Une conférence de la CNLTD empêchée à alger

Une conférence de la CNLTD empêchée à alger

Des partis de l’opposition dénoncent l’arbitraire

El Watan, 15 février 2015

Les services de la wilaya d’Alger ont opposé un refus aussi étrange qu’inexpliqué à la CNLTD qui a prévu d’organiser une conférence sur «Les conditions d’élections transparentes». Cette interdiction serait-elle un prélude à la réponse que compte réserver le pouvoir aux manifestations prévues par la CNLTD le 24 février à travers le territoire national ?

Un nouveau coup porté à la liberté de réunion et l’opposition politique se trouve une fois de plus bâillonnée. L’interdiction de la conférence de la Coordination nationale pour les libertés et la transition démocratique (CNLTD) traduit cette tentation autoritaire du pouvoir qui ne laisse aucune marge d’action à l’opposition.

Ainsi, les services de la wilaya d’Alger ont invoqué un motif aussi fallacieux qu’incongru pour interdire la tenue de la conférence sur «Les conditions d’élections transparentes» prévue hier à l’hôtel Essafir de la capitale. Le prétexte ? L’administration considère que «l’intitulé de la conférence n’est pas assez clair». C’est tout. Et pour mieux prendre de court les organisateurs de la conférence, les services de la wilaya d’Alger ont attendu la dernière minute, c’est-à-dire en fin de journée de jeudi dernier, pour informer la CNLTD de son refus. Alors que la demande a été introduite le 20 janvier passé.

Face à cet étrange refus, les principaux leaders de la Coordination ont tenu tout de même à être présents sur les lieux où devait se tenir la réunion pour exprimer leur réprobation. Mohcine Belabbas du RCD, Abderrazak Makri du MSP, Djilali Soufiane de Jil Jadid, Lakhdar Benkhelaf du FJD, Mohamed Douibi de Ennahda en compagnie de leurs militants ont improvisé une marche le long de la rue Asselah Hocine pour dénoncer «les atteintes au droit de réunion». Durant la marche, les principaux animateurs de la CNLTD scandaient «Commission indépendante pour l’organisation des élections» et «Non à la répression des libertés».

En fin de parcours, les chefs des partis de la Coordination ont rendu publique une déclaration commune, lue par Mohamed Douibi du mouvement Ennahda, condamnant l’interdiction de la conférence. «Cette interdiction est un acte répressif étrange qui est contraire à l’esprit de la Constitution qui garantit le droit à la réunion.

C’est un message politique négatif que renvoie le pouvoir et traduit l’absence d’une volonté politique d’ouverture du champ des libertés en Algérie», condamne la CNLTD. Cette dernière y voit une obstination à empêcher l’opposition d’agir librement, «une volonté du pouvoir à rendre impossible la classe politique de se réunir dans un esprit responsable pour participer à servir l’Algérie.

Le pouvoir travaille à l’effritement de cette opposition». L’empêchement d’une conférence somme toute ordinaire est un prélude à la réponse que compte réserver le pouvoir aux manif’ prévues par la CNLTD le 24 février à travers tout le territoire national. Les animateurs de la Coordination sont prévenus, mais ils ne se font pas d’illusion. «Nous allons investir la rue et reconquérir notre droit de réunion et d’organisation», réplique le président du RCD, Mohcine Belabbas.

Son camarade du MSP, Abderrazak Makri, qui a exprimé récemment sa volonté d’aller négocier avec le pouvoir, s’est montré virulent en déclarant que c’est «la mafia» qui squatte le pays et ses richesses. Soufiane Djilali de Jil Jadid, quant à lui, dénonce «un pouvoir qui pousse au pourrissement en interdisant l’action pacifique de l’opposition». Cette énième interdiction, qui frappe l’opposition légale en l’empêchant d’agir, intervient au moment même où le pouvoir claironne une révision de la Constitution qui «offrira» à l’opposition plus d’espace d’action et d’expression en lui accordant plus de prérogatives. Flagrante contradiction.

Hacen Ouali