Coopération algero-française contre l’immigration clandestine

COOPERATION ALGERO-FRANÇAISE

dans la lutte contre l’immigration clandestine

Deux responsables de la police française à Maghnia

Le Quotidien d’Oran, 3 octobre 2004

Après le séminaire organisé par la direction de la police des frontières sur l’immigration irrégulière qui a eu lieu à Tamanrasset en octobre 2003, un stage de formation national qui rentre dans le cadre de coopération algéro-française pour la lutte contre l’immigration clandestine est organisé à l’hôtel El-Izza, à Maghnia, du 02 au 07 octobre. Deux cadres de la police française, spécialistes dans la lutte contre l’immigration clandestine, ainsi que trois de leurs homologues algériens, dont un conseiller médical, interviendront durant ce stage dont l’objectif, dira l’un des experts français, est «de partager nos expériences et nos erreurs afin de contribuer efficacement dans la lutte contre ce fléau qui prend des proportions alarmantes». Ce stage qui sera suivi par une centaine de cadres nationaux de la police des frontières et où ce sera le côté technique qui sera principalement abordé, telles les nouvelles méthodes de falsification des documents officiels, permettra une mise à niveau au plan international de la police des frontières en matière de lutte contre l’immigration irrégulière qui est considérée désormais comme une forme de criminalité.

C’est là une action effective qui vient réconforter la recommandation relative à l’immigration clandestine, arrêtée à l’issue de la dernière conférence des «5+5» qui s’est tenue à Alger et qui insiste sur l’organisation de séminaires d’experts chargés de la gestion des flux migratoires, sur le renforcement du partenariat et la coopération entre les 10 pays des deux rives de la Méditerranée pour lutter contre l’immigration clandestine et sur la nécessité d’approfondir et de développer l’approche conceptuelle des questions migratoires. Convaincus de la nécessité d’investir sur le facteur humain pour une police moderne, les responsables ne semblent ménager aucun effort pour son perfectionnement et son alignement aux normes internationales pour une meilleure efficacité dans la lutte contre le fléau qui, au vu des statistiques, est devenu des plus inquiétants.

A titre illustratif, une comparaison des bilans annuels des arrestations de clandestins indique une tendance à la hausse, puisque le nombre qui était de 2.806 en 2000, est passé à 4.273 en 2001, 4.118 en 2002 et 4.870 en 2003. Pour la seule gendarmerie nationale, 28.900 immigrés clandestins ont été arrêtés lors de cette décennie. Cette tendance qui est en hausse constante, laisse penser que les prévisions pour un proche avenir sont plus inquiétantes et que le problème sera plus aigu, d’où la nécessité d’une coopération plus efficace.

Cheïkh Guetbi

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Immigration clandestine vers l’Europe

Maghnia, passage obligé

El Watan, 3 octobre 2004

La Direction générale de la sûreté nationale (DGSN) organise pendant une semaine, à l’hôtel El Izza de Maghnia, un stage national de formation sur la lutte contre l’immigration clandestine avec la participation de cadres de la police française.

«C’est un stage destiné à l’ensemble des cadres de la police des frontières terrestres avec la collaboration de deux spécialistes français dans le domaine du crime organisé. Pourquoi des policiers français ? Tout simplement, ils ont de l’expérience dans la fraude documentaire (faux papiers) et puis, l’Europe se concerte et se dote de moyens et de textes pour trouver des solutions à ce problème. Nous devons nous mettre à niveau aux nouvelles exigences nationales et internationales», souligne le responsable de la direction de l’information à la DGSN, qui ajoutera : «Ce type de stage, qui est le prolongement de la rencontre de Tamanrasset, est une coopération entre la France et l’Algérie.» Pourquoi alors avoir opté pour Maghnia ? «C’est simple, cette ville est spécifique, elle est un point de convergence des Africains clandestins dont l’objectif est le passage en Europe par notre pays». Selon les organisateurs, ce séminaire est un investissement, «le facteur humain est le meilleur gage de réussite de toute entreprise». Pendant ce stage, où l’on n’est pas autorisé à assister aux ateliers de réflexion pour des raisons qu’on pourrait comprendre (même si notre interlocuteur rejette le terme de «huis clos»), on nous expliquera que ces journées traiteront des nouvelles techniques de la lutte contre ce fléau et des méthodes d’investigation. «Notre but, n’est pas de nous attaquer aux clandestins qui sont des victimes, mais de combattre les réseaux maffieux qui s’adonnent au trafic d’êtres humains.»
Quand on sait que l’immigration clandestine concerne les pays du Maghreb, d’autres pays européens, ainsi que les Etats africains, l’on est en droit de s’interroger sur le fait que ce stage ne soit limité qu’à l’Algérie et la France. Le Maroc, au moins, aurait dû en faire partie. «Nous n’avons aucune coopération avec le Maroc», rétorque laconiquement le représentant de l’information. Nous apprendrons tout de même que pour l’année en cours, 4 000 clandestins, toutes nationalités confondues, ont été refoulés vers leurs pays d’origine. Quant au nombre de clandestins se trouvant sur le territoire national, notre interlocuteur a avoué ne pas pouvoir l’évaluer. «Notre objectif est d’endiguer ce fléau à la source et assurer le respect de la dignité humaine, et pour ce faire, des groupes de réflexion œuvrent pour cela.» Un spécialiste du ministère de la Santé assiste à ce stage en qualité de conférencier, «Nous prendrons connaissance des maladies liées à l’immigration». Pour rappel, dans le camp de l’Oued Jorgi, en plus des maladies graves détectées, les services sanitaires de Maghnia ont découvert au courant de l’année 2003, six cas de sida dont deux porteurs sont décédés. Quant aux séropositifs, c’est le silence radio… Nous y reviendrons.

Par Chahredine Berriah