Aucun clan n’arrive à imposer une orientation pour 2014

Aucun clan n’arrive à imposer une orientation pour 2014

Actes isolés, climat pourri et troubles à la « quiétude » publique

Khaled Ziri, La Nation, 3 Avril 2013

Aucun clan n’arrive à imposer une orientation pour 2014
Quatre jours après que les journaux aient fait état d’une étrange intrusion dans le très protégé Palais de Justice d’Alger ayant entrainé, selon leurs dires, une destruction de la base de données contenant les grandes affaires de corruption, le Procureur général près la Cour d’Alger, Belkacem Zeghmati, a fini par réagir… En confirmant la réalité de l’évènement tout en minimisant son ampleur ou l’importance qui lui a été donnée. On aura donc compris qu’un repris de justice est bien entré dans le Palais pour voler (on ne sait quoi) mais qu’il n’a pas volé ou détruit ce que la presse prétend qu’il a volé ou détruit. Les réseaux informatiques et la base de données n’ont subi aucun dommage a rassuré le procureur général. C’était donc un « acte isolé »… l’homme ayant agi « seul sans aucune complicité interne ou externe ». Finalement, la conclusion à tirer de cette étrange affaire à partir des explications officielles est que seule la « quiétude publique » a subi un dommage. Le Procureur Général l’admet volontiers en estimant que « l’intrusion » au siège de la Cour a soulevé, à « juste titre » de interrogations au sein de l’opinion qui s’est posée des « questions quant à la réalité et aux causes de ce qui s’est passé, reprochant ainsi aux autorités publiques leur silence ». Ce sont des réactions « justifiées et légitimes » a-t-il en expliquant que le retard pris dans la communication est dicté « des impératifs liés à l’enquête préliminaire ordonnée par le ministère public le jour même des faits ».

Le thermomètre de l’anxiété en hausse

Il y a donc eu entre l’évènement et l’explication quatre longues journées d’étonnement, de spéculations et de supputations qui se sont mises à gonfler à mesure que le silence officiel devenait lourd. L’Algérie ne disposant pas d’instituts de sondages actifs ou hyperactifs, on ne saura pas si la mise au point du Procureur Général sur « l’acte isolé » du Palais de Justice a fait mouche et a réussi à faire baisser le thermomètre de l’anxiété dans laquelle les Algériens commencent à être installés. Pour de nombreux algériens qui ont appris à se méfier des apparences, l’affaire de « l’intrusion » au Palais de Justice est, peut-être, un « acte isolé »… Mais un acte qu’ils ne peuvent isoler d’un contexte politique qui devient particulièrement lourd et confus, une année avant une élection présidentielle présumée avoir lieu au printemps 2014. Il y a bien sur la grosse affaire de pots-de-vin dans laquelle sont impliqués des proches du président Abdelaziz Bouteflika et qui rend assez problématique l’idée d’un quatrième mandat… Sans la fermer réellement. Les Algériens auront appris qu’un ancien PDG de Sonatrach, Abdelmadjid Attar – qui n’a plus de liens formels avec l’entreprise publique depuis 13 ans – a été perquisitionné et entendu par la justice. Et que Chakib Khelil, qui est selon les informations italiennes et canadiennes, au cœur de l’affaire Eni-Saipem-Sonatrach, a été, lui aussi, perquisitionné par le DRS… Mais qu’il aurait aussi – acte isolé ? – quitté l’Algérie non par la route de « Zouj Bghal » comme un vulgaire trabendiste mais par l’aéroport d’Oran.

La « quiétude publique » étant déjà fortement atteinte, beaucoup d’Algérien refusent d’être le troisième « Bghal » de l’histoire… et donnent donc leur explication. « L’Aman » accordé à Chakib Khelil pour la présumée affaire « Sonatrach 1 » ne pouvant manifestement rester de mise avec le flux de révélations italiennes, on a donc instruit une seconde affaire à laquelle, au plan de la rigueur judiciaire, il ne peut échapper… Mais voilà, en dépit des déclarations officielles, on a le sentiment que le « grand Khelil » silencieux et libre est davantage souhaité qu’un Khelil poursuivi et… se mettant à table. Khelil s’étant mis « physiquement » à l’abri de l’Algérie, on est parti pour un remake de l’affaire Khalifa… L’ancien ministre de l’énergie n’a pas quitté Oran par Zouj Beghal comme un vulgaire trabendiste mais en passant, « normalement » par l’aéroport. Gageons qu’il ne reviendra pas de sitôt. Et que comme Rafik Khalifa, l’Algérie officielle le demandera peut-être formellement mais absolument sans forcer…

Contrefeux

En attendant, les contrefeux s’allument et on ne sera pas surpris de voir revenir « Freddy » et d’autres créatures de ce genre. Pour l’heure, on continue de jouer avec le « sud », ce qu’on a joué avec la Kabylie… Une fabrication d’une menace fictive – pour masquer d’autres, plus sérieuses, comme Tiguentourine l’a montré – pour créer un climat de peur du changement. Dans un blog du Figaro, un proche présumé du président Bouteflika « s’énerve » et dit : « Le problème, c’est que les militaires oublient qu’ils se sont, eux aussi, servis dans la caisse. On peut même parler de décennies et de décennies de rapine!». Décodage : le clan présidentiel avertit le DRS qu’il ne doit pas aller très loin. Un message. De quoi affecter, un peu plus, la quiétude publique. Les temps seront durs jusqu’au printemps 2014. Mis bout à bout, les « actes isolés » indiquent qu’il y a du « tirage » dans le système et que personne n’est en mesure d’imposer une orientation pour 2014. Il y a bien sur la solution « simple » qui est d’organiser des élections présidentielles sérieuses arbitrées par les algériens et on sait très bien ce qu’il faut pour y parvenir. Mais cela ne fait pas partie de la culture de la maison… même si le pays dérive en douceur vers des scénarios inquiétants préparés par des scénaristes autrement plus outillés…