«L’absence de conscience politique favorise les dissensions à l’intérieur des partis»

Sofiane Djilali et Abdelaziz Djerad

«L’absence de conscience politique favorise les dissensions à l’intérieur des partis»

El Watan, 11 août 2012

La pensée unique domine la quasi-totalité des partis politiques en Algérie. Il n’y a point de démocratie et il n’y a pas de débat contradictoire au sein des partis. En somme, il n’y a plus de conscience politique.»

C’est là le constat établi par Sofiane Djilali, leader de Djil El Djadid, et par le politologue Abdelaziz Djerad lors du débat organisé à la librairie Emir Abdelkader, espace du quotidien El Djazaïr News à Alger autour du thème «Le phénomène de la dissidence dans les partis politiques». Zoubir Arous, également politologue, et Ben Abdesselam du parti El Islah partage cet avis et pense que le problème aujourd’hui réside dans l’absence d’une culture politique. Tentant de décortiquer les origines de ce phénomène qui mine la majorité des partis politiques, Sofiane Djilali explique qu’il existe des facteurs internes et externes qui favorisent les crises au sein des partis. S’agissant de problèmes internes, M. Djilali évoque le non-respect du règlement intérieur et des statuts du parti par les patrons.

«Les responsables des partis sont les premiers à bafouer les lois internes de leur parti. Lorsque les militants dénoncent ce comportement, ils sont interdits de parole, ceci sous-entend qu’il n’y a pas de démocratie interne dans un parti», note Sofiane Djilali. Défendant cet argument, le politologue Djerad regrette le manque de formation et l’absence de conscience politique. Il relève que dans certains partis, il n’y a ni l’esprit de groupe ni de discipline, ce sont les ambitions individuelles qui l’emportent sur l’intérêt du parti. Globalement, diront les conférenciers, en Algérie il y a une absence totale de culture politique et d’idéologie dans les partis. «Les Algériens ne sont pas habitués à travailler en équipe, certains militants utilisent le parti comme un tremplin. Leurs ambitions sont mises au devant, et ce, au détriment de leurs convictions», affirme M. Arous. Autre facteur externe ayant favorisé les dissensions au sein des partis politiques est le jeu malsain du pouvoir.

Opposition entre la base militante et les directions des partis

Les conférenciers s’accordent à dire que le pouvoir, qui a interdit pendant de longues années l’émergence de nouveaux partis, a contribué fortement à enraciner ce phénomène. «Est-il normal que des partis politiques s’alignent sur la politique du pouvoir alors que la base militante est diamétralement opposée à cette démarche ?», s’est interrogé Sofiane Djilali, qui évoque en outre la manipulation externe aux partis. Interrogé s’il est de bonne guerre que le pouvoir tente à tout prix de casser les partis politiques, M. Djerad nous invite à faire la distinction entre le rôle de l’Etat et celui du pouvoir. L’Etat, de son avis, doit veiller à la construction d’un Etat de droit. «Il est du devoir de l’Etat d’aider les partis politiques dans leur phase de construction, de les soutenir et d’éviter les dissensions», insiste-t-il. Par contre, explique-t-il, le pouvoir politique se contredit constamment. Il annonce, souligne-t-il, des réformes qu’il n’applique, il interfère dans les affaires internes des partis dans l’unique but de semer la discorde.

«En tant que membre du comité central du FLN, je confirme le parachutage de certains candidats à la députation, et ce, sous ordre d’en haut. Des candidats qui n’ont jamais milité au sein du vieux parti. Ce genre de pratique pousse à la révolte et au phénomène de dissension…», note M. Djerad. Mais si les partis politiques étaient assis sur une bonne base seraient-ils touchés par ce phénomène ? A cette interrogation, M. Djilali répond par un exemple palpable : «On est colonisé que lorsqu’on est colonisable.» Pour lui, si un parti politique se trouve, à la base, faible, il est très facile de le déstabiliser. «Le non-respect des lois internes du parti, l’absence de démocratie et l’autoritarisme des chefs qui bloquent les énergies sont autant de motifs de dissension», relèvent les intervenants. Ces derniers soutiennent que la société civile a un regard négatif sur le fonctionnement des partis et relèvent le décalage de valeurs qui existe dans notre société, notamment en ce qui concerne la nouvelle et l’ancienne générations.
Nabila Amir