“L’arrestation de certains détenus libérés n’est pas une erreur”

Nourredine Yazid Zerhouni, ministre d’État, ministre de l’Intérieur

“L’arrestation de certains détenus libérés n’est pas une erreur”

Samar Smati, Liberté, 18 avril 2006

Selon le ministre de l’Intérieur, ces interpellations sont intervenues pour “d’autres crimes non couverts par la charte”.

La réincarcération d’Abdelmadjid Dahoumène, Mourad Yakhlef, Adel Boumazbar et M’hamed Benyamina après avoir été libérés à la faveur des dispositions de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale n’est pas une “erreur”, selon Nourredine Yazid Zerhouni. Elle intervient notamment pour “d’autres crimes non couverts par la charte”.
C’est ce qu’a précisé le ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales à Liberté en marge de la visite d’inspection et de travail du président de la République à Constantine. “Dans le cadre de la charte, ils bénéficiaient des dispositions promulguées. Mais nous devons également prendre en considération d’autres éléments”, a-t-il précisé. La réincarcération, entre le 2 et le 3 avril, moins d’un mois après leur libération, d’Abdelmadjid Dahoumène, Mourad Yakhlef, Adel Boumazbar et M’hamed Benyamina intervient, d’après le ministre de l’Intérieur, pour “d’autres crimes qui ne sont pas couverts par la charte”, notamment le fait qu’ils soient tous recherchés par des justices étrangères. “C’est l’un des éléments” qui a dû être pris, selon Yazid Zerhouni, en considération.
Les précisions du ministre d’État, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales viennent clore la polémique créée autour de la réincarcération de ces ex-détenus, condamnés par la justice algérienne pour terrorisme. Le ministre de la Justice, garde des Sceaux avait indiqué que les arrestations étaient intervenues pour rectifier des “erreurs d’appréciation” des magistrats. M’hamed Benyamina, par exemple, est recherché par la justice française. Le juge Jean-Louis Bruguière a délivré un mandat d’arrêt international à son encontre. Benyamina est accusé d’être le commanditaire d’opérations terroristes en France ciblant le siège de la DST, l’aéroport d’Orly et le métro de Paris. Il avait passé six mois en détention préventive avant d’être libéré à la faveur de la charte. Quant aux trois autres détenus, ils sont recherchés par la justice américaine pour leur implication dans le réseau d’Ahmed Ressam et la tentative d’attentats visant l’aéroport de Los Angeles, lors des célébrations du millénaire.
Abdelmadjid Dahoumène, quant à lui est toujours activement recherché par la justice américaine, qui a mis sa tête à prix pour 5 millions de dollars. Il avait été arrêté par les forces de sécurité algériennes. Les quatre se trouvent actuellement à la prison de Serkadji (Alger).
Ces arrestations ont fait réagir des observateurs sur le fait que des “dysfonctionnements” ont émaillé ces libérations, mais surtout une coordination insuffisante entre les services de sécurité et le ministère de la Justice.
Lors d’un récent Conseil des ministres, ce sujet a été abordé frontalement par le président Bouteflika qui a sermonné alors le ministre de la Justice sur le fait que certains terroristes ne devaient pas se trouver dehors.
Le département de la Justice a réagi dans les jours qui suivent en introduisant un maximum de précautions pour les libérables.
Les listes ont-elles été revues à la demande du Président ? Les services de sécurité ont-ils prévenu le Président que certaines libérations pouvaient compromettre la coopération antiterroriste internationale ? Toujours est-il que le ministre de l’Intérieur évoque franchement une copie revue sur certaines libérations et un tour de vis opéré sur des éléments considérés toujours comme potentiellement dangereux.

S. S.