M’hamed Benyamina retourne en France

IL A ÉTÉ LIBÉRÉ DE SERKADJI IL Y A QUELQUES JOURS

M’hamed Benyamina retourne en France

L’Expression, 26 mars 2006

Son nom de guerre de «Abou Leith Al Jazaïri» ne serait que pure affabulation de la presse, affirme-t-il.

On aura tout dit sur M’hamed Benyamina. Ou presque. Qu’il agissait en France sous le nom de guerre de «Abou Leith Al Jazaïri», qu’il était impliqué dans une cellule terroriste proche du GIA, qu’il projetait de perpétrer un attentat à l’aéroport d’Orly. Lui, récemment libéré de la prison algéroise de Serkadji, il récuse toutes ces accusations : il partira bientôt en France affronter ses accusateurs.
Son avocat parisien vient d’annoncer que le retour en France de l’Algérien M’hamed Benyamina, à l’origine du démantèlement en France d’une cellule islamiste et qui avait été libéré début mars après plusieurs mois de prison en Algérie, est une question de jours.
A sa sortie de prison, Benyamina avait affirmé que la presse ne l’avait pas ménagé, ni en France ni en Algérie, où il avait été affublé de noms de guerre aussi saugrenus que celui de «Abou Leith Al Jazaïri». «Je ne me reconnais pas dans ce nom. Je ne suis pas un terroriste, et si je pars en France, c’est pour faire face à mes accusateurs.» «Son retour en France est imminent. Je pense qu’il rentrera avant le 31 mars pour se mettre à la disposition de la justice et s’expliquer», a déclaré son avocat, qui a fait le voyage à Alger pour rencontrer son mandant. M’hamed Benyamina, 34 ans, installé dans la région parisienne, à Trappes (Yvelines), affirme être «injustement suspecté» de terrorisme en France.
Il a été à l’origine du démantèlement en France, en septembre dernier, d’une cellule d’islamistes radicaux présumés animée par Safé Bourada, condamné pour son soutien logistique aux attentats de 1995 en France. Selon une source sécuritaire française, il avait été arrêté le 9 septembre 2005 par des policiers algériens à l’aéroport d’Oran. Benyamina aurait confié aux enquêteurs que des attentats étaient envisagés sur le sol français, désignant notamment comme cibles le siège de la Direction de surveillance du territoire (DST, contre-espionnage), le métro parisien et l’aéroport d’Orly-. On se souvient qu’à l’époque, cette information, reliée à d’autres, dont les menaces proférées à l’endroit de la France par le Gspc, avait alimenté une vive inquiétude de la part de la police française concernant le caractère imminent d’attentats sur le sol français, mais qui ne se sont pas produits.
Selon l’AFP, à la suite de l’arrestation de Benyamina, six membres d’une cellule islamiste avaient été arrêtés en région parisienne et dans le centre de la France, en septembre et octobre, avant d’être inculpés pour «association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste» et écroués. «Mon client a subi la pire injustice. Il est très remonté par cette injustice et demandera des comptes à la justice pour avoir été mis en cause», a déclaré à l’AFP Me Salah Djemaï, se déclarant «chagriné par l’incohérence et l’arbitraire» ayant jusqu’à présent prévalu, selon lui, dans cette affaire. «Benyamina a ignoré pendant toute sa détention en Algérie qu’il y avait un mandat d’arrêt contre lui» de la justice française, a-t-il poursuivi.
Me Salah Djemaï a ajouté que son client était « très épuisé par la détention qu’il a subie. Elle a été extrêmement éprouvante. Il a fallu qu’il reprenne avant tout contact avec la réalité ». Dans un entretien livré à Al Arabiya, Benyamina a dit qu’il était rentré en Algérie le 9 août dernier pour passer des vacances, et c’est lors de son retour à Paris qu’il sera arrêté à l’aéroport d’Oran et apprendra qu’un mandat d’arrêt a été lancé contre lui. «J’ai vécu en France pendant six années et je n’ai jamais été inquiété par la police française pour quelque sujet que ce soit, avant de commencer à vivre ce cauchemar, il y a huit mois.»

Fayçal OUKACI