseignée à l’Institut supérieur de la magistrature », a-t-il confié. Sellini a reconnu que certains juges maintiennent une bonne coopération avec les avocats : « Ces juges qui subissent des pressions, qui reçoivent des instructions, qui sont otages de la politique du nombre au détriment de la qualité du jugement, nous demandent parfois à nous avocats de les aider à mieux gérer les affaires. » Aux yeux du président de l’Union des barreaux, le dialogue avec les autorités judiciaires reste une urgence car « les déséquilibres de jugement menacent la paix sociale ». « Quand on condamne un voleur de téléphone portable, non récidiviste, à quatre ans de prison et qu’on prévoit une année pour quelqu’un qui a détourné des milliards de dinars, le citoyen peut être tenté par la frustration et la colère et revenir à des réflexes comme ceux qui ont fait exploser octobre 1988 ».

Adlène Meddi